Critique du Film Les Bruits de Recife (O Som ao Redor) de Kleber Mendonça Filho


11 juillet 2019

Le dernier film de Kleber Mendonça Filho nommé Bacurau a obtenu cette année le Prix du Jury au Festival de Cannes. Mais revenons tout d’abord sur son premier long métrage de fiction disponible sur la plateforme de vidéos en ligne Jangada : Les Bruits de Recife.

Gagne Ton Visionnage du Film ici.

Les Bruits de Recife a reçu de nombreux prix et a été jugé comme le meilleur film de l’année 2012 par le New York Times.

Ce film divisé en trois parties (chiens de garde, gardiens de nuit, gardes du corps) met en avant un quartier de classe moyenne, Recife, et ses habitants donnant naissance à une histoire collective par le regroupement de moments pouvant paraître banals mais aussi des désagréments vécus dans le voisinage. Cependant, l’arrivée d’une équipe de surveillance dans le quartier fait accroître ces troubles.

Le réalisateur choisit de filmer des moments du quotidien dans ce quartier qui est en fait son propre quartier natal. Il explore alors ce lieu en mettant bout à bout des banalités, des petits problèmes de voisinages tel que les aboiements perpétuels d’un chien ou bien une histoire de cœur entre deux personnages. Pour autant une tension est omniprésente. Cette insécurité est notamment remarquable par l’emploi du son, parfois plus présent que l’image même. Toutefois, cette tension réside également dans l’espace filmé, dans ce quartier qui paraît fermé de tous les côtés par des murs immenses ou bien par des grilles, tel un monde en vase clos. Une peur est alors palpable tout le long du film, dès l’arrivée de l’équipe de surveillance. Des jeux de caméras accroît cela avec par exemple des zooms faisant du spectateur un espèce de voyeur, un intrus.

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De plus, le réalisateur explore ce sentiment d’inquiétude en laissant des éléments de l’histoire en suspens tel que la présence d’un garçon dans un arbre, le pourquoi Joao n’est plus avec Sofia ou bien la décision prise par les habitants sur le renvoie ou non d’un gardien d’immeuble … Tant de choses mis entre parenthèses créant toujours plus de tension par l’impossibilité de savoir ce qu’il s’est passé. Le fait que cette méfiance, cette peur, ne se concrétise pas réellement rend cette paranoïa de la classe moyenne encore plus sensible.

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Mais le film ne s’arrête pas à une espèce de comédie de mœurs sur la vie d’un quartier en proie à des craintes. Non, le film est aussi basé sur une structure historique que l’on ne peut mettre de côté. En effet, tout le quartier de Recife est empreint de cette histoire passée où le maître dominait ses esclaves comme le montre explicitement les photos en noir et blanc au début du film exposant un passé de servitude dans les cultures. Mais cette hiérarchie sociale réside toujours dans Recife avec notamment un maître, Francisco, celui-ci se trouvant être le patriarche de la famille qui détient toutes les habitations du quartier.

Ce pouvoir inégalement réparti se retrouve aussi dans les relations entre les femmes de maison et les familles qui les emploient. Effectivement, certaines personnes les considèrent presque comme faisant partie de la famille alors que d’autres les traitent comme des esclaves. Le film met alors en avant cette structure sociale archaïque malgré la modernisation de l’espace par la création de nouveaux bâtiments.

Nous pourrions dire de ce film qu’il expose une réflexion sur l’histoire et sur cette hiérarchie sociale toujours présente créant une tension, une violence dans cette vie de quartier.

Ophélie Peter, juillet 2019