Viajo Porque Preciso, Volto Porque Te Amo de Karim AINOUZ


25 septembre 2019

Le film La Vie Invisible d'Euridice Gusmão de Karim AINOUZ a reçu cette année le Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes. Mais avant cela, Karim Ainouz a réalisé plusieurs autres longs métrages dont le film nommé Viajo Porque Preciso, Volto Porque Te Amo disponible sur la plateforme de vidéos en ligne Jangada.

Ce film retrace le voyage de José RENATO, géologue, obligé de partir pour les terres du Brésil dans le but de creuser un canal. Mais ce voyage devient une sorte de voyage intérieur, de voyage vers la guérison d’un amour perdu.
Viajo Porque Preciso, Volto Porque Te Amo est un film que l’on pourrait qualifier de « poétique ». En effet, prenant appui sur les bases du cinéma documentaire, Karim Ainouz réalise un film mêlant découverte du Brésil et drame romantique de fiction. Ce mélange des genres donne au film une dimension nouvelle que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. L’aspect poétique se retrouve alors dans les paysages, dans les personnages que l’on rencontre avec José ou bien dans les paroles de ce dernier.

Les plans, tous filmés à la caméra Super 8, donne une certaine véracité au film, quelque chose de brut. Le choix que fait le réalisateur de tourner son film avec cette caméra, à la qualité parfois très faible, est un choix esthétique permettant de donner vie à l’histoire, comme si le spectateur percevait les choses en même temps que José sans pour autant le voir lui. Effectivement, le spectateur n’aperçoit à aucun moment le personnage principal. Le seul moyen qu’il a pour se l’imaginer est sa voix, son intonation et ses paroles plus ou moins profondes.
Ainsi, le son est dans ce film très important, que ce soit pour apprendre et comprendre l’histoire de José mais aussi pour susciter certaines émotions chez le spectateur. Par exemple, les moments de silence sur un plan stagnant donnent à réfléchir, à ressentir, tel que celui où le géologue présente une femme, une prostituée, en expliquant que celle-ci a les yeux tristes ; la caméra s’arrête alors sur elle dans un silence pesant donnant à voir cette tristesse et laissant au spectateur le temps de se demander pourquoi…

De plus, le film est construit de manière à ce qu’il suive la progression du personnage. En effet, on pourrait dire que le film retrace les étapes d’un deuil, le deuil d’un amour. José commence alors par confier à sa caméra, à nous, qu’il ne souhaite qu’une chose : rentrer et voir sa femme. Puis petit à petit, le spectateur prend conscience que cette femme tant aimée a  décidé de rompre avec le géologue. La première phase a donc été le déni. On croyait, tout comme lui, que celui-ci allait retrouver sa bien aimée dès la fin de son voyage, mais tout n’était qu’illusions. Puis, toujours en nous emmenant avec lui dans cette élévation vers l’oubli, le personnage passe par la douleur. Une douleur pesante qui oblige José à se remettre en question.
Après cela, la colère et la dépression arrivent très vite, enfermant le géologue dans une spirale infernale de besoins sexuels. Celui-ci filme alors des portraits de femmes, de prostituées pour la plupart.
Et enfin, l’acceptation prend place. José ne souhaite plus rentrer. Il désire seulement reprendre sa vie en main. Et c’est à la fin du film, par une séquence de montée des marches d’un village abandonné, que cette acceptation prend forme cinématographiquement. Cette montée est comme une élévation de José ; il remonte à la surface, il revient à la vie, telle une résurrection.
Ce film est donc une sorte de poésie tragique où le narrateur, ici le personnage principal, raconte sa rupture amoureuse dans un décor brésilien. Le spectateur suit alors son parcours marqué par les phases du deuil pour finir par une sorte de résurrection.

Film sorti au Brésil le 7 mai 2010

Peter Ophélie, septembre 2019