UNE PART D’OMBRE : un thriller psychologique de Samuel Tilman (sortie mai 2019)


30 avril 2019

Dans ce film, le jeu du chat et de la souris - principe essentiel de ce genre - va s’installer rapidement. Ce qui est intéressant et est clairement montré par le réalisateur est cette part de fantasme (étonnant si on y pense, mais normale) qui est en chacun de nous lors notamment des questions du groupe d’ami à David, lorsqu’ils apprennent qu’il est le dernier à avoir vu en vie la victime et qu’il a probablement croisé le tueur. C’est ici qu’est introduite l’angoisse et ici que s’esquissent des questions évidentes, soulignant les éléments ambigus. La suite, avec les questionnements, les insinuations ou l’arrivée du doute, relèvent de schémas bien connus et de recettes que le réalisateur exploite avec une relative parcimonie et sans excès.

On aura bien sûr à l’esprit des classiques comme L'Ombre d'un doute de Alfred Hitchcock (même si la trame est différente) voire Présumé Innocent avec Harrison Ford mais sans entrer dans une catégorie trop précise. On parle ici de ces soupçons qui ruinent les relations, des petits riens qui sortis de leur contexte peuvent tout briser.

Tout ceci est plutôt bien mené, mais finalement ne s’éloigne pas de ce que nous connaissions par ailleurs, tant ce type précis est exploité régulièrement. Mais le réalisateur s’en tire plutôt pas mal en démontant les rouages du groupe - ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, accentuant (comme il le dit lui même) les caractéristiques de son personnage central, du découragement à l’agressivité, jusqu’à une certaine forme de paix. C’est peut être aussi cette sensation de groupe renforcé (le choix des acteurs y est pour beaucoup) qui quelque part nous plait, malgré les défauts inhérent à ce genre de réalisation justement ; avec ce script qui joue avec nous, livrant quelques éléments et nous laissant finalement décider de ce que l’on croit (et voit). A ce titre - et sans déflorer le sujet - la réaction finale de Julie (la femme de David) à la fin du film est révélatrice de cette sensation. C’est un peu comme si l’on n’avait pas tous les éléments en mains, comme si les révélations qui étaient faites, résumant les soupçons à quelques simples péripéties, ne faisaient que souligner ce que nous savions déjà.

Critique également du système judiciaire et de la façon dont l’enquête est menée, le film souligne bien ces ambiguïtés qui depuis le début s’imposent à nous. David n’est pas « innocent » - oui, mais voilà, « innocent » de quoi - c’est là qu’est la vraie question et qui réside en partie dans cette ambiguïté que se refuse à lever totalement le réalisateur, préférant laisser son spectateur y voir ce qu'il souhaite.
Le procès final, se justifiait-il (au regard de la trame du métrage), puisque nous restons avec nos doutes - ceci est également la question à laquelle chacun devra répondre !


Le Synopsis : David est un père de famille comblé : une femme qu'il aime, deux enfants adorables, une bande de potes soudée. Au retour de leurs dernières vacances, David est interrogé par la police dans le cadre d’un meurtre. Rapidement, l’enquête établit qu’il n’est pas irréprochable. Même si son meilleur ami et son avocat le soutiennent, le doute se propage dans son entourage…

Distribution :
Fabrizio Rongione : David
Natacha Régnier : Julie
Baptiste Lalieu : Noël
Myriem Akheddiou : Cathy
Christophe Paou : Marco
Yoann Blanc : Fabian
Steve Driesen : Simon
Erika Sainte : Maud
Naïma Ostrowski : Jeanne
Jules Galland : Hugo


Sylvain Ménard, avril 2019