STYX : UNE HISTOIRE FORTE


25 mars 2019

Drame moderne et si actuel, STYX nous invite à suivre les tribulations d’une secouriste allemande qui partant en solitaire sur son bateau, rencontrera lors de sa descente le long des côtes d'Afrique, un petit cargo chargé de migrants. Déchirée entre son besoin d’aider (sa vocation de secouriste et sa nature humaine) et celui de ne pas provoquer plus de dommages, entre désespoir et incompréhension ; nous la voyons se débattre et le film dès lors s’articulera autour de ces axes.

Sur ce sujet qui pourrait en rebuter plus d’un, le réalisateur Wolfgang Fischer nous emporte avec lui, dans ce drame aux images soignées et à la lenteur voulue. L’actrice principale est parfaite de simplicité et de conviction, quant aux autres interprètes - et un grand nombre dont on n’entend que la voix, ou qui n’apparaissent que de façon fugace - jusqu’à ce jeune garçon sauvé des eaux ; ils soutiennent le sujet, parfois énigmatiques comme la voix des secours, ou incrédules et à la limite de la violence comme le jeune africain. On aura compris que le message est compliqué ; qu’il ne s’agit pas d’une dénonciation du traitement des migrants, de nos sociétés occidentales ou de la violence qui peut naître des situations désespérées.
Non - et c’est appréciable - le réalisateur plante sa caméra et nous assène au passage quelques plans sublimes de la vaste étendue de l’Atlantique, soulignant par la même notre petitesse ; et dans le même temps développe son histoire en la structurant en trois parties. Ainsi du départ de l’héroïne seule sur son bateau, à sa découverte de la frêle coque de noix qui contient les migrants, et son sauvetage forcé du jeune garçon, jusqu’à sa macabre découverte et ce avant l’arrivée des secours et cette conclusion douce amère ; le métrage joue suffisamment subtilement pour nous contraindre à réfléchir, mais pas uniquement dans des directions convenues. Wolfgang Fischer ne nous impose pas la réthorique habituelle sur la non assistance à personne en danger, ni quant aux ravages que subissent maintes nations ; et en cela il donne une image sobre et d’autant plus prenante de la situation !

Ainsi face à l’évidence que les risques qu’encourent ces réfugiés, ces exilés volontaires, ne les mènera qu’à la mort ; face à ce besoin naturel (et humain) de venir en aide à son prochain ; face à ces choix qui nous poussent ou non à agir (devoir choisir d’en sauver de nombreux plutôt qu’un petit nombre), Wolfgang Fischer nous désarçonne et nous invite à observer. Sans porter de jugement il nous amène à ces questionnements précis, loin de toute volonté politique ou de raisonnement économique ; doit-on les laisser partir, les aider, les ramener chez eux ou bien les accueillir ?
Et c’est là que définitivement la dimension philosophique de son film nous apparaît, intelligent parce que nous éveillant, bienveillant parce que ne sacrifiant pas au sensationnalisme ou à la facilité intellectuelle.

Un film à voir et à comprendre…


Sylvain Ménard, mars 2019

Ce film dramatique a été projeté dans la section Panorama du 68ème Festival international du film de Berlin. Cette co-production entre l’Allemagne et l’Autriche faisait partie des métrages présentés dans la catégorie « Films de Fiction » de la Berlinale 2018 !