SOLIS : un Score magnifique et quasi monumental de David Stone Hamilton à découvrir.


14 juillet 2019

Solis est un film de science fiction réaliste, porté par un (presque) unique acteur, jouant de diverses tensions et de quelques influences bienvenues. Mais c’est ici sur son score, composé par David Stone Hamilton, que je souhaitais m’attarder !

Difficile de ne pas penser à Elliot Goldenthal ou Dario Marianelli lorsqu’on écoute la flamboyante composition écrite par David Stone Hamilton pour Solis. Si le classicisme de ses pages matinée de passages plus modernes n’échappe à personne, il semble bien que nous ayons enfin la chance d’assister à une naissance ; celle d’un grand compositeur qui n’a pas peur de mêler des cuivres dans des proportions dithyrambiques (ce qui ferait penser à Goldenthal) à des envolées de cordes du plus bel effet, ni même d’aller vers des évocations plus évanescentes, mais sans jamais délaisser la part mélodique, ni sa construction thématique.

Il marie ainsi avec efficacité les instruments et les pousse vers une forme de paroxysme par instant, avec pour seul objectif une pureté formelle dans l’installation et le développement de ses mouvements. C’est là la marque d’un vrai compositeur et je l’avoue - sans honte ni fard - son approche mélodique, l’ampleur qu’il donne à ses phrases, les choix orchestraux qu’il fait ; tout, oui tout laisse présager d’un talent qui devrait nous surprendre. Sa formation et son goût pour les rythmes modernes surgit au détour des ses motifs, et nous serons une fois encore étonnés par les sublimes évocations (comme l’étonnant « Best Odds I've Had All Day ») qu’il met en scène.

Le compositeur dirige lui même l’œuvre, et l’orchestre (d’excellente facture) s’en tire avec les honneurs. Le tempo souvent emporté et qui confine sur certains morceaux à l’adagio, bénéficie d’une très riche orchestration, qui s’oppose avec force à la mise en scène du réalisateur plus simple et lente. Le compositeur va opter également pour un schéma de suite sur plusieurs morceaux, leur faisant ainsi profiter d’une construction plus élaborée et portée vers un univers classique, voire quasiment opératique (dans son éloquence plus que dans sa forme). En terme de références, il faut également compter sur une certaine tradition nord américaine qui apparaît de ci de là, faisant de lui un héritier de Copland, ou Corrigliano dans son utilisation des cordes ou des cuivres, dans la structure des phrases et leur longueurs. Son « A Solis Triptych: 3. Finale » qui s’élève dans un violent adagio (vers les 3’40) nous offre un moment incroyablement prégnant et d’une violence poignante, qui soulignant le désespoir du héros, nous emportera avec lui.

Ceci dit, qu’on prenne garde à ne pas se laisser aller à penser que cela ressemblerait à des similitudes, trop faciles, ou trop évidentes. Non, nous sommes plus sur des amplitudes de mouvements, des sensations profondes qui nous ramèneraient vers quelques illustres prédécesseurs… et ceci, n’est définitivement pas une mauvaise chose !


Solis est un film anglais de Carl Strathie, sorti en 2018. Le pitch : le passager survivant d’une capsule (Steven Ogg) voit cette dernière se diriger tout droit vers le soleil et n’a comme unique interlocuteur que la voix lointaine d’une femme (Alice Lowe). Découvrez la bande annonce de SOLIS


Sylvain ménard, juillet 2019.