LE FILS, un documentaire de Alexander Abaturov en salles le 29 mai 2019.

05 juin 2019

Documentaire choc sur la formation des futurs Spetsnaz, Le Fils de Alexander Abaturov porte un regard étrange sur ce milieu. Si pour certains d’entre-nous nous sommes des habitués de cet univers martial et de tout ce qui l’entoure, pour certains autres cela demeure un mystère complet.

Entre la dureté de leur formation, la vitesse à laquelle ils doivent se transformer en hommes, alors que la veille c’étaient encore des enfants (certaines images sont troublantes, notamment les regards ou bien les visages juvéniles), nous assistons à ces entrainements, à ces épreuves et accordons du temps aux parents et aux absents. Construit sur cette double approche, absence et mort - qui ne relèvent pas nécessairement du même schéma, puisque le soldat peut partir et être absent, ou bien mourir - le réalisateur nous brosse un portrait d’un pays où la vie et la guerre semblent intimement mêlés.

Se basant sur son histoire personnelle, la mort de son cousin et cette absence définitive, Alexander Abaturov nous invite à assister à ces manœuvres et à ces instants intimes de recueillement, mais sans jamais crier son incompréhension, comme s’il faisait comme tous ces russes entraperçus et résignés ; accepter l’inévitable, se retrancher derrière ce statut guerrier, sanctifiant par la même ces soldats.

LeFils01.jpg (444 KB)

Il devient assez difficile finalement de juger ce film documentaire. Est-ce une œuvre qui porte un regard sans concessions sur le monde militaire, ses excès et ses faiblesses ? Est-ce un pamphlet, un cri contre la bêtise humaine - les regards perdus des parents de Dima, portant le deuil de leur fils - ou une façon d’expliquer ce qu’est la nature humaine et son ambivalence ? On peut légitimement se sentir troublé et ne plus trop savoir que penser, entre ce regard appuyé (souhaité par le réalisateur) sur les militaires, leurs petites amies, les épreuves et l’acceptation de la dureté de leur vie. Mais dans le même temps ce regard appuyé devient en un sens trop illustratif ! Alors ne pas vouloir condamner ni juger est-il donc ici le reflet de la volonté propre du réalisateur, ou bien une forme d’auto-censure afin de s’épargner les foudres des services de presse de l’armée… après tout la Russie demeure l’un des états les plus militariste et agressif qui soit.
Chacun jugera !


Synopsis :
Dima, est mort le 23 mai 2013, à l’âge de vingt-et-un ans. Enrôlé dans l’armée Russe, il est tué d’une balle dans la tête, lors d’une mission spéciale au Daghestan. Pendant que ses parents affrontent le vide laissé par sa disparition, ceux qu’il appelait ses frères, s’entraînent toujours pour la guerre dans des conditions difficiles qui créent un lien puissant entre eux. Ces deux univers se mêlent. Ils racontent la mort et l’absence.

Sylvain Ménard, 5 juin 2019

LeFils02.jpg (507 KB)