LA LIBERTÉ : le réalisateur GUILLAUME MASSART nous offre un voyage imprévu dans l’univers carcéral.


17 février 2019

Sur un sujet peu évident ; le milieu carcéral vu d’un point de vue précis avec des entretiens, sans l’intervention du personnel et sans la moindre vue d’une grille ou d’un mur ; le réalisateur tisse une connexion pas évidente au début, comme s’il apprivoisait ses interlocuteurs, comme s’il entrait dans un territoire inconnu.
Pour beaucoup la criminalité, la détention et les prisons, sont des termes tellement chargés de tension, de craintes et de questionnements, qu’on s’attend à un sujet d’étude, une évocation d’un lieu et de procédures.

Mais loin de cet à-priori, ce film qui se déroule à Casabianda en Corse, nous montre un endroit presque hors du temps, où les détenus sont quasiment libres, où le système carcéral s’oublie presque, du moins à nos yeux. Guillaume Massart choisit donc de s’entretenir avec les détenus (souvent à visages découverts), dont une grand part semble avoir été incarcérée pour des crimes sexuels et c’est ce choix de mettre en perspectives les entretiens et confidences, qui met à mal certaines de nos certitudes !
Notre vision du monde carcéral et surtout, de ce genre de crimes, des possibilités de rédemption (que certains recherchent, tandis que d’autres ne souhaitent qu’un hypothétique pardon, comme si cela pouvait les absoudre) se modifie, alors que nous avançons dans les confidences, que nous entrons presque dans des choses si improbables (et à la limite de l’effrayant) qu’elles en deviennent intimes. Car entre le chagrin légitime, les confidences de ceux qui avouent rester dangereux pour la société, ceux qui nient l’importance des faits ou la validité du système, on est invité à observer des hommes, des personnes qui pour des raisons qui nous sont inconnues, ont basculés dans une horreur ou une fatalité qui les a mené ici.
Sans dévoiler le sujet, la fin nous dévoile une confidence, si désolante et attristante, que l’on se pose raisonnablement la question quant à ce que l’on nomme l’élément déclencheur.

Je reconnais avoir totalement adhéré à ce métrage qui ne porte aucun jugement, ne fait qu’accompagner les interlocuteurs, leur laissant le choix de s’exprimer et nous raconter (c’est en tout cas le cas pour certains) ce qui leur est arrivé. Il n’est pas besoin d’avoir fait de la psychologie pour comprendre quelques tenants et aboutissants, entre les mauvais traitements subits durant l’enfance, jusqu’à des actes perpétrés une fois devenus adultes.
On laissera ainsi à chacun le soin de se faire une opinion ; mais le film qui ne tient pas de discours moralisateur et n’est pas non plus un pamphlet, essayant juste de considérer les natures et ce que les gens ressentent, s’avère suffisamment différent pour nous interpeller.

On regrettera cependant une trop grande longueur, le film aurait pu être plus court d’une bonne demi-heure, certaines scènes d’expositions soulignant cette fameuse « liberté » du titre ajoutant à cette sensation. C’est dans tous les cas un film que je vous invite à découvrir et qui vous incitera à vous poser des questions, à revenir sur certaines notions.

Le film La Liberté est sur les écrans le 20 février.
Un petit mot sur la salle Le Club De L’Étoile dans le 17ème à Paris, qui est un endroit comme on aimerait encore plus en découvrir.

Sylvain Ménard, février 2019