KABULLYWOOD, une ode à l'espérance.


07 janvier 2019

Film engagé, sérieux et émouvant, cette comédie douce (mais pas amère) d’un Afghanistan qui se bat contre l’obscurantisme - et quelques traditions aussi millénaires que vieillottes, voire inutiles - nous offre une vision de Kaboul surprenante et pleine d’espoir.
Nous avions eu l’occasion de voir des reportages qui abordaient cette facette du problème, le fait que ce pays avait énormément brillé jusqu’à la fin des années soixante dix et avait à nouveau cette volonté de s’exprimer et de vivre tout simplement, librement et sans contraintes, mais le sujet, le traitement que nous propose le réalisateur Louis Meunier est tout autre (Louis Meunier est un ancien humanitaire, arrivé à Kaboul en 2002, tombé amoureux du pays et qui y a vécu).


Kabullywood c’est avant tout l’histoire de quatre jeunes étudiants qui souhaitent exister et créer dans un pays en proie à la violence ; et qui en fin de compte auront le projet de redonner une nouvelle vie au plus grand cinéma du pays, symbole d’épanouissement et de bien-être.
Aussi dans un Afghanistan où les arts, la culture, le simple droit des femmes à exister est un risque et où les talibans peuvent être partout, entre tentatives maladroites, bonne volontés mises à rude épreuve, personnages au grand cœur et d’autres plus circonspects mais attachants… entre toutes ces petites choses du quotidien, soulignés par cette jolie photo qui met si bien en valeur les lieux et les gens, le réalisateur déambule dans un Kaboul ou se côtoient des ruines et des bâtiments en reconstruction, une culture traditionnelle et une plus moderne et en devenir, sans oublier de tisser une trame qui nous touche et nous emporte avec elle.

Les acteurs, tous excellents, jouent ici dans des rôles criants de vérité, confondants de réalisme. Car du sujet du film à la vraie vie, il n’y a qu’un pas, la seule altération étant que le cinéma et centre d’art n’aura pas ouvert ses portes. Ce film s’établit par petites touches, de l’acte courageux du projectionniste (le vrai projectionniste - et gardien du cinéma - jouant son propre rôle) qui cacha à l’époque de l’arrivée des talibans des bobines de films afin de les préserver, des confrontations violentes entre l’héroïne et son frère sectaire et intolérant, des passages touchants comme l’attirance que ressent l’un des protagoniste pour la jeune femme.
Ainsi nous sommes témoins de ces instants fugaces, de ces petites joies ou de ces craintes (celle liée aux talibans), mais aussi de ces moments joyeux et d’espoirs portés (encore une fois, mais il ne faut pas s’en étonner) par les enfants. A nouveau d’ailleurs se pose la question de ces trajectoires croisées avec d’autres films moyens-orientaux où les enfants sont souvent brimés, où tout semble être définitivement réglé ; et où l’histoire nous apporte cette impulsion, quand bien même ils ne sont pas les personnages principaux, mais nous permettent d’espérer… Peut être une façon d’envisager la pérennité des choses et des valeurs…

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Mais il faut aussi s’attarder sur certaines images de la ville qui sont d’une poésie incroyable et invitent au voyage, quand bien même on pourrait penser déraisonnable de s’y rendre encore aujourd’hui - et pourtant quel beau message cela serait ! D’ailleurs l’accent est mis sur ce que ce pays offrait avant l’arrivée des russes ou celui des talibans par la suite et encore avant le déploiement des troupes étrangères. Images d’un pays où la culture, les arts, l’ouverture au monde étaient bien présents et qui furent partiellement détruits par les diverses occupations.


Parfois curieusement proche du documentaire (certaines déambulations dans la ville), mais relevant indéniablement du cinéma, Kabullywood met en perspectives des oppositions qui viennent pour la plupart des coutumes et des habitudes de l’après guerre. Le professionnalisme des acteurs, loin des carcans imposés et des idées préconçues, nous met du baume au cœur, car il n’est pas si facile de comprendre et d’intégrer ce que représente la réalisation d’un tel métrage !
On imagine donc la complexité que représente un tournage avec les risques d’attentats et de représailles, d’ailleurs Roya Heydari, la comédienne principale de Kabullywood, a été menacée de mort mais a choisi de rester dans son pays ; l’équipe elle même ayant été la cible d’un attentat, sans compter les intimidations diverses.

Conclure ainsi cette chronique est difficile, je préfère dire que l’espoir nait de la moindre petite chose et qu’ici elle prend la forme des sourires des gens, de l’innocence des enfants. Les images finales, notamment celles très parlantes des petites filles à l’école et qui lisent, prennent ici un tout autre sens lorsque l’on sait que l’obscurantisme nait de l’ignorance ! Merci alors au réalisateur et à l’équipe de nous offrir ce film si touchant et plein d’espoir.

N’oubliez pas que ce beau pays - dont on ne voit souvent malheureusement que cette face trop actuelle gangrénée par la guerre ou l’intolérance, était à l’avant-garde de maintes choses, lieu de beauté et de culture, de joie et de soif de savoir !
Il n’est pas inutile de mettre ce film en relation avec d’autres qui même s’ils traitent d’un sujet différent nous rappellent que autant en Afghanistan, qu’en Irak ou en Iran, les gens allaient (ou vont) au cinéma, au théâtre, voir des concerts ; et ont (ou avaient) des vies qui ne sont pas si différentes des nôtres ! Et c’est ce trait particulier qui sans doute nous permet aussi de nous sentir si concernés.

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Et merci à Bérangère Maisons pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Sylvain Ménard, le 7 janvier 2019

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