ICI PERSONNE NE MEURT, un documentaire de Simon Panay.

23 mars 2019

Le sujet : la mine d'or de Perma au Bénin. Ce documentaire de Simon Paray nous invite à un survol de la vie de ces hommes qui cherchent à devenir riches, trouvent parfois de quoi espérer ; et trop souvent travaillent et survivent dans des conditions inhumaines ! Et il y a ceux qui y laissent leur vies… évoqués comme s’ils n’avaient jamais existé : d’où ce titre à l’ambiguïté révélatrice.

Documentaire au sujet difficile, Ici Personne Ne Meurt bénéficie d’un traitement d’une grande rigueur et digne d’un métrage de cinéma ou de télévision.
Et ce qui nous frappe au premier abord, c’est bien la qualité des images et des plans - notamment certaines vues en panoramique arrière qui laissent entrevoir une vraie volonté d’animer le métrage. Bien sûr nous sommes en présence d’un documentaire, sous un format court qui plus est, mais le choix des angles, la dynamique même des scènes est d’une grande qualité, comme si le film avait été pensé, encore et encore pensé, puis monté pour aller à l’essentiel !
Alors que nous assistons également - ce qui est visible dans de nombreux films (on pense à l’Amérique latine et à sa production cinématographique récente) - à un moindre investissement sur la bande sonore, là nous avons également droit à des passage qui soulignent les images, à des évocations musicales. En fait nous sommes conviés à regarder un « vrai » film. On sait que les différences s’amenuisent entre certains documentaires et le cinéma (d’auteur ou pas) ; mais là c’est un court métrage mis en scène, intelligemment monté et surtout passionnant.

Jeune réalisateur, c’est fort probable que Simon Panay l’est - et metteur en scène inspirée c’est également vrai ; tant il offre des plans qui parfois renvoient aux images que l’on trouve au cinéma. Alors se posera la question de ce que doit montrer un documentaire, s’il doit être filmé autrement qu’avec un certain dépouillement, en observant des règles « naturalistes », ou bien alors s’il peut se permettre au travers de chaque plan de raconter une histoire à l’intérieur de l’histoire ?
Ici le parti pris de Simon Panay, n’est pas de dénoncer, mais d’observer et d’écouter ses intervenants. La volonté des autorités d’en faire une activité au même titre que les autres, occultant morts et conditions de travail indignes de tout pays, accentue encore plus s’il en était besoin le caractère sensible du métrage ; le tout révélé, lors de cette improbable séquence filmée dans une fausse ambiance détendue.

On aura donc compris qu’au delà du sujet du film, l’orpaillage et les gens qui risquent leur vie, le réalisateur accompagne ces gens, les observe et les met en scène, leur donnant librement la parole. De ces discussions ressortent ces deux éléments que sont : la mort et l’absence de mort, cette « non disparition », vécue comme une fatalité ; et dans le même temps cette possibilité (quand bien même elle les mènerait à la mort) de gagner leur vie, même dans des conditions extrêmes et au péril de cette dernière !

Sylvain Ménard, Mars 2109

RÉALISATION : Simon Panay ; IMAGE : Nicolas Canton ; SON : Daniel Audry, Simon Panay ; MONTAGE : Simon Panay ; MUSIQUE ORIGINALE : Philippe Fivet ; PRODUCTION & DIFFUSION : Simon Panay

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article