En 2017 Netflix adaptait Stephen King et nous offrait un film intitulé 1922… Sa musique ravira nombre d’amateurs !

18 février 2019

1922 est adapté d’après une nouvelle de Stephen King et fut diffusé sur Netflix fin 2107. Tiré de la nouvelle du même nom paru dans le recueil 'Nuit noire, étoiles mortes' et produit par Netflix, ce film voit Mike Patton en composer le score. La musique de ce film méritait que l’on revienne dessus.

Mais avant de parler de sa musique, voici juste un court rappel de l’histoire. En 1930, Wilfred James confesse par écrit le meurtre de sa femme, commis en 1922, avant de se suicider. Le propos empruntant autant au thriller qu’au fantastique (comme c’est souvent le cas chez King), nous sommes témoins de la déchéance morale d’un homme (excellent Thomas Jane), confronté à ses choix, hanté par le fantôme de sa femme et qui semble peu à peu devenir fou. S’y ajoutant des rats qui de réels au début paraissent vers la fin devenir quasiment omniprésents (lui seul semble les entendre et les voir), cette démence devient alors de plus en plus tangible ; la fin est proche et ceci nous ramène vers la nouvelle de Lovecraft, Les Rats dans les murs.

Mike Patton est un compositeur touche-à-tout ayant de multiples influences et qui est acteur à ses heures. Pour la petite histoire il a joué sur Je suis une Légende (le remake de Francis Lawrence avec Will Smith et une musique de James Newton Howard) et doublait les cris des mutants humains. On l’avait remarqué grâce au score de The Place Beyond the Pines, ce film dramatique sorti en salles en 2013.

Ici il livre une œuvre sombre et qui souligne les défauts des personnages, leur faiblesse. Ce compositeur que l'on dit relativement atypique - lorsque ce n'est pas le terme d'iconoclaste qui est employé - nous livre ici une musique qui par instants nous étreint et nous emporte avec elle. Pétri d'influences et de références finement placées, il installe une ambiance délétère et particulièrement sombre que l'usage d'instruments comme les cordes, les percussions dont des gongs ou bien encore les vents, tous utilisés à bon escient, renforcent plus encore. Ce qu'il faut également distinguer c'est la richesse des thèmes et l'argumentation que Patton développe afin de les mettre en scènes. On parle bien sûr de l'orchestration, de la mise en évidence de telle ou telle structure et mode, mais également de la façon dont sont animées les phrases.

Ainsi nous évoluons au grès de l'histoire avec des morceaux qui semblent assez atmosphériques tandis que d'autres, sur un registre plus classique, instaurent ce climat tendu et oppressant, un passage comme « Cornfield - (Horizontal) » nous procurant une sensation d'interminable attente, que l'usage des cordes déjà évoquées et des cuivres - dans un mode tonal que n'aurait pas renié Goldenthal - renforcent à l'infini. Si quelques dissonances voient le jour, notamment avec « Dead Woman's Secrets », il se permet avec le pizzicato de « Problem Wife » d'apporter une touche éminemment moderne. Ces fameuses dissonances d'ailleurs, tant décriées lorsqu'elles ne sont que l'expression des lacunes d'un compositeur et d'un manque de lucidité ; sont avec Mike Patton au service d'une création, tout comme le sont les arpèges purement mélodiques.
Inspiré, puissante et colorée, c'est une bande originale comme nous les aimons, le reflet d'une recherche et d'une volonté créatrice propre.

Le Label Ipecac Recordings sortira deux versions, l'une sous forme d’un CD ; l'autre sur support vinyle.
L’album est sorti en juillet 2018.


Sylvain Ménard, février 2019

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