CRITIQUE DU FILM BOHEMIAN RHAPSODY


10 janvier 2019

Est-ce une gageure que d’envisager de réaliser un film intitulé « Bohemian Rhapsody » et de nous conter avec plus ou moins de justesse ce que fut Queen et surtout Freddy Mercury ? Si tout le monde est capable d’apprécier à sa juste valeur ce que fut l’apport de Queen à la musique rock ou pop il faut se souvenir de ce chanteur hors pair que fut Freddy Mercury. Il n’en demeure pas moins que traiter sa vie et dans le même temps réussir à nous enthousiasmer sur ces créations que furent certains des plus grands thèmes du groupe et de la musique en général, était osé.
La plus grande réussite de la production est bien d’avoir respecté et imposé un script qui ne privilégiait pas la caricature et la facilité (pas de pathos), et qui s’exprime au travers d’un choix d’acteurs aussi superbes que finalement ressemblants, car ici on ne joue pas de la prothèse (si ce n’est subtilement discrète, car évidente) mais du jeu d’acteur.


Rami Malek dans le rôle de Freddy est surprenant de sensibilité et montre de telles qualités d’acteurs qu’elles ne pourront que le mener loin. Mais tous, du plus petit rôle au rôle incontournable ; de Ben Hardy dans le rôle de Roger Taylor à Gwilym Lee dans celui de Brian May, jusqu’à Joseph Mazzello dans celui de Roger Deacon, ou encore de Lucy Boynton dans le rôle de Mary Austin, l’amour de la vie de Freddy Mercury ; tous sont irréprochables et portent le métrage.
Mais les honneurs doivent être rendus aux seconds rôles où apparaissent des visages qui nous sont familiers - peut être ici à contre emploi - mais parfaits dans leur jeu comme Aidan Gillen dans le rôle de John Ried (le manager de Queen de 75 à 78) ou Tom Hollander dans celui de Jim Beach (qui prendra la place de Ried comme producteur). Pour l’histoire, jim Beach qui fut d’abord l’avocat du groupe avant d’en devenir le manager, a produit Bohemian Rhapsody ; et de la même façon, Roger Taylor et Brian May apportent leur contribution en tant que superviseurs musicaux.

Le film a connu un développement chaotique et il sera terminé par Dexter Fletcher après qu’il ait remplacé Singer. Mais à l’origine Fletcher devait travailler sur ce biopic en 2013 et suite à des différends créatifs (c’est le mot généralement utilisé) il quittera le projet. Ce dernier reprendra alors en 2016 avec Brian Singer à la direction, celui-ci étant remercié fin 2017. Le film sera repris alors par Fletcher et sa sortie programmée pour 2018… ouf ! La puissante Directors Guild of America, n’autorisant qu’un seul réalisateur sur un film, Brian Singer reste crédité comme réalisateur et ainsi Fletcher se voit attribuer le poste de producteur exécutif. Pourtant de nombreux métrages sortent avec deux réalisateurs, Solo a l’origine était l’œuvre de deux réalisateurs avant leur remplacement, tout comme Infinity War chez Marvel, sans compter les frères Hughes et un certain nombre d’autres réalisations à deux têtes… Tout ceci dieu merci n’empêche pas Bohemian Rhapsody d’être une vraie réussite, un film où émotion et enthousiasme se côtoient allègrement.
Curieusement nombres de critiques anglaises ne l’épargneront pas, alors qu’il nous semble à nous plutôt juste ; et alors que les chiffres au box-office lui sont plutôt favorables.

Les collaborations de Queen avec le cinéma ont été aussi rares qu’intenses, mais ce sont surtout les magnifiques chansons composées pour « Highlander » de Russel Mulcahy qui nous ont probablement le plus marquées. Dans Bohemian Rhapsody l’utilisation du fameux « Who Wants to Live Forever » nous ferait presque pleurer, alors que la révélation concernant la maladie de Freddy Mercury a été faite. Ce morceaux nous porte aux nues et en livrant ce sublime message d’amour (et d’immortalité) nous étreint à cet instant précis, comme l’espoir de quelque chose de meilleur. Les choix musicaux sont d’ailleurs en tout point parfaits sur le métrage, John Ottman composera quelques morceaux et utilisera des compositions inédites pour l’illustrer.
Alors, est-ce plus un film sur Queen et Mercury ?… ce qu’il est de toute façon… ou bien une histoire sur la famille, celle formée avec les membres du groupe, celle avec Mary Austin qui partagea sa vie durant sept années et restera liée à lui jusqu'à sa mort ?… Ou bien est-ce un film qui propose la vision somme toute humaine d’un phénomène formé par le groupe et Mercury, mais où chacun a son importance !? Importance d’ailleurs soulignée à mainte reprise (la belle scène de la révélation de sa maladie notamment) par ceux qui furent des amis, ce petit groupe proche de la star.
Chacun jugera, mais il paraît assez facile de prédire une belle carrière à ce film qui nous prend aux tripes… Et toutes proportions gardées, que ce soit de par le jeu des acteurs, de l’histoire racontée ou parce qu’on a le sentiment que les évènements ont été respectés, il le mérite amplement.

Who Wants To Live Forever

Sylvain Ménard, le 10 janvier 2019