LA DERNIÈRE VIE DE SIMON : une bien belle réussite.

05 février 2020 à 19h30

Ah, mais que dire sur La Dernière vie de Simon !!… C’est bien compliqué de débuter ainsi ! Bien, reprenons !… comment commencer dans ce cas une critique quand on vient de voir « le film de fantaisie et de poésie » - quel autre nom donner - de ce début d’année ; et souhaitons-le lui, peut être le film de l’année 2020, à savoir La Dernière vie de Simon !

J’imagine à peine le parcours du combattant avec un sujet tel que celui-ci et pourtant nous sommes en France, patrie de la culture (parfois oubliée) et patrie des Cocteau, Prévert et tant d’autres ! Curieux que ces deux noms ressurgissent alors que Spielberg nous titillerai presque comme étant une évidence. Mais si le miraculeux ou la magie offrent ce qui manque parfois à notre monde, c’est plus au travers de conteurs comme Cocteau que nous avons l’impression de trouver un écho… Non pas que Spielberg ne puisse être source d’inspiration, je citerai probablement la relation à l’autre, l’inconnu et le bien que l’on peut en tirer, les doutes et les questionnements sans oublier bien sûr l’histoire d’amour ! Toutes choses surgissant au détour des films de Spielberg… Oui, mais, dans le même temps la dimension et l’éminente poésie des images du film de Léo Karmann sont françaises !

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Réalisé avec une volonté de fer (car il en faut), adaptant le scénario de son amie de toujours, Sabrina B. Karine, Léo Karmann insuffle un air de renouveau et de poésie dans un cinéma hexagonal trop sclérosé ! Décidant de passer outre les conseils (toujours) avisés de producteurs et du milieu cinématographique qui considèrent le fantastique comme un genre mineur ; ils décident donc tous deux de travailler leur script et de porter à l’écran cette histoire qui - mais ceci n’est qu’un avis personnel - n’épargnera pas tout le monde.

Simon, est un jeune orphelin qui a un pouvoir extraordinaire : il peut ainsi prendre l'apparence des personnes qu'il a déjà touchées. Un jour, son meilleur ami meurt dans un accident, il n'y a pas de témoin... Simon décide de prendre son apparence et de réaliser son rêve, avoir une famille. Très profond, le métrage n’est pas une parabole sur le coucou, qui comme chacun sait, pondra son œuf dans un nid étranger d’où le jeune coucou une fois éclôt saura avec force détermination éjecter les occupants légitimes. Car c’est là l’un des points importants de ce film ; prendre la place, oui, mais dans quelles conditions ? Car ici s’installe ce doute, a t-il remplacé le garçon disparu par intérêt ou dans un acte de souffrance, face à la détresse que n’aurait pas manquée d’occasionner sa disparition. Donc d’un enfant orphelin, nous passons à un remplaçant, une copie qui grandira et occupera un espace vide, et ce de façon insoupçonnée. Mais chacun grandit, les vies manquées (ou oubliées, perdues) peuvent nous interpeller, nous appeler comme des échos d’une dimension autre. Et c’est là que s’effectuera la transition, le bouleversement ; ce qui changera l’histoire alors.
C’est un film au sujet complexe, où la densité psychologique est quasiment permanente et où les questionnements trouveront plus ou moins réponses. Sans déflorer le sujet ; en observant la dynamique inhérente au métrage, la magie de la lumière (remarquable travail) et la beauté de sa musique signée Erwann Chandon dont certaines plages nous renverraient à Williams (et ceci est à prendre comme un point positif) ; tout concoure à créer ici et maintenant une œuvre qui nous marquera. J’ai insisté sur le mot poésie, mais c’est surtout afin de mettre en évidence le caractère si spécifique du métrage, sa qualité et sa puissance. L’émotion, les émotions…, naissent de petites choses, mais aussi - et très souvent- de ce chemin que nous arpentons et au long duquel nous ne cesserons de nous poser cette lancinante question, mais que va t-il se passer ensuite !? La grande réussite de ce premier long métrage est cet équilibre qui s’établit entre l’intrigue, la poésie des images, la présence des acteurs ; dont une incroyable Camille Claris, toute en subtilité et fragilité et dans le même temps perdue dans des abimes de complexité qui la rendront finalement tellement vraie.

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Le casting en tout point excellent, l’histoire - enfin une idée et un développement qui sortent de l’ordinaire et tiennent sur la longueur - une superbe photographie et une envoutante musique ; tout est là pour faire de ce film une réussite… « La » réussite ?
Maintenant il provoquera comme un écho chez les nostalgiques - ce qui n’est pas un soucis - de ce cinéma des années quatre vingt, de ce cinéma d’auteur souvent, mais avec une mise en scène à part et un discours plus original et décalé. Car n’oublions pas que souvent à l’inverse des anglo-saxons, nous autres français restons excessivement frileux en regard de ce qui concerne le fantastique. Les réalisateurs qui s’y intéressent sont trop souvent refroidis par l’accueil des studios et des investisseurs, or rien n’a jamais été aussi faux que de dire que la France n’est pas également la patrie du fantastique ; et encore plus lorsque l’on songe que Méliès offrit parmi d’autres joyaux, le Voyage Dans La Lune ! Alors osons le dire haut et fort, La Dernière vie de Simon est un très beau film, un de ceux qui s’inscrivent dans cette optique précise, celle de faire rêver et d’aller voir si d’autres choses sont possibles, celle également de penser que rien n’est impossible si l’on a un souhait, une envie ; celle de réussir son pari, celle d’offrir au public autre chose !

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Oui, nous pouvons alors avoir conscience d’assister à une naissance, mais sera t-elle celle d’un métrage équilibré et serein qui nous emporte avec lui et nous fait ressentir de « drôles » de choses ou bien celle d’un jeune réalisateur inspiré, qu’il faudra suivre avec le plus grand intérêt ?

Aussi que vive un cinéma français qui ose et innove !


Casting :
Camille Claris, Benjamin Voisin, Martin Karmann, Julie-Anne Roth, Nicolas Wanczycki, Florence Muller, Albert Geffrier, Vicki Andren, Simon Susset

Fiche technique :
Réalisation : Léo Karmann
Scénario : Sabrina B. Karine et Léo Karmann
Chef opérateur : Julien Poupard
Ingénieur du son : Cédric Berger
Assistant réalisateur : Basile Jullien
Directeur de production : Julien Bouley
Montage image : Olivier Michaut-Alchourroun
Montage son : Olivier Mortier
Mixage : Olivier Guillaume
Musique originale : Erwann Chandon
Production : Geko Films
Production : Grégoire Debailly, Wrong Men, A-Motion


Sylvain Ménard, février 2020