Critique du Film IT MUST BE HEAVEN


26 janvier 2020

Ecrit et réalisé par Elia Suleiman avec Elia Suleiman, Tarik Kopty, Karcen Ghneim.

Récompensé au Festival de Cannes 2019. Mention spéciale du jury.

Prix Fipresci de la critique internationale.

ES fuit la Palestine à la recherche d'une nouvelle terre d 'accueil. Il quitte Nazareth pour s'envoler vers la France puis les États-Unis afin de trouver des financements pour une comédie sur le conflit Israélo-palestinien. Mais il réalise que son pays d'origine le suit partout de Paris à New-York. Sous des formes différentes la violence s'affiche partout.

Dans ce film quasi muet le regard et les gestes sont puissants. Le personnage, son éternel chapeau vissé sur son crane, les yeux écarquillés, n'est pas sans nous rappeler Jacques Tati. Il évolue entre légèreté et gravité, humour et mélancolie.

C’est un véritable film de gestes. Chaque mouvement des mains, d’épaules, des yeux, exprime un aller-retour entre deux sentiments. Que fait le voisin en faisant des moulinets avec son tuyau d 'arrosage? Arrose-t-il l 'oranger dont il voulait voler les fruits ou celui qu’il a planté source de vie et d'espoir? Que chassent les mains d’ES? L'oiseau qui veut l'empêcher d'écrire ou sauvegarder un texte interrogatif sur le devenir de la Palestine? Que veut exprimer cette chorégraphie dans le jardin du Luxembourg où les touristes se volent les chaises? Quiétude du promeneur face à l'individualisme...

Ce film est tout à la fois singulier, drôle et dérisoire. C'est un portrait satirique du monde. J'ai ri devant cette fable burlesque, devant le regard de ce personnage qui renvoie à l'absurdité des situations,des hommes et des sentiments. Mais à y regarder de près, le rire devient jaune car Suleiman donne à voir le monde avec son climat de violence, ses tensions géopolitiques planétaires.

J'ai beaucoup aimé et je pense que pour voir toutes les subtilités du film il faudrait le voir au moins deux fois !

Marie-Claire Bergère