‘Un Homme en fuite’ est une belle composition qui laisse l’auditeur profiter des instruments et du jeu des musiciens, alliant un assez subtil dosage des harmonies et d’un langage plus moderne.
Et force est de constater que l’équilibre qu’ils apportent en terme d’écriture, d’embellissement et d’orchestration est bien présent ; comme « Vers la Douceur », « Jerricane », ou encore vers la fin du film « Vous ne serez jamais morts » (un superbe morceau !), nous le prouvent.
Certaines argumentations nous feraient penser au John Murphy de 28 Weeks Later, (également compositeur du film Sunshine), celles notamment de « Requiem » et « Jerricane ». Mais en aucun cas il ne s’agirait d’une ‘copie’ ou d’un ‘plagiat’, on parle ici d’influences possibles, de rythmes similaires, et dans ce cas précis de morceaux qui iront crescendo*.
Maitrisant leur écriture et dosant les effets sans alourdir leur composition, les quatre compositeurs épaulent la trame du scénario, tout en esquissant les thèmes qui vont appuyer les images.
Avouons que c’est très plaisant d’entendre une telle œuvre, surtout venant de jeunes compositeurs ; une œuvre aussi riche (parce qu’elle l’est) et qui saura capter immédiatement l’attention du spectateur (et auditeur).
Et « cerise sur le gâteau » (si on ose s’exprimer ainsi), le score est aussi présent et agréable d’écoute lorsqu’on voit le film, qu’intéressant et captivant en écoute seule !
Sans généraliser, il est vrai qu’aujourd’hui, en terme de composition - qu’on pourrait qualifier de relativement autonome, sans reprendre des pistes et interprètes existants (comme certaines productions Netflix ou Amazon), en composant avec ce lien à l’image nécessaire - il est plutôt rare d’arriver à trouver cette osmose entre l’image et la bande-originale, sans jouer d’excès ni de facilités.
Il est également vrai que concernant le film de genre et le thriller, nous ne sommes plus confrontés, comme à la grande époque des Giallos, à des scores qui n’étaient que des morceaux rocks empilés ayant peu de rapport avec le script ou les scènes.
Ici à l’instar d’un ROB (Robin Coudert), et parce que leur musique nous semble développée d’une façon similaire, Feu! Chatterton Soundtracks nous offre une composition puissante et parfois rock, et surtout très travaillée et élégante. Ce sera le cas de « Janvier » avec son mouvement angoissant et atmosphérique (qui n’est pas sans rappeler une intro, ou une improvisation sur un concert rock), un morceau qu’on pourrait qualifier d’atonal, mais qui reste étonnamment ancré dans son contexte cinématographique.
De sorte, bien loin de n’être qu’une simple présence (grâce en soit rendue au monteur et au réalisateur), la musique occupe sa vraie place ; celle d’une interlocutrice privilégiée, qui permet au spectateur de percevoir l’ampleur donnée aux scènes ; cette part que l’image seule ne peut offrir, la profondeur et in finé une ‘plus-value’, une ‘valeur ajoutée’ pour l’atmosphère du film.
Un score particulièrement réussi, et un ‘groupe’ dont on attend d’autres compositions pour des thrillers ou des films de genre - car avouons-le c’est ce qu’on aime entendre !
Un Homme en fuite (OST)
Musique composée par Feu! Chatterton Soundtracks
Label : 22D Music
01. Le Grand Saut 2:40
02. Retour aÌ Rochebrune 1:16
03. Jim et Billy 0:59
04. Moi Vivant 3:42
05. L'iÌle au TreÌsor 1:33
06. La possédée 1:20
07. Dans l'usine 1:51
08. Vers la Douceur 2:13
09. Johny ColeÌre 2:18
10. Jerricane 3:14
11. Janvier 1:40
12. Vous ne serez jamais morts 1:15
13. La fin d'une iÌle 2:31
14. Le SouleÌvement 4:44
15. Reqiuem 3:32
Sylvain Ménard, mars 2024
* sans le comparer à l’emblématique « Don Abandons Alice »…