J’aimerai vous dire que c’est facile d’aller voir un tel programme, que ce film est nécessaire et qu’au delà de ce qu’il montre, se trouve une voie que chacun peut appréhender, ou tout du moins comprendre en partie. Car telle est la réalité, ‘RÉSISTANCES’ est un brûlot, un de ces métrages qui vous montre la violence qui est dans ce monde, le nôtre, celui d’aujourd’hui. Alors tout n’est pas mauvais, preuve en étant ces jeunes réalisatrices et réalisateurs, venus d’Afrique, qui osent filmer ce qu’en certains endroits, certaines régions, on interdit au nom d’une foi, ou de croyances obsolètes.
Tout n’est pas malsain, mais tout doit être dit. Et avec ce programme de courts-métrages, ce sont sur quatre sujets complexes quand ils ne sont pas totalement insolubles, que nous sommes invités à revenir. Et c’est là que ‘RÉSISTANCES’ s’affirme en tant que sujet incontournable, porteur de message et de réflexion. Alors, oui, il faut aller le voir, même s’il risque de vous toucher profondément (mais est-ce là un mal ?), de vous horrifier, ou de vous mettre mal à l’aise. Car c’est d’autant plus important en ce jour, d’essayer de se mettre à la place des autres, d’avoir de l’empathie et de ne pas juger.
Cette incursion dans un ‘Quartier Lointain’ est remarquable de concision et d’humanité (même lors d’évènements graves), portant un regard tendre parfois, désabusé souvent, mais jamais désespéré.
Entre l’absolutisme religieux, le souvenir d’un génocide, des coutumes arriérées ou le suicide ; les quatre metteurs en scènes nous montrent le deuil, la violence des adultes, le refus de voir ses enfants grandir et s’émanciper, la peur et l’incapacité de grandir ou vieillir sans liberté… C’est sans doute assez actuel que d’utiliser le terme de brûlot ou celui de pamphlet, mais force nous est de reconnaitre que ‘’RÉSISTANCES’ ne nous laissera pas indemne. En dénonçant avec subtilité des coutumes et des traditions ne tenant pas compte des gens ni de l’évolution d’un monde qui va trop vite, en ayant un discours emprunt de sollicitude et d’intérêt où symbolisme et poésie restent présent, les quatre courts-métrages nous ouvrent une voie vers la compréhension des autres.
L’ENVOYEÌE DE DIEU est le premier court de ce programme. Une violente dénonciation de l’obscurantisme et du mal que l’on est capable de faire aux autres. Mise en scène par la réalisatrice nigérienne Amina Abdoulaye Mamani, l’histoire est âpre et sans concession, et par le biais de ce regard d’une jeune enfant, outil d’une violence autant morale que physique, elle nous étreint dans des doigts de fer, inertes et inhumains.
LE MEÌDAILLON, seul documentaire du lot, réalisé par la réalisatrice éthiopienne Ruth Hunduma, nous parle d’une page inconnue du grand public, le geÌnocide de la Terreur rouge eÌthiopienne qui eu lieu entre 1977 et 1978. La réalisatrice entre souvenirs familiaux, description d’un pays qui a survécu et parallèles entre des époques passées et récentes, nous brosse un portrait d’un pays qui malgré tant d’horreurs semble resplendir.
ASTEL pose un regard d’abord doux et complice sur une jeune fille et son père dans de beaux paysages presque idylliques. Puis alors qu’elle porte le regard sur un jeune homme faisant paître ses animaux, elle va vers lui. C’est cette notion ‘d’éloignement’ que traite la réalisatrice ; la montrant grandir, ne plus être une petite fille aux yeux de son père. C’est là également la dureté d’une réaction qu’elle souligne, dans cette façon de l’éloigner, de l’envoyer rejoindre les autres femmes. On sent poindre l’émotion, celle de la jeune réalisatrice, Ramata-Toulaye Sy, qui conte ce qui semble être son propre point de bascule vers l’âge adulte.
I AM AFRAID TO FORGET YOUR FACE qui conclut le programme est un pied de nez aux conventions et aux traditions séculaires quand un jeune homme s’habille en femme afin de pouvoir dire un dernier adieu à celle qu’il a aimé, faire son deuil. Un court-métrage complexe, plus qu’il n’y paraît parce qu’il emprunte sa trame à des genres définis, mais les contourne pour évoquer un sujet grave, le suicide, et l’agrémente d’une réflexion sur le poids des coutumes. Cruel de se dire que c’est par ce seul stratagème qu’il pourra la revoir…
Le programme en détail ;
L’ENVOYEÌE DE DIEU (Fiction • 23 min • Niger/Burkina Faso/Rwanda - Haoussa sous-titreÌ en français)
REÌALISATION & SCEÌNARIO : Amina Abdoulaye Mamani
MONTAGE : Moumouni Jupiter SodreÌ & Orianne Moschetti-Brun
IMAGE : Amath Niane
MUSIQUE ORIGINALE : Sylvan Dando PareÌ
SON : Moumouni Jupiter SodreÌ
PRODUCTION : Diam Production, Karekezi Film Production, Tabou Production
LE MEÌDAILLON (Documentaire • 23 min • Royaume Uni/Ethiopie - Amharic, Anglais sous-titreÌ en français)
REÌALISATION & SCEÌNARIO : Ruth Hunduma
MONTAGE : Marnie Hollande
IMAGE : Henry Gill
MUSIQUE ORIGINALE : Nyokabi Kariuki
SON : Kim Tae Hak
PRODUCTION : Story Compound
ASTEL (Fiction • 24 min • France/SeÌneÌgal - Peulh sous-titreÌ en français)
REÌALISATION & SCEÌNARIO : Ramata-Toulaye Sy
MONTAGE : Nathan Jacquard
IMAGE : Amine Berrada
MUSIQUE ORIGINALE : Amine Bouhafa
SON : Ousmane Coly, Olivier Voisin, Romain Ozanne
PRODUCTION : La Chauve-Souris, Kazak Produc- tions (France), Astou Production (SeÌneÌgal)
I AM AFRAID TO FORGET YOUR FACE (Fiction • 14’55 min • Egypte/France/Qatar/Belgique - Arabe sous-titreÌ en anglais, français)
REÌALISATION & SCEÌNARIO : Sameh Alaa
MONTAGE : Yasser Azmy
IMAGE : Giorgos Valsamis
MUSIQUE ORIGINALE : Universal daughters cover
SON : Sameh Nabil
PRODUCTION : Les Cigognes Films
Un mot sur QUARTIERS LOINTAINS : CreÌeÌ en 2013, Quartiers Lointains est un programme itineÌrant de courts-meÌtrages diffuseÌ entre diffeÌrents pays d’Afrique, la France et les Etats-Unis. Chaque saison est construite autour d’une theÌmatique et valorise des talents eÌmergents qu’ils soient baseÌs en Afrique ou dans la diaspora africaine (Tiré du dossier de presse)
Synopsis : On a souvent parleÌ de reÌsistance quand il s’agissait de guerre, civile ou militaire. Mais la reÌvolte de fait, l’insoumission face aÌ ce qui nous est imposeÌ dans un cadre familial, politique, religieux ou culturel est aussi une forme de reÌsistance. Qu’ils soient baseÌs au Nord ou aÌ l’Ouest du continent, les protagonistes des quatre courts meÌtrages de cette 8e saison de Quartiers Lointains abordent de manieÌre politique et poeÌtique plusieurs formes de teÌnaciteÌ et d’insurrection envers l’ordre eÌtabli.
Sylvain Ménard, septembre 2024