Pour ce film dramatique, teinté de mystère et porté par un message d’espoir, le compositeur choisi d’aller de la musique classique, à celle d’ambiance, empruntant à la musique électronique, mais toujours en déclinant soigneusement ses motifs d’une façon mélodique. Les thèmes proposés sont ainsi souvent doux (comme le lent ‘Question’) et s’inscrivent dans un développement assez classique, proche de certains modernes et d’une forme de néo-romantisme ; et à d’autres vont emprunter certains modes issus d’une écriture plus moderne, comme sur ‘A Lot of Beetles’ ou ‘Night Watch’ et son esquisse d’une dimension fantastique.
Comme il l’a évoqué rapidement, Peter Baert empruntera des chemins qui vont le ramener vers des expériences personnelles, l’enfance, la perte des êtres chers ; et s’en servira afin de construire ce score délicat et mélancolique. Les passages écrits s’enchainent avec efficacité, inspirant jusqu’à l’inquiétude (’The Howling Wild Horses’) et dans ce récit qu’on peut percevoir comme une quête initiatique, le compositeur entre éloquence et retenue, nous brosse ces portraits sensibles et qui nous renverrons également à notre vécu et nos perceptions.
The Water Man est un score qui sait s’affranchir comme avec ‘Crossing the River’ de certains clichés, profond et empreint de gravité, mais qui saura nous étreindre également lors de l’écoute de passages où la sérénité semble voir le jour (‘Prayer’). Un score également qui nous offrira avec le trop court ‘Coming Closer: "The Water Man Rhyme" (interprété par Amiah Miller), une bien belle ballade.
C’est un exercice périlleux somme toute et qui pour beaucoup d'entre nous ne semble pas être au premier abord si compliqué ! Mais illustrer un drame et en même temps ce qui relèverait d’un film, peut être, ‘familial’ où nous serons mis en présence de péripéties liées à la quête d’un enfant, de la peur de la maladie et de l’abandon, de ce regard qu’on porte alors sur soi et que les autres portent sur nous ; oui, illustrer un tel propos est complexe. Peter Baert s’en tire avec les honneurs, et l’album - nous ferons abstraction des deux chansons de fin - réussit à nous emporter avec lui, dans ces pérégrinations auxquelles nous prêtons une oreille attentive, bienveillante même, car du sujet au traitement que notre compositeur lui donne, il nous offre une composition sincère et directe, sans excès, sans pathos, quelque chose qui nous reste !
Orchestrée par Matt Dunkley et enregistrée aux Galaxy Studios (en Belgique), le score aura été enregistré du 10 au 13 mai 2020 sous la supervision de Patrick Lemmens et Sian Bolland.
Le score est disponible depuis le 7 mai en digital (Lakeshore Records).
Synopsis : Gunner (Lonnie Chavis) se lance dans une quête pour sauver sa mère malade (Rosario Dawson) en cherchant une figure mythique qui possède le secret de l'immortalité: The Water Man ou L'homme de l'eau. Après avoir sollicité l'aide d'une mystérieuse fille locale, Jo (Amiah Miller), ils voyagent ensemble dans la forêt reculée de Wild Horse - mais plus ils s'aventurent, plus la forêt devient étrangère et dangereuse. Leur seul espoir de sauvetage est le père de Gunner (David Oyelowo), qui ne reculera devant rien pour les retrouver et, ce faisant, découvrira qui est vraiment son fils.
Sylvain Ménard, mai 2021