Au cinéma, le problème de se mettre en scène se pose toujours. Est-on 'réalisatrice', est-on 'actrice', et dans ce cas comment servir au mieux l'intrigue ?
Dans ce qu'on nomme le bon sens populaire, on a coutume de dire, "On est jamais aussi bien servi que par soi-même"… Aussi avec son image hyper léchée, ses plans particulièrement longs et réfléchis, on se dit que la réalisatrice se fait plaisir et va nous amener quelque part. Et alors qu'elle s'offre un rôle dont on peine à comprendre la réelle dimension, les personnages qui gravitent autour d'elle s'ajoutent à cette impression de flou, paraissant comme noyés dans un mystère dont le spectateur ne connaitra de toute façon pas la teneur.
Ni révélations, ni explication sur le pourquoi, et du drame qu'elle vécut - avec la disparition d'une mère qu'elle découvre schizophrène - et de celui qu’elle va vivre - se découvrant à son tour schizophrène - ; du comment, pourquoi se retrouve t-elle à enquêter ainsi, pourquoi tout le monde semble lui mentir et la manipuler ?
Cette schizophrénie, est le point central du film, celui qui nous amène peu à peu vers cette sensation d’enfermement et d’instant où tout semble se déliter.
Entre mensonges, faux semblants et l’impression que nous sommes manipulés, il nous semble voir apparaitre comme le sujet d'un film à énigme, un Hitchcock, un Lynch, un Scorsese, voire un Shyamalan ou un Nolan… ou alors comme une réminiscence de ces films italiens des années soixante dix et quatre vingt (pas nécessairement relevant du Giallo), des histoires où le spectateur est souvent malmené, perdu entre plusieurs réalités, celle que le réalisateur lui propose, et celle que sa perception lui impose, souvenez-vous des doubles fins comme chez Terry Gilliam !
A ce niveau, ayant finalement entrainé - et un peu perdu - son spectateur en cours de route, Charlotte Dauphin livre un métrage esthétiquement agréable, mais au récit confus, où les personnages, froids et laconiques, ne peuvent réussir à inspirer de sympathie.
D'une lenteur savamment calculée (un peu trop parfois) le film bénéficie d'une très belle photographie, ainsi que d'une surprenante et inspirée musique, très connôtée ‘Film à suspense’, signée Michel-Ange Merino.
Mais est-ce que cela est suffisant ?
Synopsis : Trente ans après la mort mystérieuse de sa mère, Marthe revient dans le sud de la France pour faire éclater la vérité. Mais plus elle s’approche de son passé, plus le réel semble lui échapper.
Sylvain Ménard, septembre 2026
Fiche technique
Réalisation : Charlotte Dauphin
Scénario : Charlotte Dauphin
Production : Charles-Henri de La Rochefoucauld, Jean-Luc Ormières
Photographie : Remko Schnorr
Musique : Michel-Ange Merino
Montage : Virginie SeguinCasting
Charlotte Dauphin : Marthe
Marisa Berenson : Grand-mère de Marthe
Pascal Greggory : Docteur Rozère
Andie MacDowell : Lady Rain[4]
Finnegan Oldfield : Georges
Louis-Do de Lencquesaing : Bernard
Anouk Grinberg : Hannah
Sophie Semin-Handke : Claudia
Marie-Agnès Gillot : Mère de Marthe
Aurélia Petit : Tante