Il y a en France un vrai fossé entre le discours concernant la ‘volonté de faire’ et la ‘réalité malheureuse des faits’… La France s’appauvrit, et alors qu’on vante nos qualités en terme de culture et de patrimoine, jamais les dotations n’ont été aussi faibles.
La ‘Presse’ parle beaucoup - la ‘Presse’ qui n’écoute pas, ne lit pas, ne va pas voir les spectacles - ; de tel ‘amuseur public’, de telle ‘star’ de YouTube, de tel influenceur, de ce qui s’inscrit dans leur cahier des charges et de leurs obligations ! Sans être mesquins, jamais l’adage : « du vin et des jeux pour le peuple », n’a été aussi vrai…
Mais la culture au sens large, celle qui définit finalement une nation au travers de ses pièces, ses musiques, ses films ou ses spectacles, est la grand perdante, et rarement, si ce n’est dans les journaux régionaux, on ne prend le temps de relayer les informations primordiales. Ainsi nous sommes face à des choix politiques : donner à des associations (avec les risques que l’on connait), se désintéresser de l’Art et le laisser aux mécènes (qui en font déjà beaucoup…), ou garder un cap, tenir ses engagements - comme avec l’Opéra de Rouen - et repenser les enveloppes et la façon (pas toujours très bonne) de les donner !
Un exemple assez criant est celui des aides proposées aux librairies pour les séances de lectures, et autres projets…, certes utiles mais ayant un coût, où finalement c’est l’auteur - celui même qui a des idées et écrit des ouvrages, qui ne sera pas reconnu - et pour beaucoup d’auteurs, cela signifie ne pas être publié ! Dans ce cas précis nous parlons de la BnF et de ses aides.
Et pendant ce temps l’état et les collectivités locales se désintéressent des théâtres et des manifestations diverses. On a pu constater que les aides de l'Etat attribuées par les Directions régionales des affaires culturelles, aux festivals, ont diminué pour 2026 d’environ 25%. Et quand on connait le sujet, ces baisses ont de quoi inquiéter !
L’affaire de l’OpeÌra de Rouen revêt donc une importance ‘capitale’, alors que la culture semble être la première visée dans cette folle course aux réductions diverses, tout ceci ne faisant que cacher la réalité profonde qui est de reconnaître qu’aujourd’hui l’état français n’investit plus dans la culture.
Et en dernier lieu, n’oublions pas qu’une réduction de budget met en péril de nombreuses activités et intervenants… des chômeurs en devenir !
Vous trouverez ci-dessous le courrier adressé au ministère suite à cette déclaration.
Sylvain Ménard, juillet 2026
Courrier adressé à la Ministre de la Culture par les élus de la Métropole rouennaise :
« Madame la Ministre,
L’Opéra Orchestre Normandie Rouen, équipement culturel d’excellence, contribue au rayonnement artistique et culturel de la métropole rouennaise, de la Normandie et plus largement du pays.
En 2025, l’adoption d’un projet artistique structuré autour d’un orchestre repensé a marqué une étape importante dans le développement et l’affirmation de l’établissement.
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre des engagements pris fin 2023 par l’ensemble des partenaires publics – la Région Normandie, l’État et la Métropole Rouen Normandie – autour d’un pacte de financement ambitieux pour la période 2024-2028, visant à consolider et à amplifier le projet artistique et territorial de l’Opéra.
Dans ce contexte, la Métropole Rouen Normandie a fait le choix d’un soutien renforcé, en votant une augmentation progressive très significative de sa contribution, malgré un contexte de tension des finances publiques. Cette contribution a évolué de 1,6 million d’euros par an en 2023 à 2,5 millions d’euros en 2026, pour atteindre 2,7 millions d’euros à l’horizon 2028.
Pourtant, en contradiction totale avec ses engagements, l’État vient de faire connaître son intention de réduire de 334 000 € sa contribution annuelle, dans le cadre des réductions drastiques que le Gouvernement entend appliquer, dès 2026, aux principaux établissements culturels de France.
Ce désengagement massif de l’État affecterait non seulement l’enveloppe de ses subventions complémentaires (280 K€ inscrits au budget de l’Opéra pour l’exercice 2026), mais également sa contribution statutaire annuelle (1,7 M€ au total), cette contribution statutaire qui constitue le socle du pacte de gouvernance et de financement conclu entre les trois principaux partenaires de l’Opéra : l’État, la Région Normandie et la Métropole Rouen Normandie.
C’est inacceptable pour l’Opéra. C’est inconcevable pour ses partenaires locaux. C’est insupportable pour la culture de façon générale. Comment assurer la défense et la préservation de notre modèle culturel, aujourd’hui cible de tant d’attaques politiques, si l’État lui-même décide de trahir sa parole ? Surtout quand, dans le même temps, le Gouvernement continue de réduire les dotations aux collectivités locales et aux intercommunalités, créant un étau mettant gravement en danger la pérennité de nombreux équipements culturels.
Nous demandons donc instamment à l’État de reconsidérer sa position et de respecter ses engagements. Il ne s’agit pas seulement d’un engagement politique : l’État est également lié par un pacte statutaire qui fonde juridiquement ses obligations envers l’établissement et ses partenaires.
Plus largement, nous réaffirmons notre attachement à un engagement conjoint et pérenne de l’ensemble des financeurs, condition essentielle à la poursuite des ambitions portées par l’Opéra Orchestre Normandie Rouen au service des publics et du territoire.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération. »
Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen, PreÌsident de la MeÌtropole Rouen Normandie
Nicolas Rouly, Maire de Grand-Quevilly, Vice-PreÌsident de la MeÌtropole Rouen Normandie en charge de la Culture
Marie-AndreÌe Malleville, Adjointe au Maire de Rouen en charge de la Culture
Florence HeÌrouin-LeÌautey, DeÌputeÌe de la 1ere circonscription de la Seine-Maritime
GeÌrard Leseul, DeÌputeÌ de la 5eÌme circonscription de la Seine-Maritime
Didier Marie, SeÌnateur