Le réalisateur Damien Dorsaz nous invite à découvrir par le biais de sa mise en scène (quasi parfaite), parfois nonchalante, mais toujours inspirée, une sorte de tableau permanent qui ne pourra qu’enchanter le spectateur. Grâce à un joli travail sur la photographie signée Gilles Porte, le film possède une colorimétrie extrêmement soignée ; où les plans qui s’enchaînent dévoilent ce qui semble comme tout droit sorti d’un roman, d’un grand film classique.
La jeune actrice Devrim Lingnau qui incarne Maria Reiche est possédée par le rôle, nous offrant avec passion, pas seulement une convaincante interprétation, mais une incarnation d’un portrait de femme incroyable et dont on peine à penser qu’elle eut pu exister en notre temps sans que jamais son nom ne nous soit parvenu. Guillaume Gallienne, quant à lui, offre un très beau portrait du personnage de Paul d’Harcourt, une interprétation tout en finesse et sans ambiguïtés.
Émouvant, parce qu’il faut de l’émotion, le film nous offre une évocation impressionnante de justesse ; non seulement celle d’une époque, mais surtout celle d’une passion, qui poussera une femme à embrasser une carrière, à se battre afin de protéger un site d’exception.
Il est étonnamment complexe de juger un film dont le sujet s’apparenterait à un Biopic, ou plutôt à la vie, quasi exclusive, d’une personnalité qui aura gravité autour de la découverte d’un site archéologique majeur, de son étude et de sa sauvegarde. On a pour habitude de parler d’abnégation… le mot n’est pas trop fort.
Et lorsque le spectateur découvre les images de Maria en train de brosser et nettoyer les traces qui forment les dessins ; quand on la voit, cheminer et pénétrer dans un paysage moins austère et presque bucolique ; on ne peut qu’être étonné par cette mise en scène d’une grande beauté, et dans le même temps, tellement intime et minimaliste.
Par pudeur, le réalisateur décide de ne pas s’abandonner à la facilité du baiser entre Maria et Amy, car tel n’est pas le sujet. Mais il souligne les choix que Maria Reiche du faire, et auquels elle fut toujours confrontée ; entre son bien-être, son affection pour les autres, son amour ; et cette tâche à laquelle elle s’était vouée corps et âme.
Nous n’oublierons pas d’ajouter qu’il y a bien sûr dans ce film une réflexion profonde sur la colonisation et ce que les Espagnols ont pu faire en arrivant au Pérou ; sur ce que d’autres pays, qui ont pris possession de terre qui ne leur appartenaient pas, ont fait.
Par petites touches, le réalisateur met en scène son histoire, en articulant la trame autour de son personnage principal, et ce faisant nous dévoile des paysages à la vision desquels nous ne sortirons pas indemne,… dieu que ce pays semble beau !
Comment peut-on réaliser un aussi beau portrait de femme, sans admirer les femmes ; comment peut-on faire un film sur la résilience et le courage, sans être soi même courageux ? Le parcours du combattant qui fut le lot du réalisateur, cette longue période de gestation de son film qui lui prit près d’une dizaine d’années, tout cela l’amène à cette minute précise et à ce moment où son film est projeté sur l’écran, et à cet instant où, en tant que spectateur, l’on se dit qu’il a réussi quelque chose de remarquable.
Combat courageux, vie hors norme ; le film sur Maria Reiche est une ode à la résilience, mais ça nous le savions ; un message à tous ceux qui se battent pour que la culture et l’histoire demeure, pour que les choses ne se perdent pas.
La belle image finale ne sera pas sans nous rappeler Le Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry, une colline, une silhouette écrasée par la magnificence du ciel étoilé… l’immensité et l’éternité dans le même plan. Quelle fin !
Synopsis : PeÌrou, 1936. Maria, jeune enseignante aÌ Lima, rencontre Paul d’Harcourt, archeÌologue français. Ce dernier l’emmeÌne dans le deÌsert de Nazca ouÌ elle deÌcouvre un vestige milleÌnaire qui va peu aÌ peu devenir le combat de sa vie... InspireÌ de la vie de l’archeÌologue Maria Reiche.
Sylvain Ménard, novembre 2025
LISTE ARTISTIQUE
Maria Reiche : Devrim Lingnau
Paul d’Harcourt : Guillaume Gallienne
Amy : Olivia Ross
Juana : Marina Pumachapi
Montoya : Javier ValdeÌs
Bocanegra : Beto Benites
Capataz : Alberick GarciÌa
PreÌsident du CongreÌs : ViÌctor Prada
Donicio : Jorge Pomacanchari
MeÌre de Juana : Catalina Silvestre Ore
Dolores : Alma Diego
Charles : François Vallaeys
Claude : Amaranta Kun
LISTE TECHNIQUE
ReÌalisation : Damien Dorsaz
SceÌnario : Damien Dorsaz, Fadette Drouard, Franck Ferreira Fernandes, RaphaeÌlle Desplechin, Aude Py
Produit par : Matthieu Zeller, Oliver Damian, Matthieu Gondinet
Producteur associeÌ : Alexandre Mallet-Guy
Coproduit par : Timm Oberwelland, Magnus Vortmeyer, Peter Eiff, Tobias Alexander Seiffert
Directeur de production : Miggel
Directeur de la photographie : Gilles Porte, AFC
Direction artistique : Blanca MartiÌnez LoÌpez
Casting : Beto Benites
Costumes : Andrea Martorellet, Flore Vauville
Maquillage et coiffure : Loly Gimenez
Son : Omar Pareja
DeÌcors : Renzo Bazan Marroquin
Coach langues : ValeÌrie Drouot, Agustin Sullivan, Maryale Benites
Montage : Patricia Rommel, BFS
Musique originale : Nascuy Linares
Mixage : Matthias Lempert
Monteur son : Tobias Mahlstedt
Montage dialogues : Lajos Wienkamp
Une production : Octopolis, 27 Films
En coproduction avec : Memento Production, Tobis, Rotor Film, Digital District
Avec le soutien de : UNESCO, FFA, Medienboard Berlin-Brandenburg, Deutschen FilmfoÌrderfonds DFFF, CNC, Eurimages – Councel of Europe, BR, ARTE, CINEÌ + OCS
Crédits photos : © Octopolis 27Films, Daniela Talavera