Si la dimension fantastique apparaît assez vite - Julie Gayet prend l’apparence d’une jeune femme, mais au sens littéral du terme - le film demeure très classique de forme, accompagnant les instants de vie des personnages, leur séparation, puis leurs « retrouvailles ». Ces péripéties nous amènent à nous interroger sur ce que nous voyons, est-ce la faute de l’époux, impeccable Benjamin Biolay, presque antipathique ; ou bien celle de cette épouse égocentrique et actrice excessive refusant de laisser place à plus jeunes qu’elle, formidable Julie Gayet !
On se dira que Julie Gayet est loin d’avoir atteint un âge canonique, mais là aussi il faut compter avec le diktat de nos sociétés et l’image souvent renvoyée par le cinéma (ça ne vous aura pas échappé en regardant les productions de plates-formes) où l’on sacralise une forme de standard, avec l’âge, la corpulence, les teintes de peau…
Difficile donc d’envisager un rôle qui puisse desservir un acteur, même si du côté des anglo-saxons, jouer la maladie, la déchéance (Alzheimer ou autre…) est devenu monnaie courante. Cette rupture de ton, cette acceptation du lendemain, qui transparaît dans les rôles qu’on se voit offrir, tel est sûrement l’apanage de ceux qui osent sortir de leur zone de confort.
Et c’est là où Julie Gayet ose jouer et se livrer comme lors de la scène de séparation, où avec Benjamin Biolay ils jonglent avec d’incroyables nuances dans le jeu, dans ce moment d’une intimité folle, d’une rare intensité. Et cette scène montre une femme (mais également un homme), dont le chagrin est immense - un chagrin bien visible sur leurs visages, entre épuisement et peine, et sans maquillage - et alors même qu’ils vont se séparer, ils continuent à se soutenir et tentent de se consoler.
Alors oui, certains films français ont osé parler de maladie de diverses manières, mais le sujet - plus subtil ici, puisqu’il relève d’une dimension axée sur la crainte de l’avenir et sur le fait de savoir vieillir pour une actrice - est fantastiquement traité par le réalisateur et porté avec brio par son actrice principale !
Soulignons qu’en toile de fond s’installe une réflexion sur ce métier d’actrice, sur le regard des autres et des ravages que peuvent provoquer la critique de quelque nature qu’elle soit.
On sait que c’est un sujet sensible, mais rarement évoqué à tout bien considérer. Aussi c’est avec plaisir qu’on se laisse entrainer dans cette histoire où l’amour rime avec la peur de la perte, et où prendre de l’âge s’accompagne des craintes liées au regard que l’autre portera sur nous.
Au delà de cette considération propre au statut d’actrice et tel que mis en scène par SEÌBASTIEN BAILLY ; COMME UNE ACTRICE est un beau portrait de femme comme on souhaiterait en voir plus souvent, un film assez rare, qu’à Cinémaradio nous vous invitons à découvrir toute affaires cessantes !
Synopsis : Anna, actrice proche de la cinquantaine, est quittée par son mari, Antoine, metteur en scène de théâtre. Prête à tout pour ne pas le perdre, elle va jusqu’à prendre l’apparence de la jeune femme avec laquelle il entretient une liaison. Mais ce double jeu pourrait se retourner contre elle…
Sylvain Ménard, juillet 2023
CASTING
JULIE GAYET : ANNA
BENJAMIN BIOLAY : ANTOINE
AGATHE BONITZER : DELPHINE
LOUISIANE GOUVERNEUR : LUCIE
HICHAM TALIB : MOURAD
CYRIL GUEI : EÌTIENNE
JENNY ARASSE : HEÌLEÌNE
ZHIYING YAN : MME PENG
MEILING WANG : FEIÌTECHNIQUE
REÌALISATION : SEÌBASTIEN BAILLY
SCEÌNARIO : SEÌBASTIEN BAILLY, ZOEÌ GALERON
1ER ASSISTANT REÌALISATEUR : NICOLAS SAUBOST
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE : THOMAS FAVEL
DEÌCORS : EMMANUEL LE CERF
COSTUMES : DOROTHEÌE LISSAC
MAQUILLAGE : LAURENCE GROSJEAN, ZOEÌ LAUQUE
SON : MARIE-CLOTILDE CHEÌRY
MUSIQUE ORIGINALE : LAURENT LEVESQUE
VIOLON SOLO : NEMANJA RADULOVICÌ
VFX ET EÌTALONNAGE : YANNIG WILLMANN
MONTAGE : ARIANE BOUKERCHE
MIXAGE: BENJAMIN VIAU
DIRECTEUR DE PRODUCTION : DIMITRI LYKAVIERIS
PRODUCTEURS : LUDOVIC HENRY, ANTOINE ROUX
PRODUCTION : LA MER AÌ BOIRE PRODUCTIONS
DISTRIBUTION FRANCE : EPICENTRE FILMS