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    <title>CinéMaRadio | Podcast Cinema &amp; Radio du Cinéma avec les meilleures musiques de films - RSS Actualités - Interviews</title>
    <description>CinéMaRadio | Podcast Cinema &amp; Radio du Cinéma avec les meilleures musiques de films - RSS Actualités - Interviews</description>
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      <title>INTERVIEW GUSTAVO SANTAOLALLA… découvrez la sincérité et la générosité d’un compositeur à part</title>
      <description><![CDATA[Du folk argentin &agrave; Hollywood, en passant par les jeux vid&eacute;o et les documentaires, Gustavo Santaolalla n&rsquo;aura jamais cess&eacute; de prouver son app&eacute;tence l&eacute;gendaire pour la musique. A...]]></description>
      <pubDate>Wed, 22 Oct 2025 16:00:00 +0000</pubDate>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Du folk argentin &agrave; Hollywood, en passant par les jeux vid&eacute;o et les documentaires, Gustavo Santaolalla n&rsquo;aura jamais cess&eacute; de prouver son app&eacute;tence l&eacute;gendaire pour la musique. Au c&oelig;ur de sa singularit&eacute;: le ronroco; cette petite guitare des Andes qui le connecte aussi bien &agrave; ses racines qu&rsquo;&agrave; ses &eacute;motions les plus profondes, laissant ainsi op&eacute;rer un dialogue sinc&egrave;re entre le compositeur et l&rsquo;instrument, &agrave; l&rsquo;origine de nombreuses bande-originales tr&egrave;s &eacute;clectiques comme Babel, Carnets de Voyage, 21 Grammes, Amours Chiennes, Biutiful et bien s&ucirc;r, l&rsquo;incontournable The Last of Us, v&eacute;ritable sommet de sa popularit&eacute;, o&ugrave; la musique transcende le r&ocirc;le pour lequel elle est assign&eacute;e. Ce dimanche 19 Octobre, le timbre caract&eacute;ristique de son ronroco r&eacute;sonnera (une nouvelle fois) entre les murs du Bataclan ; l&rsquo;occasion pour nous de confronter l&rsquo;affectueux Gustavo Santaolalla au jeu des questions-r&eacute;ponses et de vous embarquer dans un road-trip nostalgique au c&oelig;ur de son parcours tr&egrave;s atypique !</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;"><br>David-Emmanuel : Le ronroco vous est personnel &agrave; un tel point, qu&rsquo;il est devenu indissociable de votre musique. Comment s'est cr&eacute;&eacute;e cette connexion spirituelle avec cet instrument et comment a t'il d&eacute;finit votre identit&eacute; en tant qu&rsquo;artiste ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : La question de l'identit&eacute; a toujours &eacute;t&eacute; pr&eacute;sente dans mon travail, et ce, d&egrave;s mon plus jeune &acirc;ge. Mon premier contact avec la guitare en g&eacute;n&eacute;ral a commenc&eacute; &agrave; l'&acirc;ge de cinq ans. J'ai suivi des cours particuliers jusqu&rsquo;&agrave; mes 10 ans mais je n'ai jamais r&eacute;ussi &agrave; ma&icirc;triser l'aspect acad&eacute;mique de la musique, donc je n'ai jamais vraiment appris &agrave; lire ni &agrave; &eacute;crire une partition. &Agrave; un moment donn&eacute;, ma prof a l&acirc;ch&eacute; l&rsquo;affaire... C'est alors que j'ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire mes premi&egrave;res chansons. A l'&eacute;poque, la musique folklorique argentine &eacute;tait tr&egrave;s populaire. J'ai donc appris &agrave; chanter des sambas argentines mais aussi &agrave; jouer du chacarera avant de former un petit groupe folklorique de samba. Chez moi, j'&eacute;coutais toutes sortes de musiques : du classique, du tango, du folk, mais aussi de la musique nord-am&eacute;ricaine comme le jazz ou de la pop - Sinatra, Bing Crosby et Paul Mary, etc. Je me suis d'abord int&eacute;ress&eacute; au rock d'Elvis Presley. Puis les Beatles sont arriv&eacute;s sur le devant de la sc&egrave;ne&hellip; C&rsquo;est l&agrave; j&rsquo;ai su ce que je voulais faire. Comme j&rsquo;avais &eacute;tudi&eacute; dans une &eacute;cole primaire britannique, j&rsquo;ai pu &eacute;crire des chansons en anglais dans le style des Beatles. Mais j'ai tr&egrave;s vite ressenti ce besoin de chanter dans ma langue. Alors, j&rsquo;ai &eacute;crit quelques chansons en espagnol. Mais cette question d&rsquo;identit&eacute; m&rsquo;a pouss&eacute; &agrave; aussi jouer dans ma langue. <br>Et puis l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un m&eacute;lange est venue gr&acirc;ce &agrave; mon background folklorique : j&rsquo;ai trouv&eacute; que le c&ocirc;t&eacute; primitif de certaines musiques folkloriques, ethniques s'accordait bien avec le c&ocirc;t&eacute; primitif du rock. Et pour cela, j'ai beaucoup &eacute;t&eacute; tr&egrave;s critiqu&eacute; par le rock establishment qui consid&eacute;rait que &laquo; jouer de la chacarera ou de la quena avec une guitare &eacute;lectrique, &ccedil;a n&rsquo;est pas du rock ! &raquo;. Mais le temps m'a donn&eacute; raison !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">A l&rsquo;adolescence, mes parents m'ont offert un charango, un instrument originaire des Andes, du nord de l'Argentine. J'ai commenc&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;grer dans beaucoup de mes compositions apr&egrave;s avoir sign&eacute; mon premier contrat d'enregistrement &agrave; mes 16 ans. Puis je suis parti vivre aux Etats-Unis&hellip; A chaque fois que je retournais en Argentine, je m&rsquo;arr&ecirc;tais dans un magasin de musique pour voir s'ils avaient quelque chose de nouveau. Un jour, j'ai vu ce gros charango, bien plus grand que les autres : c&rsquo;&eacute;tait un ronroco. Je l'ai pris, j&rsquo;ai juste gratt&eacute; un peu dessus&hellip; Et il y a eu cette connexion inexplicable ! &Ccedil;a m'a imm&eacute;diatement touch&eacute;. Bien que les deux instruments soient li&eacute;s, le son est tout simplement tr&egrave;s diff&eacute;rent : il poss&egrave;de les m&ecirc;mes intervalles mais une tonalit&eacute; beaucoup plus grave. C&rsquo;est un ph&eacute;nom&egrave;ne qui est d&ucirc; &agrave; la tension des cordes et au registre de l'instrument. Avec le ronroco, on peut jouer une m&eacute;lodie et accompagner en m&ecirc;me temps, on peut utiliser la technique du finger-picking, etc. Et &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, personne n&rsquo;avait de ronroco : pour la plupart des gens, c&rsquo;&eacute;tait un instrument exotique. Alors, j'ai commenc&eacute; &agrave; composer des morceaux avec... Et depuis, j&rsquo;ai d&eacute;velopp&eacute; cette relation incroyable, il me suit partout. Dans chacun des films sur lesquels j&rsquo;ai travaill&eacute;, il y a toujours un moment o&ugrave; j'utilise le ronroco. Dans The Last of Us, c&rsquo;est l&rsquo;instrument principal avec lequel j&rsquo;ai compos&eacute; le th&egrave;me principal. Le seul film o&ugrave; il n'y en a pas, c'est Le Secret de Brokeback Mountain, qui ne contient qu'une guitare.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Pour autant, vous ne vous emp&ecirc;chez pas d&rsquo;employer l&rsquo;orchestre symphonique comme r&eacute;cemment dans Finch (de M. Sapochnikou, 2021) ou Maya, Princesse Guerri&egrave;re (de J. R. Gutierrez &amp; J. Ranjo, 2021). Comment adaptez-vous alors vos proc&eacute;d&eacute;s d&rsquo;&eacute;criture ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : J'adore utiliser l&rsquo;orchestre. A vrai dire, je prends de plus en plus de plaisir &agrave; &eacute;crire pour orchestre parce que j&rsquo;aime faire mes arrangements. Je travaille avec un arrangeur qui les traduit en des partitions jouables pour les musiciens, mais qui sont toutes bas&eacute;es sur mes propres arrangements orchestraux. Vous savez&hellip; J'ai un app&eacute;tit insatiable pour la vie. Parfois &ccedil;a m'a co&ucirc;t&eacute; cher, mais je ne l'ai jamais perdu, il est toujours pr&eacute;sent. Je ne veux rien rater. C&rsquo;est pour &ccedil;a que j'aime parfois explorer diff&eacute;rents extr&ecirc;mes &agrave; l'oppos&eacute; de ma musique, comme l&rsquo;orchestre.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment l&rsquo;album Ronroco est-il n&eacute; ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Quand ma carri&egrave;re de producteur a pris de l&rsquo;ampleur, on m'a demand&eacute; de r&eacute;aliser une compilation d'un des plus grands joueurs de charangos au monde, Don Jaime Torres, que je voyais &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision quand j'&eacute;tais gosse. C&rsquo;est le Ravi Shankar du charango comme je le dis souvent. Un jour, j&rsquo;ai tenu &agrave; lui faire &eacute;couter des morceaux que j&rsquo;avais enregistr&eacute;s juste pour moi. Je craignais sa r&eacute;action, alors je lui ai fait croire que c'&eacute;tait un ami qui jouait. Trois jours plus tard, il m&rsquo;a appel&eacute; en me disant : &laquo; Arr&ecirc;te, je sais tr&egrave;s bien que c&rsquo;est toi qui joues. C'est g&eacute;nial, il faut que tu sortes un album ! &raquo;. Je pensais qu&rsquo;il n&rsquo;aimerait pas mes techniques de jeu mais il m&rsquo;a r&eacute;pondu : &laquo; Non, peu importe. Il n'y a pas de r&egrave;gles. Tu as vraiment saisi l&rsquo;essence de l'instrument &raquo;. J&rsquo;ai donc sorti Ronroco qui regroupait 13 ann&eacute;es de compositions.&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Cet album vous a ouvert les portes du cin&eacute;ma : Michael Mann a tout de suite d&eacute;cel&eacute; la port&eacute;e cin&eacute;matographique de votre musique en utilisant l&rsquo;un de vos morceaux, &laquo; Iguazu &raquo; dans R&eacute;v&eacute;lations (1999) mais aussi dans Collat&eacute;ral (2004). Puis on a pu vous entendre sur Lord of War (de A. Niccol, 2005) et Babel (de A. Gonz&aacute;lez I&ntilde;&aacute;rritu, 2006), quelques ann&eacute;es plus tard. Quelle r&eacute;sonance y a-t-il entre votre musique et le monde du cin&eacute;ma ?&nbsp;&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : On m'a toujours dit que ma musique est tr&egrave;s visuelle. Beaucoup de gens me l&rsquo;ont fait remarquer d&egrave;s mon plus jeune &acirc;ge. Y compris pour mes productions, pour les albums que j&rsquo;ai produits au cours de ma carri&egrave;re de producteur. Pendant mes ann&eacute;es lyc&eacute;e, il y avait cette double r&eacute;alit&eacute; : le jour, j&rsquo;assistais au cours et, la nuit, j&rsquo;enregistrais des disques et chantais m&ecirc;me pour RCA Records &agrave; 16 ans. A minuit, il y avait une &eacute;mission qui diffusait - pas tous les soirs mais de temps en temps - ma musique. Et je me souviens que j'avais un r&eacute;cepteur radio sous mon oreiller pour pouvoir l&rsquo;&eacute;couter. Je devais bien le cacher parce que mes parents savaient que j'allais &agrave; l'&eacute;cole le lendemain matin ! Apr&egrave;s le lyc&eacute;e, je me suis dit : &laquo; je veux me lancer dans le cin&eacute;ma et je vais tout mettre en place pour y arriver &raquo;. J&rsquo;en avais tr&egrave;s envie. Mais la situation politique en Argentine &eacute;tait tr&egrave;s &eacute;trange &agrave; l&rsquo;&eacute;poque&hellip; Les dirigeants militaires ont ferm&eacute; l'Institut de Cin&eacute;matographie et l'Ecole de Cin&eacute;ma. Poursuivre ces &eacute;tudes impliquait que je me d&eacute;place dans une autre ville, ce qui prenait deux heures par jour aller-retour. Donc, &ccedil;a a &eacute;t&eacute; report&eacute;. &nbsp;Quoiqu&rsquo;il en soit, j'ai toujours &eacute;t&eacute; tr&egrave;s int&eacute;ress&eacute; par le cin&eacute;ma, les films et le langage visuel. C'&eacute;tait pr&eacute;sent en moi depuis toujours. Et je pense qu'il y a quelque chose dans ma musique qui est tr&egrave;s fortement li&eacute; au monde visuel et qui m&rsquo;a pouss&eacute; &agrave; la concevoir comme telle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Mais alors, comment s'est r&eacute;alis&eacute;e votre transition vers le cin&eacute;ma ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Comme vous le savez, Michael Mann m&rsquo;a appel&eacute; pour me dire qu'il voulait me rencontrer et utiliser ce morceau de &laquo; Ronroco &raquo; dans R&eacute;v&eacute;lations avec Russell Crowe et Al Pacino. Je suis all&eacute; le rencontrer et j&rsquo;ai vu la sc&egrave;ne en question qui contient deux minutes de musique sans dialogues. &Ccedil;a fonctionnait super bien ! En parall&egrave;le, un ami commun d'Alejandro Gonz&aacute;lez I&ntilde;&aacute;rritu nous a mis en relation et nous a conseill&eacute; de travailler ensemble sur son premier film, Amours Chiennes... A l&rsquo;&eacute;poque, je vivais un grand changement dans ma vie ; je devenais tr&egrave;s impliqu&eacute; dans plusieurs projets simultan&eacute;s tr&egrave;s diff&eacute;rents. J'&eacute;tais si occup&eacute; que je n'ai pas pu lire le sc&eacute;nario... Alors j&rsquo;ai contact&eacute; l&rsquo;&eacute;quipe du film au Mexique pour leur annoncer ma d&eacute;cision de ne pas le faire. Mais, au beau milieu de la nuit, je me suis r&eacute;veill&eacute; en me demandant : &laquo; Et si le film &eacute;tait g&eacute;nial ? Et si le r&eacute;alisateur &eacute;tait un g&eacute;nie ? Peut-&ecirc;tre n&rsquo;aurais-je pas d&ucirc; refuser ce film que je n&rsquo;ai m&ecirc;me pas regard&eacute; ? &raquo; Alors je les ai rappel&eacute;s en leur disant que s&rsquo;ils m'apportaient le film et me le montraient, j'y r&eacute;fl&eacute;chirais. Alejandro a d&eacute;barqu&eacute; &agrave; Los Angeles avec la VHS... Dans les dix premi&egrave;res minutes du film, il y a cette sc&egrave;ne de course-poursuite incroyable avec un camion et un chien qui saigne sur la banquette arri&egrave;re. Quand je l&rsquo;ai vu, je me souviens avoir regard&eacute; mon ing&eacute;nieur du son, avec qui j&rsquo;ai travaill&eacute; pendant de tr&egrave;s nombreuses ann&eacute;es, et lui avoir dit : &laquo; Nous allons faire ce film ! &raquo;. &nbsp;C&rsquo;est fou de se dire que j'aurais pu rater cette opportunit&eacute; parce que toute ma carri&egrave;re en d&eacute;coule&hellip; Tout est li&eacute; ! Car ensuite, Alejandro m'a mis en contact avec Walter Salles. Il m&rsquo;a dit : &laquo; Walter tourne un film sur Che Guevara avant qu'il ne devienne &laquo; El Che &raquo;. Tu devrais le rencontrer &raquo;. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai atterri sur Carnets de Voyage. Le film et la musique ont &eacute;t&eacute; nomm&eacute;s aux BAFTA. Je ne voulais pas aller &agrave; Londres parce que j&rsquo;&eacute;tais nomm&eacute; face &agrave; Howard Shore et tous ces autres compositeurs&hellip; Mais l&rsquo;&eacute;quipe a insist&eacute; : &laquo; Tu devrais venir, les gens adorent le film ! &raquo;. J&rsquo;ai fini par me d&eacute;cider d&rsquo;y aller avec ma femme et, en entrant dans la salle, on s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;ils jouaient ma musique ! Ce soir-l&agrave;, Walter a remport&eacute; le prix du meilleur film et j&rsquo;ai gagn&eacute; mon premier BAFTA. Quand on a pr&eacute;sent&eacute; Carnets de Voyage au festival de Sundance, Walter a trouv&eacute; des distributeurs et, apr&egrave;s le d&icirc;ner, une petite f&ecirc;te a &eacute;t&eacute; organis&eacute;e dans une maison. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;on a commenc&eacute; &agrave; me dire que je devrais rencontrer Ang Lee qui pr&eacute;parait &laquo; un western tr&egrave;s diff&eacute;rent &raquo;. C'&eacute;tait Le Secret de Brokeback Mountain... Voil&agrave; comment &ccedil;a s&rsquo;est pass&eacute; ! Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;agents hollywoodiens ni de plan directeur&hellip; D'une certaine mani&egrave;re, tout a commenc&eacute; avec cette histoire de Ronroco&hellip; Je dois donc beaucoup &agrave; cet instrument et &agrave; cette relation qui me lie &agrave; lui.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Les r&eacute;compenses se sont succ&eacute;d&eacute;es &agrave; une vitesse ph&eacute;nom&eacute;nale : l&rsquo;Academy Award vous a d&eacute;cern&eacute; deux Oscars, le premier pour Le Secret de Brokeback Mountain (de A. Lee, 2006) puis le second pour Babel (de A. Gonz&aacute;lez I&ntilde;&aacute;rritu, 2007) ... Quelles ont &eacute;t&eacute; les r&eacute;percussions de cette double cons&eacute;cration ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : C&rsquo;&eacute;tait incroyable ! En tant qu'artiste, on peut toujours avoir un coup de chance&hellip; Mais le deuxi&egrave;me Oscar m'a vraiment marqu&eacute;. Il m'a beaucoup fait r&eacute;fl&eacute;chir sur ce qui a incit&eacute; les gens &agrave; voter pour moi&hellip; Je ne sais pas si c'est parce que je travaille sur des films qui ne repr&eacute;sentent pas le statu quo hollywoodien ou parce que je n'appartiens pas &agrave; un club hollywoodien particulier&hellip; Mais en fin de compte, j&rsquo;ai compris que c&rsquo;est juste ma musique qui les a touch&eacute;s. D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, &ccedil;a m'a permis de me relaxer, de ne plus me laisser envahir par les doutes. Parce que la plus grande comp&eacute;tition &agrave; laquelle je me suis livr&eacute; a toujours &eacute;t&eacute; contre moi. La premi&egrave;re fois o&ugrave; j'ai &eacute;t&eacute; nomm&eacute; pour un Grammy et que j'ai perdu, je me suis dit : &laquo; j'ai travaill&eacute; si dur pour en arriver l&agrave;&hellip; &raquo;. Aujourd&rsquo;hui, j'ai remport&eacute; 17 Latin Grammys, 2 Anglo Grammys, 2 BAFTA, etc&hellip; Ce n&rsquo;est pas une question de chance : j&rsquo;ai r&eacute;ussi &agrave; prouver quelque chose. D'une certaine mani&egrave;re, &ccedil;a m'a aussi permis de ratifier mon engagement envers ma vision, parce que j'y suis parvenu sans compromis, en r&eacute;alisant des projets qui me touchent vraiment. Je dis toujours que mon succ&egrave;s est li&eacute; &agrave; ce que j'ai fait, mais aussi &agrave; ce que je refuse de faire. Il y a de nombreux projets que j'ai refus&eacute; et je suis tellement content de l&rsquo;avoir fait. Donc, si j'en suis arriv&eacute; l&agrave;, je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de tout changer maintenant. Et l&rsquo;argent n&rsquo;y fera rien.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Ne pensez-vous pas que votre approche de la musique de film, qui abandonne toute forme d&rsquo;acad&eacute;misme ou de standardisation, est aussi li&eacute;e &agrave; votre succ&egrave;s ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Je dirais que c'est probablement l'une des raisons principales oui. Une approche diff&eacute;rente est, je suppose, li&eacute;e &agrave; l'esth&eacute;tique ou &agrave; la fa&ccedil;on dont la musique se pr&eacute;sente au spectateur. Mais je pense que le plus important, c'est l'&eacute;motion qu'elle suscite, la fa&ccedil;on dont elle affecte le public et la fa&ccedil;on dont elle se connecte &eacute;motionnellement &agrave; l'histoire. On m'a souvent dit que ma musique est comme un autre personnage dans le film ou le jeu vid&eacute;o. C'est comme une autre personne, ou un autre acteur.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">On retrouve toute la singularit&eacute; de votre style dans The Last of Us (de N. Druckmann, 2013) par cette approche &agrave; la fois minimaliste mais surtout tr&egrave;s complexe, qui nous plonge dans un road-trip m&eacute;lancolique. La musique se fait tr&egrave;s d&eacute;pouill&eacute;e et tente d&rsquo;apporter cette lueur d&rsquo;espoir au c&oelig;ur du chaos. Vous &ecirc;tes parvenu &agrave; cr&eacute;er une musique humanis&eacute;e dans un monde d&eacute;shumanis&eacute;&hellip; Et cette authenticit&eacute; vous d&eacute;finit aussi bien que votre instrument de c&oelig;ur&hellip;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : C'est une tr&egrave;s belle description, merci beaucoup ! Je pense qu'une partie du succ&egrave;s, de la reconnaissance ou du lien &eacute;tabli avec le public est li&eacute;e &agrave; plusieurs choses &agrave; la fois&hellip; L'une d'entre elles est le fait que j&rsquo;interpr&egrave;te moi-m&ecirc;me mes partitions. Quand on a &eacute;crit une partition et qu'on la pr&eacute;sente &agrave; un musicien, il a beau &ecirc;tre peut-&ecirc;tre plus talentueux que vous, mais il ne va pas l&rsquo;interpr&eacute;ter de la m&ecirc;me mani&egrave;re que vous parce qu'il ne l&rsquo;a pas compos&eacute;e. C&rsquo;est un premier point de d&eacute;part. Ensuite, j'adore tous les aspects annexes li&eacute;s &agrave; la performance en g&eacute;n&eacute;ral. Par exemple, lors d'un enregistrement classique, tout guitariste et ing&eacute;nieur du son cherchera &agrave; &eacute;viter les bruits parasites, comme le passage de la main sur le manche. Personne ne veut entendre ces bruits ind&eacute;sirables que l&rsquo;on per&ccedil;oit chez un guitariste mais, dans mon cas, j'augmente le volume pour les rendre plus perceptibles. Je laisse le bruit de l'amplificateur ou le vibrato activ&eacute; avec un ampli bruyant. M&ecirc;me sans jouer, on peut entendre ces bruits. Et j'utilise tout &ccedil;a pour humaniser la musique, cr&eacute;er une connexion imm&eacute;diate avec l'auditeur, le spectateur. C&rsquo;est un peu comme du lait non pasteuris&eacute;, vous voyez ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">On dirait que vos morceaux ont &eacute;t&eacute; compos&eacute;s de mani&egrave;re instinctive, presque improvis&eacute;e, pour renforcer cette sensation organique ; de la m&ecirc;me mani&egrave;re que Jo&euml;l et Ellie retrouvent leurs instincts primitifs pour survivre dans cet environnement hostile. La musique agit en permanence pour l&rsquo;immersion du gamer, quelques soient les circonstances. C&rsquo;&eacute;tait le but recherch&eacute; ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Exactement ! Et c'est aussi ce qui m&rsquo;a pouss&eacute; &agrave; me servir des erreurs de performances [musicales]. Je m&rsquo;explique. Comme je n'ai pas appris &agrave; &eacute;crire de la musique, j&rsquo;improvise jusqu'&agrave; trouver quelque chose qui me pla&icirc;t. Puis, je le r&eacute;p&egrave;te pour l'apprendre avec la s&eacute;quence. Et c&rsquo;est en le r&eacute;p&eacute;tant que je mets les doigts l&agrave; o&ugrave; il ne fallait pas. Parfois, je me trompe tout simplement, mais parfois je fais une vraie d&eacute;couverte. Certaines erreurs ne sont que des erreurs. Mais d&rsquo;autres erreurs sont en fait de grandes id&eacute;es cach&eacute;es ; des id&eacute;es dont on ignorait l'existence. Si tout avait &eacute;t&eacute; &eacute;crit &agrave; l&rsquo;avance sur partition, &ccedil;a ne serait jamais arriv&eacute;. C'est un processus tr&egrave;s int&eacute;ressant. Et bien s&ucirc;r, il y a une part d'improvisation pour tomber sur ces erreurs. Mais ensuite, on affine le sujet et on d&eacute;cide si l&rsquo;on garde ces nouveaux &eacute;l&eacute;ments. D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, je pratique beaucoup d&rsquo;exp&eacute;rimentations en permanence. Par exemple, la version originale de la m&eacute;lodie &laquo; All Gone &raquo;, que l&rsquo;on entend lorsque Sarah, la fille de Jo&euml;l, meurt, n&rsquo;est pas jou&eacute;e avec un violoncelle mais avec un archet de violon qui rebondit sur les cordes d&rsquo;une guitare &eacute;lectrique. Dans le jeu, cette m&eacute;lodie est jou&eacute;e par plusieurs autres instruments mais la composition originale est plus brute. C'est comme &ccedil;a que ce morceau est n&eacute;. J&rsquo;ai aussi &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; taper sur un gros tambour avec une balle m&eacute;tallique.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">La paternit&eacute; est au c&oelig;ur de l'histoire de The Last of Us que le jeu explore &agrave; travers la relation entre Jo&euml;l et Ellie. Comment avez-vous trouv&eacute; la corde sensible ? Est-ce que vous vous &ecirc;tes appuy&eacute; sur votre propre exp&eacute;rience parentale ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Oui, bien s&ucirc;r, c&rsquo;est important. Surtout que ce projet est arriv&eacute; &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; j'avais d&eacute;j&agrave; des enfants. Ce qui est formidable avec The Last of Us, c'est qu'il ne s'agit pas d&rsquo;un film de zombies, ni un film sur des personnes infect&eacute;es ou cet homme survivaliste. Tous ces &eacute;l&eacute;ments sont anecdotiques, c'est juste le contexte dans lequel l'histoire se d&eacute;roule. La v&eacute;ritable histoire, c'est cette relation p&egrave;re-fille, mais aussi les contradictions que nous avons tous, nous les humains. Dans le deuxi&egrave;me jeu, on peut facilement se mettre &agrave; la place d&rsquo;Abby, la fille du m&eacute;decin qui a &eacute;t&eacute; tu&eacute; par Jo&euml;l. Ce m&eacute;decin cherchait un rem&egrave;de au cordyceps. Mais en m&ecirc;me temps, on est tellement heureux qu'Ellie n&rsquo;ai pas &eacute;t&eacute; sacrifi&eacute;e.... &nbsp;Sauf que d'autres personnes sont mortes &agrave; cause de &ccedil;a. C'est ce qui fait le g&eacute;nie de Neal, le cr&eacute;ateur, et la richesse du jeu ! Vous savez, j'ai toujours eu le sentiment d'&eacute;crire la musique d'une grande histoire. Je n'ai jamais pens&eacute; &eacute;crire la musique d'un jeu vid&eacute;o, &ccedil;a ne m'a jamais travers&eacute; l'esprit. C'est une histoire formidable, elle pourrait fonctionner dans n&rsquo;importe quel domaine, dans n&rsquo;importe quel environnement. On aurait pu en faire un film, un dessin anim&eacute; ou m&ecirc;me une pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre pour marionnettes !&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Tout au long de votre carri&egrave;re, vous &ecirc;tes rest&eacute; tr&egrave;s &eacute;loign&eacute; des franchises ou des sagas populaires et avez surtout compos&eacute; pour des projets plus ind&eacute;. The Last of Us Partie II est d&rsquo;ailleurs la seule suite sur laquelle vous avez travaill&eacute;. Quelle a &eacute;t&eacute; votre approche ? La popularit&eacute; du premier score vous a-t-elle &eacute;t&eacute; un levier de pression ? Craignez-vous de ne pas r&eacute;ussir &agrave; apporter de nouveaut&eacute;s ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Beaucoup de choses qui se sont produites dans ma carri&egrave;re sont dues au fait que je travaille de mani&egrave;re instinctive et pas tellement rationnelle. Aujourd'hui, je peux parler des nombreuses caract&eacute;ristiques de mon &eacute;criture et de mes compositions, mais il m'a fallu des ann&eacute;es pour les exprimer avec des mots&hellip; Par exemple, la premi&egrave;re fois o&ugrave; j'ai entendu le mot &laquo; negative space &raquo;, en r&eacute;f&eacute;rence aux silences intentionnels, c'&eacute;tait par le biais du producteur du Secret de Brokeback Mountain. Quand je lui ai envoy&eacute; ma musique, il pensait que je me moquais de lui &agrave; cause des silences entre les notes que j'avais laiss&eacute;s. Mais il a fini par comprendre leur importance&hellip; Maintenant, je peux facilement vous parler de la fa&ccedil;on dont j'utilise ces silences de la m&ecirc;me mani&egrave;re que je vous parle des erreurs de jeu. Apr&egrave;s le premier The Last of Us, j&rsquo;ai remarqu&eacute; que deux instruments faisaient le lien entre le c&ocirc;t&eacute; f&eacute;minin du jeu, repr&eacute;sent&eacute; par Ellie notamment, et le c&ocirc;t&eacute; masculin, repr&eacute;sent&eacute; par Jo&euml;l. Le c&ocirc;t&eacute; f&eacute;minin &eacute;tait associ&eacute; au ronroco, et le c&ocirc;t&eacute; masculin par la basse &agrave; six cordes, avec ses sons graves et profonds. Pourtant, je n&rsquo;ai pas pens&eacute; comme &ccedil;a au moment de composer&hellip; Tout m&rsquo;est paru beaucoup plus clair depuis que j&rsquo;ai pu le d&eacute;chiffrer. J&rsquo;arrive maintenant &agrave; d&eacute;terminer &agrave; quels aspects du jeu ma musique fait r&eacute;f&eacute;rence. Mais attention, &ccedil;a ne signifie pas forc&eacute;ment qu'il y a un son grave &agrave; chaque fois que Jo&euml;l appara&icirc;t. C'est plus conceptuel que &ccedil;a&hellip; Cette basse &agrave; six cordes, que Fender a fabriqu&eacute; dans les ann&eacute;es 60, n'est pas comme toutes ces basses modernes qui ont beaucoup d'autres cordes. C'est un instrument particulier avec une octave plus grave. Pour ajouter une nouvelle couleur au deuxi&egrave;me jeu, j&rsquo;ai remplac&eacute; cette basse par une guitare classique &eacute;quip&eacute;e des m&ecirc;mes caract&eacute;ristiques. J&rsquo;ai contact&eacute; des amis en Argentine qui sont les seuls fabricants au monde &agrave; concevoir ces guitares avec une octave plus grave que celles d'une guitare classique. Et, en raison de l&rsquo;apparition de nouveaux personnages, il a fallu cr&eacute;er de nouveaux sons. C'est ainsi que j'ai introduit le banjo dans le score. Mais &eacute;videmment, je ne joue pas comme un joueur de banjo, car je ne suis pas un joueur de banjo. Je l&rsquo;utilise simplement comme un outil pour cr&eacute;er de la musique tout en continuant &agrave; utiliser les guitares, l'&eacute;lectrique, l'acoustique et le ronroco. L'introduction de ces nouveaux timbres dans le th&egrave;me principal &eacute;tait importante : cela cr&eacute;e une sorte de continuation de la m&eacute;lodie, une annexe ou une coda.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment avez-vous transpos&eacute; votre partition pour son adaptation live en s&eacute;rie avec Pedro Pascal et Bella Ramsey ? Y avait-il des pi&egrave;ges &agrave; &eacute;viter ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Je pense que l'une des meilleures d&eacute;cisions qui a &eacute;t&eacute; prise fut de conserver les th&egrave;mes et le tissu sonore de la musique originale. Dans d'autres cas de s&eacute;ries similaires, un nouveau score aurait &eacute;t&eacute; compos&eacute;... Mais comme l&rsquo;ont dit Neil Druckmann et Craig Mazin : ma musique fait partie de l'ADN de The Last of Us. Donc, &ccedil;a aurait &eacute;t&eacute; vraiment bizarre d'entendre quelque chose de compl&egrave;tement diff&eacute;rent&hellip; Adapter le jeu en s&eacute;rie demandait aussi d&rsquo;aller plus loin. Il y a &eacute;videmment une partie cr&eacute;ative mais &ccedil;a ressemble plus &agrave; du &laquo; bricolage &raquo; qu&rsquo;&agrave; de la cr&eacute;ation en elle-m&ecirc;me, car on avait d&eacute;j&agrave; tous les ingr&eacute;dients cr&eacute;atifs. M&ecirc;me si on a d&ucirc; &eacute;crire de nouvelles choses, il y avait d&eacute;j&agrave; une source importante de mati&egrave;re premi&egrave;re provenant de l'histoire originale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Si l&rsquo;on remonte un peu le temps, votre implication sur The Last of Us avait suscit&eacute; l&rsquo;&eacute;tonnement de certains. Vous voir op&eacute;rer sur des univers et des genres tr&egrave;s vari&eacute;s, c'est pourtant ce qui vous rend si surprenant !&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Et bien&hellip; Je ne sais pas pourquoi le gens pensent ainsi&hellip; C'est une fa&ccedil;on de penser tr&egrave;s st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e... Il y a beaucoup de choses dans le monde de la musique que j'aime explorer. Tenez : en ce moment, j'&eacute;cris un ballet. Et depuis plusieurs ann&eacute;es, je travaille sur une com&eacute;die musicale bas&eacute;e sur Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. J'ai m&ecirc;me d&eacute;j&agrave; compos&eacute; pour des com&eacute;dies comme Jane the Virgin, ou Les Nouveaux Sauvages qui a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; aux Oscars pour le meilleur film &eacute;tranger, gr&acirc;ce &agrave; cet humour tr&egrave;s noir. Et il y a encore beaucoup de genres que je n&rsquo;ai pas explor&eacute;s : j'adorerai faire un thriller par exemple. Tout m&rsquo;int&eacute;resse et j&rsquo;aime y apporter ma vision. Je ne pr&eacute;tends pas &ecirc;tre le meilleur dans mon domaine ni le pire, je pr&eacute;tends juste &ecirc;tre moi-m&ecirc;me. Et j'assume cela. Je n'ai jamais pens&eacute; que je n&rsquo;&eacute;tais pas capable de faire The Last of Us. Je suis toujours partant pour proposer des choses cr&eacute;atives, quel que soit le support et le type d'histoire. Si le sujet est bon, j'aimerais y participer. Mais, si le sujet ne m&rsquo;&eacute;voque rien, je n'ai aucune raison d'y prendre part.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre nouvelle tourn&eacute;e d&eacute;marre dans quelques jours, au Bataclan &agrave; Paris, le 19 Octobre. Comment vous sentez-vous ? A quoi le public doit-il s&rsquo;attendre ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gustavo Santaolalla : Je suis tellement heureux ! Partir en tourn&eacute;e impliquait d&rsquo;abord de terminer beaucoup de choses parce que je suis engag&eacute; sur plusieurs projets... Hier, j'ai d&ucirc; pr&eacute;senter mes compositions pour un projet d&rsquo;animation avec des contes narr&eacute;s par Tilda Swinton. Et je reviens tout juste du Mexique o&ugrave; j'ai donn&eacute; un petit concert avec quelques musiciens pour c&eacute;l&eacute;brer le 25&egrave;me anniversaire d&rsquo;Amours Chiennes. Maintenant, je suis pr&ecirc;t &agrave; aller r&eacute;p&eacute;ter et jouer sur sc&egrave;ne. Mes concerts ont toujours &eacute;t&eacute; marqu&eacute;s par ce r&eacute;pertoire &eacute;clectique, parfois tr&egrave;s &eacute;nergique, parfois tr&egrave;s calme, acoustique, &eacute;lectrique, classique ou folk. Mais Ronroco n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; jou&eacute; en live enti&egrave;rement. &nbsp;Apr&egrave;s toutes ces ann&eacute;es depuis la sortie de l&rsquo;album, j&rsquo;avais vraiment envie de marquer le coup avec une vraie c&eacute;l&eacute;bration. Nous avons commenc&eacute; par sortir l&rsquo;album en disque en vinyle, cr&eacute;er une version num&eacute;rique de l'instrument avec Spitfire et avons m&ecirc;me invent&eacute; un instrument hybride avec Fender, le &laquo; Guitarocko &raquo;, un prototype m&eacute;langeant guitare &eacute;lectrique et ronroco. En d&eacute;cembre, on sortira aussi un parfum que j'ai cr&eacute;&eacute; en collaboration avec Julian Bedell &agrave; partir du bois utilis&eacute; pour fabriquer le ronroco. Et puis, j'ai organis&eacute; une tourn&eacute;e avec plusieurs concerts l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re. Je ne savais pas comment le public allait r&eacute;agir mais tout s&rsquo;est tr&egrave;s bien pass&eacute;. Donc, je suis tr&egrave;s excit&eacute;, tr&egrave;s heureux d'amener cette musique et ce projet en Europe et en France, o&ugrave; j'avais jou&eacute; la derni&egrave;re fois au m&ecirc;me endroit, au Bataclan. C'&eacute;tait incroyable, je ne l'oublierai jamais. J'esp&egrave;re donc qu'il y aura une autre soir&eacute;e comme celle-l&agrave; !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel &ndash; Le BOvore</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p>*Entretien r&eacute;alis&eacute; par Zoom le 11 Octobre 2025<br>Remerciements : Gustavo Santaolalla pour cet &eacute;change si chaleureux et passionnant, Eileen pour son professionnalisme et sa gentillesse.</p>
<p><br>Photos de l&rsquo;article reproduite avec l&rsquo;aimable autorisation d&rsquo;Alejandra Palacios et de Gustavo Santaolalla</p>
<p></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>INTERVIEW de JEFF RUSSO : décrypter le score d’ALIEN EARTH</title>
      <description><![CDATA["In space, no one can hear you scream"... Jerry Goldsmith s&rsquo;est sacr&eacute;ment amus&eacute; avec ce slogan d&rsquo;Alien : Le Huiti&egrave;me Passager, allant jusqu'&agrave; repousser les limites de l'exp&eacu...]]></description>
      <pubDate>Sat, 27 Sep 2025 03:00:00 +0000</pubDate>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">"In space, no one can hear you scream"... Jerry Goldsmith s&rsquo;est sacr&eacute;ment amus&eacute; avec ce slogan d&rsquo;Alien : Le Huiti&egrave;me Passager, allant jusqu'&agrave; repousser les limites de l'exp&eacute;rience visc&eacute;rale, pour satisfaire un jeune Ridley Scott en phase de r&eacute;volutionner la SF hollywoodienne. Quatre d&eacute;cennies plus tard, la saga x&eacute;nomorphique ; d'abord pass&eacute;e entre les mains habiles de James Horner, Elliot Goldenthal ou, plus r&eacute;cemment, Benjamin Wallfisch, continue d'exciter son fandom avec un premier format s&eacute;riel superbement ma&icirc;tris&eacute;, dont le d&eacute;corum terrestre (Alien : Earth, comme son nom l'indique) offre &agrave; son compositeur Jeff Russo un terrain d'exploration beaucoup plus vaste que celui de ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs. Ici, de curieuses sonorit&eacute;s angoissantes et de sublimes m&eacute;lodies &eacute;closent au fil des &eacute;pisodes et coexistent au sein d&rsquo;un univers sonore incroyablement riche. Sans faire abstraction de la pression de son h&eacute;ritage, l'acolyte du showrunner Noah Hawley &eacute;vite l'&eacute;cueil de la redite et du pastiche par son d&eacute;sir d'&eacute;mancipation et sa cr&eacute;ativit&eacute; qui propulsent la mythologie d'Alien &agrave; un niveau sup&eacute;rieur de r&eacute;ussite. &nbsp;Tandis que le season finale vient de cl&ocirc;turer la s&eacute;rie en beaut&eacute;, le compositeur de Fargo, Star Trek : Discovery, The Umbrella Academy et Altered Carbon, nous a ouvert les portes de son laboratoire pour nous aider &agrave; ausculter cette superbe cr&eacute;ature musicale !</h2>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Alien : Earth marque vos retrouvailles avec le r&eacute;alisateur Noah Hawley apr&egrave;s Fargo et L&eacute;gion. Quelle a &eacute;t&eacute; l'influence de votre complicit&eacute; sur le processus cr&eacute;atif ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Noah et moi travaillons ensemble depuis environ 16 ans. Il m'a engag&eacute; sur <em>Fargo</em>, son premier projet en tant que r&eacute;alisateur qu'il a d&eacute;velopp&eacute; - ou devrais-je plut&ocirc;t dire, qu'il a adapt&eacute; en s&eacute;rie. Il avait d&eacute;j&agrave; travaill&eacute; sur d'autres projets avant &ccedil;a, et au fil des ans, notre collaboration s'est &eacute;toff&eacute;e, devenant plus intense et unique. C'est aussi un musicien. Il a donc cette capacit&eacute; &agrave; parler le jargon, &agrave; s&rsquo;exprimer avec des termes musicaux. Mais l&rsquo;aspect le plus important de notre collaboration, c&rsquo;est que nous arrivons &agrave; nous comprendre sur le r&ocirc;le de la musique dans les &eacute;motions du spectateur. Nous parlons beaucoup de la fa&ccedil;on dont la musique va l&rsquo;informer sur ce qu'il devrait ressentir, sur ce que nous essayons de lui faire ressentir en r&eacute;action &agrave; ce qu'il voit &agrave; l'&eacute;cran. Et je pense que cette capacit&eacute; &agrave; communiquer &agrave; ce niveau s'est d&eacute;velopp&eacute;e en 16 ans.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : La s&eacute;rie vous impose d&rsquo;honorer un riche h&eacute;ritage, en l&rsquo;occurrence ceux de Jerry Goldsmith et James Horner, que vous &eacute;voquez &agrave; merveille dans &laquo; Alien : Earth &raquo;, &laquo; Alien : Earth Part 2 &raquo;, &laquo; Big Ass Bug &raquo; ou &laquo; Crew Status &raquo; mais &eacute;tend suffisamment le d&eacute;corum pour vous offrir d&rsquo;innombrables possibilit&eacute;s musicales. Comment avez-vous abord&eacute; cet aspect cr&eacute;atif ? Avez-vous imm&eacute;diatement senti l&rsquo;opportunit&eacute; de vous d&eacute;marquer, d&rsquo;apporter une nouvelle singularit&eacute; ? Ou bien craignez-vous que cet univers aussi balis&eacute; soit trop restrictif ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Marcher dans les pas de ces deux compositeurs est terrifiant au d&eacute;marrage... Mais l'id&eacute;e &eacute;tait de comprendre l&rsquo;essence de leurs &oelig;uvres, ce qu&rsquo;elle suscite chez le public, puis d'essayer de recr&eacute;er cette &eacute;motion, non pas en reproduisant ce qui a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; fait, mais en imaginant quelque chose de nouveau. Alors oui, je voulais rendre hommage &agrave; Jerry Goldsmith et James Horner mais je ne voulais pas copier ce qui a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; fait. L'id&eacute;e &eacute;tait de trouver comment tirer mon &eacute;pingle du jeu ; comment rester dans cet univers tout en cr&eacute;ant une identit&eacute; propre ; comment int&eacute;grer mes propositions &agrave; ce qui existe d&eacute;j&agrave;. J'ai donc essay&eacute; de d&eacute;velopper un son unique pour notre s&eacute;rie, en apportant de nouvelles id&eacute;es musicales et de nouveaux motifs. Et bien s&ucirc;r, je fais quelques clins d'&oelig;il &agrave; la musique de Jerry Goldsmith pour le premier <em>Alien</em> - l'un des plus grands films d'horreur de tous les temps - avec ces cors qui jouent une sorte d&rsquo;&eacute;cho diff&eacute;r&eacute;. J'avais vraiment envie de d&eacute;velopper cette &eacute;trange tension que Jerry &eacute;tait capable de cr&eacute;er. Et puis, pour rendre hommage &agrave; la fantastique musique d&rsquo;action de James Horner sur le deuxi&egrave;me film, j&rsquo;ai ajout&eacute; un peu de sons militaires en utilisant une caisse claire. Cette exp&eacute;rience &eacute;tait donc terrifiante mais aussi exaltante en m&ecirc;me temps&hellip;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Dans quelle mesure avez-vous approfondi votre connaissance de l&rsquo;univers musical d&rsquo;Alien pour rendre hommage &agrave; vos pr&eacute;d&eacute;cesseurs ? Avez-vous analys&eacute; leurs techniques, leurs proc&eacute;d&eacute;s ou m&ecirc;me leurs orchestrations d&rsquo;une mani&egrave;re sp&eacute;cifique ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : A vrai dire, je n'y ai pas vraiment r&eacute;fl&eacute;chi... Je ne me suis pas vraiment plong&eacute; dedans de cette mani&egrave;re. J'ai simplement regard&eacute; les films &agrave; quelques reprises pour ressentir les &eacute;motions qu&rsquo;ils g&eacute;n&egrave;rent, parce que, encore une fois, il s'agit plus d'une &eacute;motion que d'une tentative d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e de reproduire ce qu'ils ont fait, comme s'ils l'avaient fait diff&eacute;remment. J&rsquo;ai regard&eacute; les films avec une certaine diligence pour laisser germer des id&eacute;es mais je n&rsquo;ai pas vraiment men&eacute; d&rsquo;&eacute;tudes sur la musique. Dans le sens o&ugrave; je n'ai pas relev&eacute; des parties de scores pour les analyser en profondeur ; pour comprendre comment Goldsmith et Horner ont orchestr&eacute; telle ou telle sc&egrave;ne sp&eacute;cifique. Je voulais vraiment le faire &agrave; ma fa&ccedil;on. C'est plus &eacute;vident pour moi que d'essayer de copier ou de m'approprier quelque chose. D&rsquo;autant plus que nous avons des techniques de composition modernes qu'ils n'avaient pas &agrave; l&rsquo;&eacute;poque.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Pensez-vous que l'ambition musicale aurait &eacute;t&eacute; diff&eacute;rente si Alien : Earth avait &eacute;t&eacute; un film ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : <em>Alien : Earth</em>, c'est huit &eacute;pisodes. Donc huit heures compl&egrave;tes pour d&eacute;velopper la musique et le contenu th&eacute;matique de la s&eacute;rie, contrairement &agrave; un film o&ugrave; l&rsquo;on a environ deux heures, peut-&ecirc;tre deux heures et demie, ou peut-&ecirc;tre m&ecirc;me qu&rsquo;une heure et demie, pour y parvenir. C&rsquo;est comme s&rsquo;il fallait sortir d&rsquo;un endroit aussi vite qu&rsquo;on y est rentr&eacute;. Il n&rsquo;y a pas beaucoup de temps pour d&eacute;velopper des motifs th&eacute;matiques alors qu'avec un format longue dur&eacute;e, comme une s&eacute;rie, on a beaucoup plus de marge de man&oelig;uvre pour cr&eacute;er un morceau qui pourrait, par exemple, &ecirc;tre jou&eacute; d'une certaine mani&egrave;re dans les &eacute;pisodes 1 et 2, et d&rsquo;une autre mani&egrave;re, totalement diff&eacute;rente, dans les &eacute;pisodes 7 et 8. Dans un film, j'aurais probablement d&ucirc; incorporer les &eacute;l&eacute;ments m&eacute;lodiques diff&eacute;remment. Par exemple, j'ai &eacute;crit ce th&egrave;me pour Wendy et Hermit, intitul&eacute; &laquo; Siblings &raquo;, qui appara&icirc;t principalement dans l'&eacute;pisode 2. Ce motif th&eacute;matique est, en quelque sorte, parsem&eacute; tout au long du score, mais il &eacute;tait surtout destin&eacute; &agrave; ce moment pr&eacute;cis o&ugrave; Hermit accepte enfin que Wendy est sa s&oelig;ur, et o&ugrave; ils se serrent dans les bras. C'est un moment intense, cathartique et &eacute;mouvant pour eux. Mais je ne suis pas s&ucirc;r que j'aurais &eacute;crit quelque chose d&rsquo;aussi &eacute;toff&eacute; que le th&egrave;me de &laquo; Siblings &raquo; pour un seul moment du film. En r&eacute;fl&eacute;chissant &agrave; ce que cela allait donner sur huit &eacute;pisodes, &ccedil;a valait la peine de d&eacute;velopper un th&egrave;me pour ces deux personnages, parce qu&rsquo;il &eacute;tait possible de le r&eacute;p&eacute;ter tout au long de la s&eacute;rie.<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Jeff%20Russo%20Photos.jpg" alt="Jeff Russo Photos.jpg (1.08 MB)" width="1628" height="702"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : L&rsquo;emploi de l&rsquo;orchestre dans cette sc&egrave;ne &eacute;voque justement une dimension tr&egrave;s cin&eacute;matographique&hellip;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Oui, c'&eacute;tait in&eacute;vitable car Noah et moi avons cr&eacute;&eacute; la s&eacute;rie sur la base d&rsquo;une &eacute;chelle cin&eacute;matographique. &Ccedil;a exige donc une grande pr&eacute;sence humaine. Et il y a aussi beaucoup d'instruments dans le score : des instruments que j'ai fait fabriquer sur commande, des instruments que j'ai trouv&eacute;s pour cr&eacute;er de nouveaux sons int&eacute;ressants, des synth&eacute;tiseurs, etc. Chacun de ces instruments repr&eacute;sente un certain type de cr&eacute;ation sonore. L'orchestre est l'un de ces sons. Il joue comme un seul instrument. Et ce son &eacute;tait in&eacute;vitable dans la s&eacute;rie car il est vraiment repr&eacute;sentatif des musiques de films.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Les atmosph&egrave;res et les textures sonores que vous avez d&eacute;velopp&eacute;es pour enrichir l&rsquo;univers sont tr&egrave;s oppressantes, tr&egrave;s sombres et myst&eacute;rieuses, &agrave; l'image des cr&eacute;atures recueillies par le USCSS Maginot. Il s&rsquo;en d&eacute;gage une exp&eacute;rience d&rsquo;&eacute;coute assez exceptionnelle : on croirait ressentir les vibrations des instruments ; comme si les musiciens jouaient pr&egrave;s de nous, ce qui donne de l&rsquo;authenticit&eacute; &agrave; vos morceaux et aux images. Comment avez-vous travaill&eacute; cet aspect organique ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Une majeure partie de cette tonalit&eacute; sous-jacente provient d'un instrument appel&eacute; bassdesmophone, que j'ai trouv&eacute; chez un fabricant d'instruments en Suisse, appel&eacute; Lunason. Sa structure est compos&eacute;e de cordes et de chambres m&eacute;talliques tr&egrave;s r&eacute;sonnantes et tr&egrave;s &eacute;vocatrices qui peuvent produire une multitude de sons diff&eacute;rents. On peut jouer dessus avec un archet ou un b&acirc;ton pour cr&eacute;er des sons tr&egrave;s discordants par exemple. J&rsquo;ai aussi utilis&eacute; un sifflet de la mort azt&egrave;que qui est devenu une sorte de th&egrave;me pour le x&eacute;nomorphe. Et puis, il y a beaucoup de synth&eacute;tiseurs - que vous pouvez voir derri&egrave;re moi &ndash; qui permettent de cr&eacute;er une atmosph&egrave;re. Le d&eacute;fi &eacute;tait de fusionner ces &eacute;l&eacute;ments avec le contenu m&eacute;lodique et &eacute;motionnel. Il fallait que tout fonctionne ensemble. Je devais donc &ecirc;tre capable de les int&eacute;grer et de les retirer sans difficult&eacute;s ; de passer des textures aux m&eacute;lodies avec fluidit&eacute;, et inversement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : Les synth&eacute;tiseurs ne sont pas pr&eacute;dominants, ils compl&egrave;tent vos ornementations avec un bel &eacute;quilibre&hellip;</strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : J&rsquo;ai utilis&eacute; des synth&eacute;tiseurs l&agrave; o&ugrave; j&rsquo;en ressentais le besoin. L'id&eacute;e d'utiliser de la musique synth&eacute;tique et organique est li&eacute;e &agrave; la narration : il y a des humains, des synth&eacute;tiques, des hybrides, des cyborgs, et des aliens&hellip; L&agrave; encore, Il fallait pouvoir passer de l'organique au synth&eacute;tique, et tout ce qui se trouve entre les deux, avec cette m&ecirc;me fluidit&eacute;. C'est pourquoi la musique poss&egrave;de ce caract&egrave;re hybride.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : Qu&rsquo;en est-il du r&ocirc;le des voix qui signalent quelques apparitions myst&eacute;rieuses (&laquo; Hermit Enters &raquo;, &laquo; Voices &raquo;) ? Quelle mission leur avez-vous donn&eacute;e ? </strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Le but de la pr&eacute;sence des voix est de cr&eacute;er un &eacute;l&eacute;ment humain. Parmi tous ces &eacute;l&eacute;ments synth&eacute;tiques et toutes ces manipulations de sons, je trouvais int&eacute;ressant d'entendre quelque chose d'humain dans un contexte aussi inhumain. C'&eacute;tait une excellente fa&ccedil;on d'humaniser la musique qui semble si &eacute;trange, si extra-terrestre, par moments.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : La musique atonale a toujours &eacute;t&eacute; une composante essentielle de l'univers musical d'Alien, en particulier dans les instants jump scares. Comme vos pr&eacute;d&eacute;cesseurs, vous en faites bon usage tout en ouvrant la porte &agrave; de nouvelles exp&eacute;rimentations. Quelle discipline cela requiert-il ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Les jump scares sont int&eacute;ressants&hellip; Pour moi, ils fonctionnent mais ils d&eacute;pendent de nos attentes. D&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;y aurai pas recours naturellement si j&rsquo;&eacute;tais livr&eacute; &agrave; moi-m&ecirc;me sur un projet... L'une des raisons pour lesquelles j'ai fini par utiliser des jump scares est qu&rsquo;ils font partie du tissu de la franchise <em>Alien</em>. Et parce que c'est tr&egrave;s efficace ! Il fallait donc trouver un moyen de les rendre &agrave; la fois familiers, mais aussi nouveaux, car il y a un nombre limit&eacute; de fa&ccedil;ons de faire sursauter quelqu'un sans qu'il s'y attende. Je voulais les rendre aussi uniques que possible et pas que l&rsquo;on se dise &laquo; j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; entendu &ccedil;a &raquo;. Il fallait que j&rsquo;y ajoute une nouvelle facette. Les &eacute;l&eacute;ments synth&eacute;tiques m&rsquo;ont ainsi paru un peu diff&eacute;rents de ce qui a &eacute;t&eacute; fait auparavant en mati&egrave;re de jump scares.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Le g&eacute;n&eacute;rique d&rsquo;Alien : Earth s&rsquo;affranchit des formats standards avec son format plus court et tr&egrave;s immersif. D&rsquo;o&ugrave; est n&eacute;e cette volont&eacute; de s&rsquo;&eacute;loigner des g&eacute;n&eacute;riques traditionnels et comment l&rsquo;avez-vous d&eacute;velopp&eacute;e musicalement ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Nous avons beaucoup h&eacute;sit&eacute; &agrave; inclure un g&eacute;n&eacute;rique d&rsquo;ouverture... Je pense que Noah s'est rendu compte que &ccedil;a d&eacute;tournerait l&rsquo;attention par rapport &agrave; la mani&egrave;re dont l'histoire allait &ecirc;tre racont&eacute;e, d&rsquo;autant plus que ce genre de s&eacute;quence n'est g&eacute;n&eacute;ralement pas pr&eacute;sent dans les films. C'est en partie pour cette raison qu'on a choisi de proc&eacute;der ainsi. Et puis, un g&eacute;n&eacute;rique aussi court para&icirc;t plus percutant pour s&rsquo;immerger dans l'histoire, pour rentrer dans la narration de chaque &eacute;pisode. C'est aussi un moyen plus rapide d'intensifier la tension. L'id&eacute;e &eacute;tait de plonger le spectateur au c&oelig;ur de l'action, sans d&eacute;tour.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : Le morceau d'ouverture de l'album, &laquo; Zaveri &raquo;, porte le nom d'un membre de l'&eacute;quipage du USCSS Maginot, mais ce th&egrave;me intervient pourtant &agrave; plusieurs reprises dans la s&eacute;rie, notamment lors de la transition de Wendy dans le premier &eacute;pisode. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un changement op&eacute;r&eacute; par le monteur musique ? </strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : C'est int&eacute;ressant, car parfois, ce qu&rsquo;on &eacute;crit pour quelque chose peut devenir tr&egrave;s important pour quelque chose d&rsquo;autre... J&rsquo;ai compos&eacute; ce morceau apr&egrave;s avoir re&ccedil;u un appel de Noah qui m&rsquo;a dit : &laquo; Tu sais, nous allons prendre des parties de l'histoire que tu as vu dans l'&eacute;pisode 5 et les int&eacute;grer dans l&rsquo;ouverture de l&rsquo;&eacute;pisode 1 &raquo;. Cela m&rsquo;a permis d&rsquo;avoir un peu de contexte sur l'avant et l'apr&egrave;s. A ce moment-l&agrave;, j'ai r&eacute;alis&eacute; que le capitaine du Maginot ou son successeur, devrait probablement avoir un th&egrave;me bas&eacute; sur ce qui lui arrive. J'ai donc commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire ce morceau mais, au fur et &agrave; mesure qu&rsquo;il s&rsquo;int&eacute;grait aux sc&egrave;nes, nous avons r&eacute;alis&eacute; qu&rsquo;il allait devenir un &eacute;l&eacute;ment th&eacute;matique beaucoup plus important pour la s&eacute;rie Donc, m&ecirc;me si le morceau s'appelle &laquo; Zaveri &raquo; et qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; d'apr&egrave;s ce personnage, c'est un moment th&eacute;matique beaucoup plus large, qui repr&eacute;sente clairement la s&eacute;rie dans son ensemble, et pas seulement ce personnage. C'est l'un de ces cas o&ugrave; j'ai &eacute;crit un morceau pour quelque chose de sp&eacute;cifique, et o&ugrave; le th&egrave;me est devenu beaucoup plus g&eacute;n&eacute;ral.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Parmi toute la galerie de personnages, Wendy occupe une place centrale dans le score. Vous soulignez son insouciance par l&rsquo;emploi d&rsquo;une berceuse jou&eacute;e au c&eacute;lesta, plus tard reprise par des fl&ucirc;tes (&laquo; Wendy&rsquo;s Transition &raquo;). Puis, vous lui offrez des tonalit&eacute;s plus sombres avec un ostinato de cordes m&eacute;lancolique que l&rsquo;on identifie tr&egrave;s vite comme son th&egrave;me principal d&egrave;s sa &laquo; transition &raquo; (&laquo; Wendy &raquo;). Pourquoi ne pas avoir gard&eacute; cette berceuse comme th&egrave;me principal sachant qu&rsquo;elle demeure une enfant dans un corps d&rsquo;adulte ? &Eacute;tait-ce une mani&egrave;re de symboliser la fin de son insouciance et, par la m&ecirc;me occasion, son changement d&rsquo;enveloppe corporelle ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : En r&eacute;alit&eacute;, il s&rsquo;agit d&rsquo;un dulcitone &ndash; qui est proche du c&eacute;lesta effectivement&hellip; Mais oui, Wendy est notre personnage principal, l'&eacute;l&eacute;ment central de toute la s&eacute;rie. Il fallait donc un th&egrave;me que je puisse jouer partout et de diff&eacute;rentes mani&egrave;res : grand orchestre, fl&ucirc;te, solo de cordes, etc. Je voulais que ce soit omnipr&eacute;sent. Son th&egrave;me symbolise sa transition : elle passe d'un corps humain &agrave; un corps synth&eacute;tique mais ne devient pas adulte instantan&eacute;ment. Pour moi, c'est une transition encore plus importante que celle de grandir. Wendy ne grandira jamais physiquement, elle aura le m&ecirc;me &acirc;ge pour le reste de son existence. Musicalement, je voulais exprimer l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;elle laisse quelque chose derri&egrave;re elle. Je voulais que cette berceuse soit abandonn&eacute;e pour &eacute;voquer un souvenir en opposition avec la r&eacute;alit&eacute;.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : B&eacute;n&eacute;ficier des possibilit&eacute;s d&rsquo;enregistrement et de l&rsquo;acoustique d&rsquo;un lieu comme Abbey Road, &ccedil;a doit &ecirc;tre exaltant ! On parle de la musique d&rsquo;une s&eacute;rie t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e&hellip; et cela devient plus courant aujourd&rsquo;hui, sur de nombreux scores destin&eacute;s &agrave; des productions s&eacute;rielles&hellip;</strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : On a essay&eacute; de mettre la barre plus haut sur tout. Abbey Road, c'est comme le point central de la musique. Aller y enregistrer la bande-originale a vraiment affect&eacute; le son. &Ccedil;a lui a donn&eacute; un c&ocirc;t&eacute; extr&ecirc;mement cin&eacute;matographique et unique pour la t&eacute;l&eacute;vision. On peut le ressentir en l&rsquo;&eacute;coutant. Et c'&eacute;tait essentiel pour nous.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : La diffusion des &eacute;pisodes &eacute;tant hebdomadaire et donc discontinue, pouvez-vous encore intervenir sur votre musique pour rajouter ou modifier des &eacute;l&eacute;ments sp&eacute;cifiques ?</strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Tous les &eacute;pisodes &eacute;taient termin&eacute;s avant leur sortie, tout comme le score. Dans le pass&eacute;, c&rsquo;&eacute;tait g&eacute;n&eacute;ralement le cas, mais avec des grandes s&eacute;ries cin&eacute;matographiques de l'ampleur d&rsquo;<em>Alien</em>, <em>Fargo</em> ou <em>L&eacute;gion</em>, il faut que le score soit termin&eacute; aussi. &nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel : Peut-on esp&eacute;rer la sortie d&rsquo;une &eacute;dition physique de la bande originale ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Jeff Russo : Oui, on pr&eacute;pare une sortie vinyle. Je pense que les pr&eacute;commandes commenceront dans quelques semaines&hellip;*</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em>[ce qui est effectivement le cas, les pr&eacute;-commandes sont ouvertes sur le site <a href="/admin/news/Remerciements&nbsp;:%20Jeff%20Russo%20pour%20sa%20disponibilit&eacute;%20et%20sa%20gentillesse,%20Alix%20pour%20son%20professionnalisme%20et%20Sylvain%20pour%20ses%20conseils%20avis&eacute;s.%20%20%20%20Lien%20:%20https:/www.madebymutant.com/release/536011-jeff-russo-alien-earth-original-soundtrack">MADE BY MUTANT</a> (ndlr)]</em><br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel &ndash; Le BOvore, septembre 2025</span></p>
<p>*Entretien r&eacute;alis&eacute; par Zoom le 16 Septembre 2025<br>Remerciements : Jeff Russo pour sa disponibilit&eacute; et sa gentillesse, Alix pour son professionnalisme et Sylvain pour ses conseils avis&eacute;s.&nbsp;<br>Photos de l&rsquo;article : &copy;Jeff Russo, avec son aimable autorisation<br><br></p>
<p>Liens : <a href="/news/la-serie-alien-earth-est-recemment-arrivee-et-beneficie-dune-musique-signee-jeff-russo-au-plaisir-de-lecoute-dun-score-superbement-efficace-et-intelligent-sajoute-le-bonheur-du-fan-et-du-cinephile-970">https://www.cinemaradio.net/news/la-serie-alien-earth-est-recemment-arrivee-et-beneficie-dune-musique-signee-jeff-russo-au-plaisir-de-lecoute-dun-score-superbement-efficace-et-intelligent-sajoute-le-bonheur-du-fan-et-du-cinephile-970</a><br><a href="/news/jeff-russo-revient-avec-un-second-volet-pour-alien-earth-le-score-de-lepisode-5-dans-lespace-personne-971">https://www.cinemaradio.net/news/jeff-russo-revient-avec-un-second-volet-pour-alien-earth-le-score-de-lepisode-5-dans-lespace-personne-971</a><br><a href="https://www.madebymutant.com/release/536011-jeff-russo-alien-earth-original-soundtrack">https://www.madebymutant.com/release/536011-jeff-russo-alien-earth-original-soundtrack</a></p>
<p></p>
<p></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Amaury Laurent Bernier nous a accordé une belle interview pour la musique de la comédie ‘‘TWO TO ONE’’, co-composée avec Hannah von Hübbenet…</title>
      <description><![CDATA[Comme nous l&rsquo;avions soulign&eacute;, la musique des com&eacute;dies, ou des parodies, nous ont assez souvent d&eacute;&ccedil;ues - m&ecirc;me si le mot parait un peu fort - parce que le sujet imposait des figur...]]></description>
      <pubDate>Tue, 05 Aug 2025 12:08:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/amaury-laurent-bernier-nous-a-accorde-une-belle-interview-pour-la-musique-de-la-comedie-two-to-one-co-composee-avec-hannah-von-huebbenet-959</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Comme nous l&rsquo;avions soulign&eacute;, la musique des com&eacute;dies, ou des parodies, nous ont assez souvent d&eacute;&ccedil;ues - m&ecirc;me si le mot parait un peu fort - parce que le sujet imposait des figures de styles, des environnements sonores tr&egrave;s sp&eacute;cifiques et &lsquo;assimilables&rsquo; par le spectateur.&nbsp;<br>Sur &lsquo;&lsquo;TWO TO ONE&rsquo;&rsquo;, Amaury Laurent Bernier et sa comparse nous invitent &agrave; d&eacute;couvrir un score original et parfois r&eacute;ellement &eacute;tonnant.</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em>&hellip;</em><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Comment t&rsquo;es-tu retrouv&eacute;, Amaury, &agrave; composer la musique de cette com&eacute;die ?</strong></em><br><strong><br>Amaury Laurent Bernier :</strong> Je n&rsquo;&eacute;tais pas du tout pr&eacute;vu sur le projet, &agrave; la base.  C&rsquo;est Hannah (Hannah von H&uuml;bbenet) qui devait en signer la musique. Apr&eacute;s avoir fait la spotting session avec la real, elle s&rsquo;est rendue compte qu&rsquo;elle avait besoin de quelqu&rsquo;un d&rsquo;externe (de pr&eacute;f&eacute;rence multi-instrumentiste) pour l&rsquo;aider &agrave; produire le score, car elle cherchait une couleur &agrave; la fois moderne et organique. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;elle m&rsquo;a propos&eacute; d&rsquo;intervenir.&nbsp;<br>Et puis, les choses ont un peu d&eacute;vi&eacute; : j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; proposer moi-m&ecirc;me des th&egrave;mes, on a pass&eacute; quelques jours &agrave; composer ensemble dans mon studio &agrave; Hambourg, avant de continuer &agrave; distance en s&rsquo;envoyant nos id&eacute;es. Avec le temps, les d&eacute;lais de ses autres projets ont pris le dessus, et j&rsquo;ai finalement repris le relais pour terminer l&rsquo;ensemble du score.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong><em></em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong><em>On sait que tu appr&eacute;cies les beaux d&eacute;veloppements, l&rsquo;orchestration recherch&eacute;e et &eacute;l&eacute;gante... comment as-tu travaill&eacute; sur ce score-ci ? Certains passages, &agrave; l&rsquo;instar de &laquo; Der Diplomat &raquo; ou &laquo; Wie die M&auml;use unterm Brennglas &raquo;, sont absolument parfaits et nous ravissent !</em>&nbsp;</strong><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Merci ! C&rsquo;est gentil &agrave; entendre. Comme je le disais, c&rsquo;est un score qui s&rsquo;est construit &agrave; deux voix, dans un premier temps. Certains morceaux ont donc une double origine, ce qui explique peut-&ecirc;tre aussi la diversit&eacute; du ton.&nbsp;<br>&laquo; Der Diplomat &raquo;, par exemple, &eacute;tait &agrave; l&rsquo;origine quelque chose de beaucoup plus exp&eacute;rimental. L&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;ajouter une batterie jazz un peu old school est venue apr&egrave;s coup, pour arrondir les angles, rendre le tout plus accessible, tout en gardant ce clin d&rsquo;&oelig;il aux grandes com&eacute;dies orchestr&eacute;es des ann&eacute;es 60&ndash;70, que j&rsquo;adore.&nbsp;<br>&laquo; Wie die M&auml;use... &raquo; est, je crois, le tout premier morceau qu&rsquo;on a travaill&eacute; ensemble avec Hannah, dans mon studio. C&rsquo;&eacute;tait une de ses id&eacute;es, tr&egrave;s minimaliste au d&eacute;part, et j&rsquo;y ai apport&eacute; des petits &eacute;l&eacute;ments de texture acoustique, jusqu&rsquo;&agrave; trouver cet &eacute;quilibre entre ironie et tendresse.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong></strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Quand on doit composer sur une com&eacute;die, y a-t-il des figures impos&eacute;es, ce qu&rsquo;on nomme des figures de styles ; qu&rsquo;on se doit de retrouver afin de coller &agrave; l&rsquo;image, ou au contraire de s&rsquo;en &eacute;loigner, afin d&rsquo;interpeller le spectateur, prendre en quelque sorte le contre-pied des p&eacute;rip&eacute;ties ?&nbsp;</strong></em><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Personnellement - et on en avait d&eacute;j&agrave; parl&eacute; -, je suis un grand fan du sous- texte. Ce qui se joue derri&egrave;re les dialogues, ce que les personnages ressentent, ce qui n&rsquo;est pas montr&eacute; mais bel et bien pr&eacute;sent.&nbsp;<br>Et &ccedil;a, que ce soit une com&eacute;die ou un drame, pour moi, la musique doit d&rsquo;abord servir cette couche invisible de l&rsquo;histoire. Bien s&ucirc;r, elle peut soutenir l&rsquo;image, mais son vrai pouvoir est ailleurs. Soutenir le sous-texte, en musique, &ccedil;a peut aussi vouloir dire aller &agrave; contre-courant de ce qu&rsquo;on voit.&nbsp;<br>Par exemple, Vladimir Cosma, pour Le Grand Blond, a eu cette id&eacute;e brillante de d&eacute;tourner les codes de James Bond... mais &agrave; la fl&ucirc;te de pan et au cimbalum ! Ce n&rsquo;est &eacute;videmment pas ce qu&rsquo;on attendait d&rsquo;un score de com&eacute;die &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, et c&rsquo;est justement &ccedil;a qui le rend inoubliable.&nbsp;<br>Mais attention, tous les r&eacute;alisateurs ou producteurs ne sont pas toujours d&rsquo;accord avec ce genre de choix. On peut d&eacute;fendre nos id&eacute;es, argumenter, mais il faut aussi savoir s&rsquo;adapter &agrave; d&rsquo;autres sensibilit&eacute;s. C&rsquo;est le jeu de la collaboration.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong></strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Tu as dit aimer les &lsquo;scores classiques&rsquo;, ceux des Henri Mancini ou Vladimir Cosma par exemple... L&rsquo;ambiance musicale du film est tr&egrave;s m&eacute;lodique, mais surtout &eacute;clectique (osons le mot), se renouvelant sans cesse et assumant son caract&egrave;re parfois r&eacute;tro (et nostalgique), parfois moderne ! De la sorte le score nous propose des th&egrave;mes imm&eacute;diatement accessibles - aux motifs d&eacute;licats - et qui n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; jouer sur les rythmes, &agrave; nous promener dans un univers riche et original. </strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Le c&ocirc;t&eacute; tr&egrave;s &eacute;clectique vient en partie du fait qu&rsquo;on a d&ucirc; r&eacute;&eacute;crire plusieurs passages du score... parfois &agrave; quelques jours du mix final ! Composer dans l&rsquo;urgence, avec un planning qui se resserre, &ccedil;a fait partie du m&eacute;tier, et &ccedil;a peut parfois g&eacute;n&eacute;rer des id&eacute;es inattendues. Nous avions un budget tr&egrave;s r&eacute;duit, ce qui a orient&eacute; d&egrave;s le d&eacute;part notre approche. On a donc choisi une esth&eacute;tique plus DIY, et d&eacute;cid&eacute; de tout jouer nous-m&ecirc;mes. Pas par frustration, au contraire : &ccedil;a nous a permis beaucoup d&rsquo;inventivit&eacute;.<strong></strong><em><strong>&nbsp;</strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong></strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Peux-tu nous parler de l&rsquo;enregistrement ? De combien de temps as-tu b&eacute;n&eacute;fici&eacute; et s&rsquo;agissait-il d&rsquo;un budget raisonnable, entre la composition, les musiciens, le mixage ?&nbsp;</strong></em><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier </strong>: Les enregistrements se sont faits en deux endroits : chez Hannah pour les violons et le piano, et chez moi pour le reste. Au final, j&rsquo;ai pass&eacute; bien plus de temps &agrave; produire et &agrave; polir les morceaux qu&rsquo;&agrave; les enregistrer. On a eu quelques jours pour capturer un gros tas d&rsquo;id&eacute;es - un vrai fatras cr&eacute;atif - qu&rsquo;on a ensuite d&eacute;coup&eacute;, r&eacute;organis&eacute;, et diss&eacute;min&eacute; un peu partout dans le film.&nbsp;<br>J&rsquo;ai aussi beaucoup exp&eacute;riment&eacute; : j&rsquo;ai fait passer des instruments dits &laquo; classiques &raquo; dans des p&eacute;dales de guitare, un processus que je continue d&rsquo;explorer depuis. C&rsquo;&eacute;tait vraiment passionnant &agrave; faire.  Tout a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute; &agrave; deux, sans musiciens ext&eacute;rieurs, et je me suis aussi occup&eacute; du mixage. Un travail &agrave; petite &eacute;chelle, mais tr&egrave;s libre et tr&egrave;s personnel.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong><em></em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong><em>Une question plus g&eacute;n&eacute;rale si tu veux bien... Tu as collabor&eacute; avec Hannah von H&uuml;bbenet qui est une amie ; quel est ton sentiment par rapport &agrave; la place de la femme dans ce milieu musical tr&egrave;s ferm&eacute; ? On entend encore des h&eacute;r&eacute;sies mettant en avant la &lsquo;musique &eacute;crite par des femmes&rsquo; et &lsquo;celle des hommes&rsquo;... en soulignant les diff&eacute;rences (ce qu&rsquo;on croit &ecirc;tre des diff&eacute;rences), ne joue-t-on pas justement le jeu de ceux qui &lsquo;minimisent&rsquo; ou consid&egrave;rent comme inf&eacute;rieure la composition f&eacute;minine ?</em>&nbsp;</strong><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Je trouve qu&rsquo;on voit de plus en plus de compositrices &eacute;merger, en tout cas ici en Allemagne, ces derni&egrave;res ann&eacute;es. Elles restent une minorit&eacute;, certes, mais une minorit&eacute; tout aussi talentueuse que leurs homologues masculins.&nbsp;<br>Moi, la question du genre m&rsquo;a toujours un peu agac&eacute; : ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on est une femme qu&rsquo;on ne peut pas monter un meuble, ou parce qu&rsquo;on est un homme qu&rsquo;on ne peut pas coudre. C&rsquo;est absurde, non ?&nbsp;<br>Malheureusement, notre m&eacute;tier reste encore tr&egrave;s majoritairement masculin, avec tout ce que cela implique : du sexisme, parfois tr&egrave;s frontal, et du racisme aussi, qui n&rsquo;est pas moins pr&eacute;sent. Mais j&rsquo;ai quand m&ecirc;me le sentiment que les choses &eacute;voluent, doucement mais s&ucirc;rement. Les mentalit&eacute;s changent, il y a davantage de vigilance, d&rsquo;ouverture, et c&rsquo;est tant mieux.&nbsp;<br><br></span><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/ALB_Studio_Square%20Montage.jpg" alt="ALB_Studio_Square Montage.jpg (684 KB)" width="1641" height="759"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>La d&eacute;mat&eacute;rialisation, la place trop pr&eacute;pond&eacute;rante des plateformes... comment vois-tu l&rsquo;avenir et les &eacute;volutions du m&eacute;tier de compositeur ? Le talent de l&rsquo;artiste, sa cr&eacute;ativit&eacute;, m&ecirc;me la question relative aux droits d&rsquo;auteur, sont des choses qui viennent &agrave; pr&eacute;sent en arri&egrave;re-plan ; tout semble se coordonner en fonction du nom du diffuseur, de la plateforme et d&rsquo;une question de rentabilit&eacute;...&nbsp;</strong></em><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Le m&eacute;tier &eacute;volue &eacute;norm&eacute;ment, c&rsquo;est ind&eacute;niable. Les plateformes de streaming ont transform&eacute; le rapport au contenu, et donc aussi &agrave; la musique de film. Il faut aller plus vite, coller &agrave; des formats, r&eacute;pondre &agrave; des attentes tr&egrave;s pr&eacute;cises, parfois dict&eacute;es plus par l&rsquo;algorithme que par une vraie vision artistique.  Mais comme toujours : quand on gagne quelque chose d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, on perd de l&rsquo;autre. Je trouve formidable d&rsquo;avoir acc&egrave;s &agrave; une telle richesse de contenus aujourd&rsquo;hui, mais en m&ecirc;me temps... on devient un peu des enfants g&acirc;t&eacute;s. On prend tout pour acquis , et &agrave; force de consommer sans effort, la valeur per&ccedil;ue baisse, y compris celle de la musique, du travail cr&eacute;atif, ou de la narration.&nbsp;<br>Cela dit, je remarque aussi un vrai retour vers l&rsquo;objet, ce qui me r&eacute;jouit. De plus en plus de gens s&rsquo;attachent &agrave; des choses tangibles : vinyles, cassettes... Il y a un besoin de mat&eacute;rialit&eacute;, de rituel, de lien. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre une r&eacute;ponse instinctive &agrave; l&rsquo;ultra-d&eacute;mat&eacute;rialisation. Et quelque part, c&rsquo;est plut&ocirc;t rassurant.&nbsp;<br>Mais ce qui m&rsquo;inqui&egrave;te davantage aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est pas tant les plateformes que deux choses : la place croissante de la politique dans la culture, et celle de l&rsquo;intelligence artificielle dans la cr&eacute;ation.  Tellement de projets ont &eacute;t&eacute; annul&eacute;s ces derniers mois alors que les histoires &eacute;taient fortes, n&eacute;cessaires, simplement parce qu&rsquo;ils &eacute;taient jug&eacute;s trop critiques.&nbsp;<br>Les com&eacute;dies, c&rsquo;est bien, et il en faut. Mais on a vu une vraie limitation dans l&rsquo;allocation des fonds &agrave; des projets plus audacieux, plus originaux. Il ne faudrait pas que &ccedil;a devienne une habitude. La culture ne peut pas &ecirc;tre uniquement un espace de confort.&nbsp;<br>Quant &agrave; l&rsquo;IA, c&rsquo;est un outil tr&egrave;s utile dans la vie quotidienne, la m&eacute;decine, l&rsquo;administratif. Mais dans un processus artistique ? Non. Cr&eacute;er, c&rsquo;est chercher. Parfois c&rsquo;est difficile, mais c&rsquo;est justement cette difficult&eacute; qui rend la cr&eacute;ation pr&eacute;cieuse. Ce n&rsquo;est pas un moment qu&rsquo;on devrait automatiser sous pr&eacute;texte de fatigue ou de manque de temps.&nbsp;<br>Et puis... au fond, tout &ccedil;a donne aussi un peu l&rsquo;impression d&rsquo;un vent de fin de cycle. Une sorte de fin du capitalisme tel qu&rsquo;on l&rsquo;a connu. On s&rsquo;en rapproche, doucement mais s&ucirc;rement.  Et ce n&rsquo;est peut-&ecirc;tre pas plus mal. Tout cycle doit, un jour ou l&rsquo;autre, se terminer.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong><em><br>Tu as un album en pr&eacute;paration pour la fin de l&rsquo;ann&eacute;e, que peux-tu nous en dire ?</em>&nbsp;</strong><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier : </strong>Oui, il s&rsquo;appelle Polaroid Revolt et il sortira &agrave; l&rsquo;automne chez Quixote Rpm. Je suis heureux de collaborer avec ce label : ind&eacute;pendant, certes petit par la structure, mais immense par la qualit&eacute; humaine, et par son engagement sinc&egrave;re envers les artistes ind&eacute;pendants et originaux. &Ccedil;a fait du bien, aujourd&rsquo;hui, de travailler avec des gens qui croient encore &agrave; la musique comme geste libre, pas comme produit format&eacute;. <br>C&rsquo;est sans doute mon disque le plus personnel. Une sorte de soundtrack de ma vie, avec tout ce que &ccedil;a implique de contradictions, de mouvements int&eacute;rieurs, de tensions entre tendresse et r&eacute;volte.  Musicalement, c&rsquo;est tr&egrave;s hybride : du songwriting tr&egrave;s 70s, des couleurs cin&eacute;matiques parfois classiques, parfois plus Soul, (avec un petit clin d&rsquo;&oelig;il cach&eacute; &agrave; Bernard Herrmann dans les arrangements cuivres d&rsquo;un des titres), de la pop, du rock, du lo-fi, de l&rsquo;indie, et m&ecirc;me des passages plus exp&eacute;rimentaux. Je ne me suis fix&eacute; aucune limite.&nbsp;<br>C&rsquo;est aussi un album engag&eacute;, au sens large. Il y a une critique de la soci&eacute;t&eacute;, mais aussi de certains milieux - disons-le - de l&rsquo;industrie du disque ou du cin&eacute;ma. Pas dans une logique de r&egrave;glement de comptes, mais plut&ocirc;t comme un constat lucide, parfois d&eacute;sabus&eacute;, parfois ironique.&nbsp;<br>J&rsquo;ai pens&eacute; ce disque comme une mosa&iuml;que d&rsquo;instants. L&rsquo;artwork est d&rsquo;ailleurs construit &agrave; partir de Polaroids que je prends depuis plusieurs ann&eacute;es : des d&eacute;tails de la ville, de la vie, des objets, des textures... et surtout &eacute;norm&eacute;ment de m&eacute;taphores visuelles.&nbsp;<br>Chaque morceau est comme une image : un souvenir, un instant, une sc&egrave;ne &agrave; demi floue qu&rsquo;on aurait envie de retenir.&nbsp;<br>Nous pr&eacute;parons une &eacute;dition vinyle &eacute;co-responsable, avec un vrai soin apport&eacute; &agrave; l&rsquo;objet : pochette en carton recycl&eacute;, Polaroids originaux &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, cartes postales manuscrites... J&rsquo;ai envie que ce disque existe hors du flux, qu&rsquo;on puisse le garder, le toucher, le transmettre. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong></strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Pour conclure, tu as des musiques de films sur lesquelles tu travailles... des films d&rsquo;animation peut-&ecirc;tre ?&nbsp;</strong></em><br><strong></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Amaury Laurent Bernier :</strong> Plus ou moins... cette ann&eacute;e a &eacute;t&eacute; assez particuli&egrave;re. J&rsquo;avais quatre films en pr&eacute;paration qui ont tous &eacute;t&eacute; annul&eacute;s, parfois pour des raisons un peu obscures.  Cette pause forc&eacute;e m&rsquo;a donn&eacute; l&rsquo;occasion de revenir &agrave; l&rsquo;essentiel. Apr&egrave;s avoir remport&eacute; deux prix majeurs pour deux scores diff&eacute;rents, se retrouver soudain sans projets importants, c&rsquo;&eacute;tait un peu surr&eacute;aliste.&nbsp;<br>J&rsquo;ai continu&eacute; &agrave; faire de la musique pour des courts &eacute;tudiants et des projets caritatifs, mais j&rsquo;ai surtout ressenti le besoin de cr&eacute;er quelque chose de personnel, pour rester sain d&rsquo;esprit, honn&ecirc;tement. C&rsquo;est en partie pour &ccedil;a que j&rsquo;ai fait cet album, un projet intime qui me tient &agrave; c&oelig;ur.&nbsp;<br>En ce moment, j&rsquo;aide une r&eacute;alisatrice &agrave; terminer son documentaire, je viens de finir le mixage des morceaux de l&rsquo;album, et je travaille aussi sur le pilote d&rsquo;une petite s&eacute;rie anim&eacute;e.&nbsp;<br>Mais tu sais, dans ce m&eacute;tier, tout peut basculer tr&egrave;s vite. On peut ne rien avoir pendant plusieurs mois, puis soudainement se retrouver avec trois gros projets en m&ecirc;me temps.&nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Merci infiniment &agrave; Amaury pour sa disponibilit&eacute; et sa gentillesse. Nous aurons l&rsquo;occasion de revenir sur son actualit&eacute; &agrave; venir avec cet album qui doit sortir cet automne, <em>Polaroid Revolt </em>!</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><br>Sylvain M&eacute;nard, ao&ucirc;t 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Lien :&nbsp;</span><br><a href="/news/two-to-one-la-musique-de-la-comedie-de-2024-composee-par-hannah-von-hubbenet-et-amaury-laurent-bernier-est-enthousiasmante-945"><span style="font-size: 14pt;">https://www.cinemaradio.net/news/two-to-one-la-musique-de-la-comedie-de-2024-composee-par-hannah-von-hubbenet-et-amaury-laurent-bernier-est-enthousiasmante-945</span></a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Delphine Malausséna, compositrice de la musique du film ‘Oxana’, évoque avec cinémaradio cette rencontre et son travail</title>
      <description><![CDATA[Oxana est sorti le 16 avril 2025. Le film ; dont le sujet, loin d&rsquo;&ecirc;tre facile, porte sur la naissance du mouvement &lsquo;FEMEN&rsquo; et de la personnalit&eacute; d&rsquo;Oksana Chatchko ; a permis &agrav...]]></description>
      <pubDate>Wed, 14 May 2025 18:20:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/delphine-malaussena-compositrice-de-la-musique-du-film-oxana-evoque-avec-cinemaradio-cette-rencontre-et-son-travail-921</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Oxana est sorti le 16 avril 2025. Le film ; dont le sujet, loin d&rsquo;&ecirc;tre facile, porte sur la naissance du mouvement &lsquo;FEMEN&rsquo; et de la personnalit&eacute; d&rsquo;Oksana Chatchko ; a permis &agrave; Delphine Malauss&eacute;na, d&rsquo;&eacute;crire une superbe partition, envoutante et parfois &eacute;nigmatique, et qui a su mettre en valeur la vie et les tourments de ce personnage embl&eacute;matique.</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">La compositrice avait correspondu avec la r&eacute;alisatrice, Charl&egrave;ne Favier, via les r&eacute;seaux sociaux, car elle suivait ses travaux ayant ador&eacute; son premier film. Elles ont ainsi pris contact, et de fil en aiguille, la r&eacute;alisatrice s&rsquo;est int&eacute;ress&eacute;e &agrave; son parcours et lui a propos&eacute; de faire la musique du film. <br>Delphine Malauss&eacute;na est intervenue alors que le tournage avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; en France, ce qui lui a permis de voir les rushes et de commencer &agrave; poser des th&egrave;mes. La bande originale est &eacute;dit&eacute;e par 22D Music, un label qui ces derniers temps est devenu r&eacute;ellement incontournable, offrant une jolie visibilit&eacute; aux compositrices.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Bonjour Delphine, vous avez &eacute;crit un tr&egrave;s beau score port&eacute; par les instruments, &agrave; mi chemin entre une musique minimaliste, des &eacute;pures, dont certaines tr&egrave;s profondes et presque religieuses &agrave; l&rsquo;instar de &laquo; L&rsquo;Art, C&rsquo;est La R&eacute;volution &raquo;, d&rsquo;une grande beaut&eacute; formelle, pr&eacute;cises et pures.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : C&rsquo;est vrai que j&rsquo;aime beaucoup avoir une forme tr&egrave;s classique et en m&ecirc;me temps avec des &eacute;chos tr&egrave;s modernes. C&rsquo;est quelque chose qui m&rsquo;anime&hellip; Et l&agrave; sur ce morceau en particulier, on a eu un ch&oelig;ur f&eacute;minin, qui repr&eacute;sentait &lsquo;ces femmes&rsquo; tr&egrave;s inspir&eacute;es, tr&egrave;s motiv&eacute;es, presque fi&eacute;vreuses en fait ! Et j&rsquo;ai fait une proposition avec des harmonies presque &lsquo;christiques&rsquo;, et &agrave; la fois qui interagissent avec l&rsquo;image - comme lorsqu&rsquo;elles montrent leur poitrine, elles sont en r&eacute;volte - et qui peuvent para&icirc;tre un peu iconoclastes. C&rsquo;&eacute;tait un morceau puissant qu&rsquo;on a rapidement adopt&eacute;, avec les chanteuses du ch&oelig;ur Sequenza 93 (Ensemble vocal Sequenza 9.3) qui b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;une force et d&rsquo;une grande ma&icirc;trise dans l&rsquo;interpr&eacute;tation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous faites preuve d&rsquo;une grande &eacute;l&eacute;gance, parfois &lsquo;classique&rsquo;, parfois plus intrusive avec un mouvement moderne, parfois &eacute;nigmatique sur &laquo; Sextremiste &raquo; ; et contemplative avec &laquo; Apolonia &raquo;&hellip; Comment avez-vous travaill&eacute; votre approche, on a d&rsquo;ailleurs l&rsquo;impression d&rsquo;entendre des &oelig;uvres chorales orthodoxes ? Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un travail o&ugrave; vous avez discut&eacute; avec la r&eacute;alisatrice, en fonction de ce qu&rsquo;elle voyait, et qui devait &ecirc;tre en relation avec le sujet, montrer la sensibilit&eacute;, la f&eacute;minit&eacute; ?&hellip; et &eacute;galement avec en t&ecirc;te cette dimension folklorique,&hellip; ethnique !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : J&rsquo;ai r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; plusieurs approches pour composer cette BO. J&rsquo;ai en effet utilis&eacute; quelques instruments typiques, &eacute;pous&eacute; des rythmes pour cr&eacute;er des &lsquo;touches&rsquo; plus traditionnelles par le biais des ch&oelig;urs, de la voix de la chanteuse solo dans le morceau &laquo; Oxana &raquo; qui ouvre la BO et repr&eacute;sente la voix du personnage central du film ; mais j&rsquo;ai &eacute;galement utilis&eacute; des formes plus modernes, &eacute;lectroniques, avec des synth&eacute;tiseurs, des arp&eacute;giateurs pour obtenir une palette assez large.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Comme Oxana avait-elle m&ecirc;me une palette tr&egrave;s classique dans sa peinture, elle peignait des &oelig;uvres orthodoxes, et que dans le m&ecirc;me temps elle faisait des choses tr&egrave;s subversives et hyper contemporaines ; j&rsquo;ai essay&eacute; de traduire cette palette dans la musique.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous &eacute;tiez coll&eacute;e au sujet, en embrassant des modes d&rsquo;expression assez diff&eacute;rents !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Oui, exactement ! Je ne voulais pas avoir un seul regard sur cette femme et son mouvement qui sont si complexes ; et je trouvais int&eacute;ressant d&rsquo;avoir du classique et beaucoup de modernit&eacute;, y compris dans la composition et dans le choix des tons. Je devais suivre son parcours personnel, o&ugrave; au d&eacute;but elle est tr&egrave;s structur&eacute;e tout en &eacute;tant dans la r&eacute;volte, puis o&ugrave; on la voit entrer peu &agrave; peu dans une sorte de parano&iuml;a qui ira jusqu&rsquo;au suicide. J&rsquo;adore ce genre de composition o&ugrave; on trouve des images tr&egrave;s esth&eacute;tiques, celles de ces ic&ocirc;nes, et je trouvais que &ccedil;a faisait sens de sacraliser son chemin, cette vie par des voix de femmes, avec un c&ocirc;t&eacute; tr&egrave;s choral, religieux. J&rsquo;aime naviguer dans plusieurs styles, en n&rsquo;ayant pas peur du c&ocirc;t&eacute; sacr&eacute;.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Justement, pour rebondir sur vos propos, comment avez-vous compos&eacute; votre score, vos th&egrave;mes vous sont venus facilement ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Eh bien, ils me sont beaucoup venus en regardant les rushes, ce qui &eacute;tait tourn&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait tellement puissant que je n&rsquo;avais qu&rsquo;&agrave; me laisser embarquer par les images !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Mais il s'agit d'une impression auditive, vous l&rsquo;&eacute;crivez, vous la fredonnez ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Oui, c&rsquo;est &ccedil;a ! C&rsquo;est quelque chose qui me traverse, quelque chose d&rsquo;auditif, mais aussi de visuel. Les couleurs sont tr&egrave;s importantes, aussi je me laisse traverser par les rushes, et &ccedil;a se traduit en musique, en sonorit&eacute;, en rythmes&hellip; &ccedil;a se traduit par des esquisses qu&rsquo;on va poser sur les images, pour voir si &ccedil;a fonctionne. Et ici &ccedil;a a bien march&eacute; !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Et dans cette continuit&eacute;, comment se d&eacute;roule l&rsquo;orchestration, le travail avec les musiciens&hellip; les c&oelig;urs ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : J&rsquo;ai compos&eacute; pour un ch&oelig;ur de femmes, voix solo - pour le titre &laquo; Oxana &raquo; et &laquo; Lib&eacute;ration &raquo;, et pour un quatuor de violoncelles. C&rsquo;&eacute;tait une nomenclature assez particuli&egrave;re. Toutes les phrases que vous entendez, c&rsquo;&eacute;tait le quatuor qui a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute; au studio la Menuiserie &agrave; Noisy-le-Sec. J&rsquo;avais envie de quelque chose d&rsquo;assez original, avec plus d&rsquo;amplitude, mais tout en restant un petit ensemble.</span><br><span style="font-size: 14pt;">&Agrave; l&rsquo;origine &ccedil;a devait &ecirc;tre un quatuor &agrave; cordes pour lequel j&rsquo;avais compos&eacute;, puis j&rsquo;ai eu l&rsquo;id&eacute;e de faire jouer et d&rsquo;enregistrer un quatuor de violoncelles. L&agrave; c&rsquo;&eacute;tait vraiment du &lsquo;working progress&rsquo;, c&rsquo;est en avan&ccedil;ant que je me suis dit avec l&rsquo;ing&eacute;nieur du son, que &ccedil;a pourrait &ecirc;tre une super id&eacute;e le quatuor de violoncelles, et on y a ajout&eacute; &eacute;galement du violoncelle solo et du violon solo pour le morceau &laquo; Kiev &raquo;. Puis on a fait plusieurs sessions d&rsquo;enregistrement.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Mais &ccedil;a c&rsquo;est pour la partie enregistr&eacute;e, moi j&rsquo;ai &eacute;crit et mis en forme les parties pour synth&eacute;tiseurs, celles avec les percussions&hellip; qui tenaient tr&egrave;s bien comme &ccedil;a, qui s&rsquo;int&eacute;graient dans la continuit&eacute;.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Moi j&rsquo;adore faire &ccedil;a, qu&rsquo;on ne sache plus ce qui est du num&eacute;rique ou de l&rsquo;analogique ! Que la fronti&egrave;re soit totalement poreuse. Il n&rsquo;y a pas de sup&eacute;riorit&eacute; de l&rsquo;un ou autre, et moi j&rsquo;adore m&eacute;langer dans un m&ecirc;me morceau du vrai, du faux, &lsquo;entre guillemets&rsquo; (rires). &Ccedil;a reste un outil. Il y a aussi les guitares &eacute;lectriques. C&rsquo;est comme si j&rsquo;avais une palette de couleur o&ugrave; je peignais avec plein de choses, des choses qu&rsquo;on va enregistrer et des choses qu&rsquo;on va garder comme &ccedil;a ; du moment que moi et la r&eacute;alisatrice on trouve que &ccedil;a sonne bien, c&rsquo;est bon.<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Delphine%20Pochette%20Cover.jpg" alt="Delphine Pochette Cover.jpg (738 KB)" width="1693" height="878"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous avez de vrais th&egrave;mes, que vous exploitez la plupart du temps sur un format court, ce que j&rsquo;appelle des &lsquo;miniatures&rsquo;&hellip; C&rsquo;est complexe de travailler pour un long m&eacute;trage, avec des morceaux courts, qui doivent accompagner les images, mais aussi vivre hors de ce contexte !?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Oui, la musique vit toute seule. Apr&egrave;s elle est con&ccedil;ue &agrave; la base pour des images, et apr&egrave;s on fait une s&eacute;lection parmi les musiques qui sont dans le film pour les mettre sur la BO, c&rsquo;est pour &ccedil;a que la question de la longueur, moi, je ne me la pose pas. J&rsquo;ai envie que l&rsquo;auditeur quand il &eacute;coute ma musique, puisse se replonger dans le film, et ce quelle que soit la dur&eacute;e du morceau. On s&rsquo;adapte, on est tenu par le montage du son, l&rsquo;impact du son par rapport aux images. Si je devais faire un album de musique seule, je le penserais diff&eacute;remment, &ccedil;a serait vraiment autre chose. Mais l&agrave; - dans ce cas - c&rsquo;est vraiment la BO de ces films, de ces univers, le choix des noms correspond &eacute;galement aux choix des s&eacute;quences, en accord avec la r&eacute;alisatrice.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous &lsquo;colorez&rsquo; vos passages, vous leur donnez une forme qui peut para&icirc;tre sp&eacute;cifique &agrave; l&rsquo;auditeur, une sensation d&rsquo;&eacute;vasion par les sonorit&eacute;s, comme si vous reproduisiez une fa&ccedil;on de s&rsquo;exprimer musicalement&hellip;, du folklore ! &nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Dans la composition on peut essayer des intervalles qui sont &lsquo;folkloriques&rsquo;, en gardant des instruments traditionnels. Il y a des rythmes, notamment sur &laquo; D&eacute;sillusion &raquo; qui renvoient &agrave; cette dimension que vous &eacute;voquez, avec des accents d&eacute;cal&eacute;s, des cordes frott&eacute;es ou pinc&eacute;es, autant de choses qui pourraient rappeler du Bartok. J&rsquo;en ai jou&eacute; beaucoup quand j&rsquo;&eacute;tais violoniste, et il y a toujours des jeux d&rsquo;accents qui se d&eacute;placent, c&rsquo;est tout &agrave; fait ce que j&rsquo;ai cherch&eacute; &agrave; faire avec ce morceau l&agrave;.</span><br><span style="font-size: 14pt;">On casse &eacute;galement un peu les codes en interpellant l&rsquo;auditeur !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">J&rsquo;ai lu que vous aviez &eacute;t&eacute; ing&eacute;nieur-son&hellip; Qu&rsquo;est-ce que &ccedil;a induit comme comportement alors que vous &ecirc;tes aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; ? &Ccedil;a change votre perception ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : Oui, bien s&ucirc;r. Le fait d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; dans le son - le son pur - pendant dix ans, &ccedil;a change ma mani&egrave;re de composer et de communiquer avec l&rsquo;&eacute;quipe lors du montage. Je pense que je n&rsquo;aurais pas du tout fait le m&ecirc;me type de musique si je n&rsquo;avais pas &eacute;t&eacute; ing&eacute;nieur du son.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">On parle assez souvent des femmes, des compositrices sur Cin&eacute;maradio, que ressentez-vous alors que vous avez compos&eacute; sur ce m&eacute;trage qui parle d&rsquo;un des mouvements f&eacute;ministes majeurs du si&egrave;cle. On entend encore des expressions comme &lsquo;musique de femme&rsquo;, on sent que c&rsquo;est compliqu&eacute; !&nbsp;</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">On est dans un monde de la composition qui peine toujours autant &agrave; &eacute;voluer.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : On compose une musique qui nous est propre, sans se pr&eacute;occuper de toute autre consid&eacute;ration. Il y a encore des a priori, et pourtant chaque compositeur ou compositrice &agrave; son univers, sa propre &eacute;criture &agrave; laquelle il ou elle s&rsquo;attache. Alors c&rsquo;est vrai que les femmes font des projets qui sont souvent moins bien pay&eacute;s que les hommes&hellip; un fait &eacute;tay&eacute; par des &eacute;tudes. On continue &agrave; se poser la question de la faible pr&eacute;sence des femmes sur des gros budgets fran&ccedil;ais, Anne Sophie Versnaeyen* avait compos&eacute; la musique de "OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire", mais &ccedil;a reste anecdotique. On nous confie g&eacute;n&eacute;ralement, &agrave; nous les femmes, plus de films &agrave; petits budgets&hellip;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Je suis consciente qu&rsquo;il y a un certain nombre de probl&egrave;mes, mais au del&agrave; de certaines &eacute;vidences, le nombre des femmes peu repr&eacute;sentatif, les attitudes conservatrices ; les hommes aussi ont des probl&egrave;mes, tant &ccedil;a reste un m&eacute;tier compliqu&eacute;, et dur.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Et moi dans mon exp&eacute;rience personnelle, autant quand j&rsquo;&eacute;tais ing&eacute;nieur du son, que maintenant comme compositrice, je n&rsquo;ai pas ressenti de sexisme par rapport &agrave; moi. Il y a &eacute;videment des attitudes et des comportements ancr&eacute;s dans nos soci&eacute;t&eacute;s, des choses qui doivent &eacute;voluer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt;">* que nous avons eu le plaisir d&rsquo;interviewer plusieurs fois</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Une question encore si vous voulez bien. Nous &eacute;voquons r&eacute;guli&egrave;rement nos craintes, celles de certains artistes, relatives &agrave; L&rsquo;IA. Quelle est votre perception quant &agrave; ce sujet, de plus en plus &lsquo;actuel&rsquo; !?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Delphine Malauss&eacute;na : J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;on va devoir en tenir compte ! Parce que c&rsquo;est un outil qui arrive et se perfectionne de plus en plus. Moi pour l&rsquo;instant je ne l&rsquo;utilise pas du tout. M&ecirc;me s&rsquo;il appara&icirc;t &eacute;vident qu&rsquo;il va falloir &lsquo;faire avec&rsquo;. Mais il ne doit pas &ecirc;tre autre chose qu&rsquo;un outil. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;IA qui aura une &acirc;me et tiendra une conversation avec un r&eacute;alisateur, c&rsquo;est certain.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">Sur ces mots plein de sagesse nous quittons Delphine Malauss&eacute;na. Merci &agrave; elle pour le temps qu&rsquo;elle nous &nbsp;accord&eacute;, et merci pour ses r&eacute;ponses claires et sans d&eacute;tours.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, mai 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Cr&eacute;dit photos : R&eacute;gis Grman</p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Lien article musique : <a href="/news/sortie-chez-22d-music-de-la-splendide-bo-du-film-oxana-signee-par-delphine-malaussena-909">https://www.cinemaradio.net/news/sortie-chez-22d-music-de-la-splendide-bo-du-film-oxana-signee-par-delphine-malaussena-909</a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Yoann Kavege l’auteur de ‘Fantasy’, la BD dont nous avons parlé récemment, s’est livré au petit jeu des Questions &amp; Réponses…</title>
      <description><![CDATA[Outre ses qualit&eacute;s artistiques et sa volont&eacute; de s&rsquo;inscrire dans un d&eacute;veloppement cons&eacute;quent, l&rsquo;&oelig;uvre de Yoann Kavege &eacute;voquait en nous des images, une forme de &lsqu...]]></description>
      <pubDate>Mon, 12 May 2025 09:47:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/yoann-kavege-l-auteur-de-fantasy-la-bd-dont-nous-avons-parle-recemment-s-est-livre-au-petit-jeu-des-questions-reponses-920</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Outre ses qualit&eacute;s artistiques et sa volont&eacute; de s&rsquo;inscrire dans un d&eacute;veloppement cons&eacute;quent, l&rsquo;&oelig;uvre de Yoann Kavege &eacute;voquait en nous des images, une forme de &lsquo;cin&eacute;matographie&rsquo;, des plans et des cadrages&hellip; Autant d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments et parfois des r&eacute;f&eacute;rences qui nous inspiraient et nous attiraient. Le jeune auteur s&rsquo;est pli&eacute; &agrave; cet exercice (parfois exigeant) du Questions &amp; R&eacute;ponses, se livrant &agrave; nous avec enthousiasme, d&eacute;cortiquant, expliquant et n&rsquo;h&eacute;sitant pas &agrave; entrer dans les d&eacute;tails tout en pr&eacute;cisant maintes petites choses qui prennent alors tout leur sens. Nous vous invitons &agrave; d&eacute;couvrir cet entretien qu&rsquo;il nous a accord&eacute; &agrave; Cin&eacute;maradio.</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous avez os&eacute; sc&eacute;nariser et illustrer un v&eacute;ritable &lsquo;pav&eacute;&rsquo; qu&rsquo;on ne peut qualifier autrement que comme une fresque ; pouvez-vous nous parler un peu de cette &oelig;uvre dont on imagine la gestation et tout ce qui l&rsquo;accompagne, d&rsquo;une ampleur sans nom !<br></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : <em>Fantasy</em> est n&eacute;e de l&rsquo;envie graphique et sc&eacute;naristique de faire se rencontrer deux personnages, une g&eacute;ante amoureuse et une guerri&egrave;re humaine, et plus largement de faire cohabiter deux tons que j&rsquo;avais envie d&rsquo;explorer, la Dark Fantasy m&ecirc;l&eacute;e d&rsquo;aventure, et la romance teint&eacute;e de m&eacute;lancolie. D&egrave;s mes premiers dessins, la rencontre &eacute;tait pos&eacute;e, son issue &eacute;galement. Mais c&rsquo;est en d&eacute;cidant de ne pas imm&eacute;diatement amalgamer ces deux tons en une unique histoire, mais en les laissant se d&eacute;velopper depuis deux points de d&eacute;part distincts qui doucement convergeraient, que la structure du livre est venue. Elle facilitait cette id&eacute;e de rencontre physique, de dualit&eacute; et de miroir, et ces deux sens de lecture traduisaient les deux points de vue de ces deux peuples qui ne se comprennent pas, s&eacute;par&eacute;s entre autres par leur langage. Plus j&rsquo;avan&ccedil;ais dans la r&eacute;flexion, plus le propos se densifiait, l&rsquo;envie de placer des g&eacute;ants face &agrave; des humains amenait la question du rapport au divin, qui se m&ecirc;lait &agrave; des r&eacute;flexions sur l&rsquo;amour, la fatalit&eacute; et le destin. Le challenge dans un second temps a &eacute;t&eacute; d&rsquo;a&eacute;rer ce r&eacute;cit qui devenait assez dense en th&eacute;matiques, pour en garder l&rsquo;aspect ludique et divertissant.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est une histoire de vengeance et d&rsquo;amour, qui nous conte le destin contrari&eacute; de deux &ecirc;tres que tout devrait opposer, qui s&rsquo;attirent, s&rsquo;opposent&hellip; se d&eacute;truisent ? Mais au final n&rsquo;est-ce pas une boucle, une boucle &eacute;ternelle ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : C&rsquo;est une bande dessin&eacute;e qui parle beaucoup de d&eacute;terminisme et de fatalit&eacute;, en amour comme en politique, et cette th&eacute;matique coupl&eacute;e &agrave; une structure tr&egrave;s proche de la trag&eacute;die classique peu amener &agrave; cette sensation de boucle, de destruction in&eacute;vitable&hellip; Mais je ne pense pas que cela soit in&eacute;vitable. L&rsquo;album propose des situations de d&eacute;part qui contraignent la libert&eacute; de choix de nos deux h&eacute;ro&iuml;nes, mais toute la question est de savoir si elles vont r&eacute;ussir &agrave; s&rsquo;&eacute;manciper de cela. L&rsquo;album y r&eacute;pond, mais ce n&rsquo;est pas &agrave; prendre comme une r&eacute;ponse universelle, c&rsquo;est juste une certaine mani&egrave;re dont ces &eacute;v&egrave;nements se d&eacute;roulent dans un contexte donn&eacute; (et fictif, tr&egrave;s diff&eacute;rent du notre malgr&eacute; quelques similitudes), mais qui dans un autre contexte, avec d&rsquo;autres choix, auraient pu se d&eacute;rouler diff&eacute;remment.&nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre &oelig;uvre d&eacute;passe les fronti&egrave;res de la BD, en cela nous serions plus proche d&rsquo;un Roman Graphique, dans un format cher aux anglo-saxons. Vous aviez conscience du volume&hellip; car si on d&eacute;taille, c&rsquo;est presque quatre fois le format classique de 60 pages maximum !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : Je pense que c&rsquo;est assez commun sur la sc&egrave;ne franco belge actuelle, et depuis d&eacute;j&agrave; pas mal d&rsquo;ann&eacute;es, de s&rsquo;autoriser des formats plus longs, avec une narration plus d&eacute;compress&eacute;e. La d&eacute;mocratisation des albums &eacute;mancip&eacute;s de la pr&eacute;publication en magazine, coupl&eacute;e aux influences des comics certes, mais aussi du manga dont la narration s&rsquo;&eacute;tale sur plus de pages avec moins de cases, y sont pour quelque chose. Il y a peut-&ecirc;tre quelque chose de g&eacute;n&eacute;rationnel l&agrave;-dedans, m&ecirc;me si des auteur.ice.s plus ag&eacute;.e.s s&rsquo;accommodent aussi de ces paginations plus fortes. L&rsquo;aspect &eacute;conomique joue peut-&ecirc;tre aussi, avec l&rsquo;envie de proposer des histoires compl&egrave;tes plus denses pour compenser les prix qui montent, et la concurrence d&rsquo;autres m&eacute;dias s&eacute;riels qui fournissent une dose d&rsquo;histoire r&eacute;guli&egrave;re, plus rapidement que la bd ne peut le faire. Dans mon cas, c&rsquo;est surtout le fait d&rsquo;avoir ces deux histoires qui gonflent la pagination, car si on y r&eacute;fl&eacute;chit on peut se dire que l&rsquo;album n&rsquo;est que la somme de deux histoires de 135 pages, ce qui aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas si gros ! &nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous empruntez divers genres, divers modes &eacute;galement par le biais de ce croisement avec le manga&hellip; sans &ecirc;tre un &eacute;cueil, &ccedil;a nous a oblig&eacute; &agrave; &lsquo;croiser&rsquo; la lecture afin d&rsquo;&ecirc;tre s&ucirc;rs de bien suivre&hellip; C&rsquo;est un exercice finalement plaisant, mais qui vous place &agrave; un tout autre niveau que les autres auteurs ! &nbsp;&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : L&agrave; encore, je pense que l&rsquo;influence du manga traverse une grosse partie de ma g&eacute;n&eacute;ration. Mais cette lecture crois&eacute;e, en aller-retour, est sans doute plus li&eacute;e &agrave; l&rsquo;envie de tirer parti de ce format particulier, en y pla&ccedil;ant des informations partielles d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; et de l&rsquo;autre qui se compl&egrave;tent, mais aussi des jeux de miroirs, qui se r&eacute;pondent ou s&rsquo;opposent&hellip; Je voulais garder un c&ocirc;t&eacute; ludique, sans sortir les lectrices de l&rsquo;histoire. Je recommande de lire une histoire puis l&rsquo;autre, mais je sais que certain.e.s s&rsquo;amusent &agrave; lire les deux histoires de mani&egrave;re crois&eacute;e, en faisant leur propre rythme. Je n&rsquo;y avais pas pens&eacute; comme &ccedil;a, mais tant mieux si &ccedil;a marche et que cela apporte une autre mani&egrave;re de d&eacute;couvrir ce r&eacute;cit !&nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">On ressent comme des filiations par moment - et attention, on ne parle ni de r&eacute;f&eacute;rences, ni de citations - peut &ecirc;tre des influences, mais sans plus ; avec des auteurs comme Druillet pour une certaine d&eacute;mesure (vos portes, les d&eacute;cors &agrave; la verticale), Moebius avec son c&ocirc;t&eacute; fouill&eacute;&hellip; peut &ecirc;tre un peu aussi du Caza avec un m&eacute;lange de mythes, de religion ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : J&rsquo;aime beaucoup le travail de ces auteurs, dont je partage la fascination pour le titanesque et le myst&eacute;rieux et dont l&rsquo;influence a s&ucirc;rement infus&eacute; &agrave; travers les ann&eacute;es, m&ecirc;me si concernant <em>Fantasy</em> les inspirations &eacute;taient ailleurs. Pour rester sur la bande dessin&eacute;e et l&rsquo;illustration, ce sont plut&ocirc;t les travaux de Mike Mignola et de Riyoko Ikeda pour les classiques, et de Linnea Sterte et Ami Thompson pour les modernes, qui ont pu avoir un impact sur mon dessin, dans le trait comme dans le ton et les ambiances. Tout en voulant avant tout rester dans la continuit&eacute; de ma premi&egrave;re bd Moon Deer et travailler plus en profondeur ce que j&rsquo;avais appris dessus.&nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pour les lecteurs qui ont cette culture et ces r&eacute;f&eacute;rences, vous placez la barre tr&egrave;s haute, surtout &agrave; votre &acirc;ge&hellip;  Et vous vous posez comme un acteur incontournable d&rsquo;une forme plus dynamique de la BD fran&ccedil;aise, parfois exp&eacute;rimentale !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : C&rsquo;est trop d&rsquo;honneur ! J&rsquo;essaye avant tout de faire de la bande dessin&eacute;e que je consid&egrave;re grand public et moderne, c&rsquo;est-&agrave;-dire qui assume, tout en &eacute;tant du franco-belge par nature, d&rsquo;avoir des influences de toute part, de diff&eacute;rents m&eacute;dias et de diff&eacute;rentes formes de bd. J&rsquo;appr&eacute;cie la bd exp&eacute;rimentale qui est un vivier d&rsquo;id&eacute;es, mais j&rsquo;esp&egrave;re que <em>Fantasy</em> garde l&rsquo;attrait d&rsquo;une bd classique ou l&rsquo;histoire prime, et ou les originalit&eacute;s de forme viennent compl&eacute;menter et enrichir cette histoire sans la parasiter.&nbsp;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre histoire est superbe, sombre, mais aussi pleine d&rsquo;espoir. Elle est sans doute le reflet d&rsquo;un monde qu&rsquo;on aper&ccedil;oit, qu&rsquo;on voudrait atteindre sans toutefois le toucher.  Ici vous flirtez avec la po&eacute;sie, vous nous renvoyez des visions d&rsquo;un univers id&eacute;alis&eacute;, et dans le m&ecirc;me temps perverti ou assombri par des si&egrave;cles de luttes.&nbsp;</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est pour &ccedil;a que nous avons employ&eacute; le terme de fresque, vous vous posez en tant que conteur avant tout, puis illustrateur&hellip;&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : Je ne me consid&egrave;re pas comme un tr&egrave;s bon dessinateur/illustrateur, mais j&rsquo;aime raconter des histoires et pr&eacute;senter des univers entre rep&egrave;res classiques et originalit&eacute;s stimulantes. Et je ne m&rsquo;amuse jamais autant en dessin que lorsque c&rsquo;est au service d&rsquo;une narration. Je pense d&rsquo;ailleurs que cet attrait pour une certaine po&eacute;sie, parfois sombre, vient aussi de cela. Ce sont des sensations que l&rsquo;on peut transmettre sans avoir un dessin parfait.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Il se d&eacute;gage de votre &oelig;uvre cette po&eacute;sie dont nous parlions et qui - d&eacute;finitivement - nous fait penser &agrave; celle d&rsquo;un Hayao Miyazaki !&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : Comme les ma&icirc;tres de M&eacute;tal Hurlant pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;s, je ne doute pas que l&rsquo;influence de Hayao Miyazaki s&rsquo;est impos&eacute;e dans mon imaginaire, m&ecirc;me si ce n&rsquo;est pas volontaire ou conscient pour ce titre. C&rsquo;est r&eacute;cemment du c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;un autre Miyazaki, Hidetaka de son pr&eacute;nom, cr&eacute;ateur bien connu des jeux Dark Souls, Bloodborne ou encore Elden Ring, qu&rsquo;il faudra bient&ocirc;t chercher chez moi une r&eacute;f&eacute;rence plus assum&eacute;e. Ce n&rsquo;est pas directement le cas pour <em>Fantasy</em>, ces jeux m&rsquo;attiraient de loin et je me suis gard&eacute; d&rsquo;y jouer avant d&rsquo;avoir d&eacute;j&agrave; bien avanc&eacute; la r&eacute;alisation de la bd, pour me prot&eacute;ger de leur influence, mais ces univers me parlent et sauront sans doute m&rsquo;inspirer pour de futurs travaux.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Quelques mots pour conclure notre entretien ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : Merci beaucoup pour cet entretien et pour la mise en avant de cette bd, qui a &eacute;t&eacute; le fruit d&rsquo;un travail intense et collectif. Mes &eacute;diteurs Thomas Mourier et Nicolas D&eacute;v&eacute; pour Bubble Editions, Sullivan Rouaud en co-&eacute;diteur ind&eacute;pendant, ma compagne et artiste Lucia Alessandri ainsi que l&rsquo;&eacute;quipe de graphistes de Black Studio ont &eacute;t&eacute; d&eacute;terminant.e.s pour que le livre tienne sur ses deux jambes. La bd est un art solitaire, mais aussi l&rsquo;opportunit&eacute; d&rsquo;un beau travail d&rsquo;&eacute;quipe.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Merci &agrave; vous Yoann&hellip; et nous vous disons &agrave; bient&ocirc;t (tout est relatif) pour une nouvelle &lsquo;claque&rsquo; ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Yoann Kavege : Quelle pression !&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, mai 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt;">Crédits photos : Lo Kee</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br>Fantasy<br>Auteur : Yoann Kavege<br>Editeur : Bubble &eacute;ditions<br>Parution : 27/03/2025<br>Nombre de pages : 270<br>D&eacute;pot l&eacute;gal : 03/2025<br>ISBN : 978-2-487-27604-8</p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Lien vers l&rsquo;article :<br><a href="/news/fantasy-la-bd-monumentale-de-yoann-kavege-est-en-librairie-attention-au-choc-911">https://www.cinemaradio.net/news/fantasy-la-bd-monumentale-de-yoann-kavege-est-en-librairie-attention-au-choc-911</a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Laetitia Pansanel-Garric, compositrice du superbe score de ’Hola Frida’, nous a accordé un entretien</title>
      <description><![CDATA[&lsquo;HOLA FRIDA&rsquo;, dont nous avons parl&eacute; sur Cin&eacute;maradio, c&rsquo;est d&rsquo;abord un tr&egrave;s beau film et ensuite l&rsquo;une des plus &eacute;mouvantes musique compos&eacute;e pour un film ...]]></description>
      <pubDate>Wed, 16 Apr 2025 06:17:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/laetitia-pansanel-garric-compositrice-du-superbe-score-de-hola-frida-nous-a-accorde-un-entretien-902</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">&lsquo;HOLA FRIDA&rsquo;, dont nous avons parl&eacute; sur Cin&eacute;maradio, c&rsquo;est d&rsquo;abord un tr&egrave;s beau film et ensuite l&rsquo;une des plus &eacute;mouvantes musique compos&eacute;e pour un film d&rsquo;animation. Certes le sujet - la jeunesse de Frida Kahlo - &eacute;tait d&eacute;j&agrave; en soi porteur d&rsquo;un message fort, celui de la r&eacute;silience face &agrave; la maladie, et esquissait ce qui serait le combat de sa vie, celui d&rsquo;une femme artiste, d&rsquo;une femme ind&eacute;pendante et anti-conformiste.&nbsp;<br>Quelle couleur, quelle palette, prendrait la musique qui accompagnerait les images ? Laetitia Pansanel-Garric nous a permis de d&eacute;couvrir une composition qui la hisse au niveau des plus grands. Apr&egrave;s avoir chroniqu&eacute; sa musique, la chance nous a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e de pouvoir l&rsquo;interviewer.</h2>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">PETITE INTRO&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Le hasard fait parfois bien les choses. Nous n&rsquo;avions pas programm&eacute; d&rsquo;interview avec notre compositrice Laetitia Pansanel-Garric (nous disons &lsquo;notre&rsquo; parce qu&rsquo;elle est fran&ccedil;aise&hellip; cocorico), pour sa superbe partition sur le film d&rsquo;animation HOLA FRIDA. Nous &eacute;tions enthousiastes (retrouvez les articles sur le film et la BO), ravis d&rsquo;avoir encore - apr&egrave;s deux belles compositions li&eacute;es (si on ose le mot) &agrave; l&rsquo;animation, celles de Olivier Daviaud et Pascal Le Pennec - une nouvelle et tr&egrave;s belle incursion musicale fran&ccedil;aise (on ne le r&eacute;p&egrave;tera jamais assez) dans cet univers sp&eacute;cifique, fruit de la cr&eacute;ativit&eacute; et du travail de Laetitia Pansanel-Garric.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Comme on a coutume de le dire, jamais deux sans trois, et apr&egrave;s avoir d&eacute;couvert un film magistral et le score &eacute;blouissant qui l&rsquo;accompagnait, que manquait-il &agrave; notre bonheur ? Le temps, fort probablement !</span><br><span style="font-size: 14pt;">Notre ami David-Emmanuel (plus connu sous le nom de BOvore) se trouvant &agrave; Marseille &agrave; l&rsquo;occasion du festival international MUSIC &amp; CIN&Eacute;MA et allant (co&iuml;ncidence ?) voir le film HOLA FRIDA, m&rsquo;a propos&eacute; d&rsquo;essayer de la rencontrer.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Tout &ccedil;a pour que vous compreniez que le bonheur d&rsquo;avoir au bout du fil une compositrice, ravie de l&rsquo;article que nous avions pu &eacute;crire, et de pouvoir envisager avec elle un entretien en &lsquo;live&rsquo; qui serait men&eacute; par David, tenait du petit miracle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Merci donc &agrave; Laetitia Pansanel-Garric de nous avoir re&ccedil;u (alors qu&rsquo;elle &eacute;tait occup&eacute;e &agrave; travailler sur un score !) ; et &agrave; David pour avoir r&eacute;cup&eacute;r&eacute; au vol les questions, pris sur son temps avec son photographe afin de mener &agrave; bien cette interview.&nbsp;<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/PhotoEntretien%20Laetitia%20Pansanel-Garric.jpg" alt="PhotoEntretien Laetitia Pansanel-Garric.jpg (730 KB)" width="1646" height="1036"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;ENTRETIEN&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous composez sur &rsquo;Hola Frida&rsquo; une musique qui malgr&eacute; ses ind&eacute;niables r&eacute;f&eacute;rences, sa coloration &lsquo;sud-am&eacute;ricaine&rsquo; par moment, ne sombre ni dans le clich&eacute;, ni dans la facilit&eacute;.&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous travaillez le c&ocirc;t&eacute; sombre et la lumi&egrave;re qui paraissent intimement li&eacute;es &agrave; la vie (la jeunesse) de Frida Kahlo. Etait-ce difficile d&rsquo;&eacute;tablir cette distinction subtile, encore plus lorsqu&rsquo;on parle de film d&rsquo;animation ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">En fait &ccedil;a s&rsquo;est fait naturellement, de par l&rsquo;utilisation de l&rsquo;orchestre dans ses moments de r&ecirc;ves - il y a aussi de l&rsquo;orchestre dans l&rsquo;espace de &lsquo;vie r&eacute;elle&rsquo;, dans les moments comme ceux du march&eacute;, quand elle passe du temps avec ses camarades - et quand elle commence &agrave; tomber malade, &agrave; &ecirc;tre attir&eacute;e dans ses pens&eacute;es et dans ce monde parall&egrave;le o&ugrave; elle voit son alter-ego ; je me suis servie de l&rsquo;orchestre pour g&eacute;n&eacute;rer cette mati&egrave;re musicale plus surr&eacute;aliste, impr&eacute;gn&eacute;e de colorations qui &lsquo;habillent&rsquo; les d&eacute;cors et qui rappellent certaines &oelig;uvres de Frida Kahlo.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Alors c&rsquo;&eacute;tait assez facile de d&eacute;crire musicalement cet espace, parce qu&rsquo;on voit dans les d&eacute;cors une inspiration tr&egrave;s forte, de son monde&hellip; de ses tableaux&hellip; qui d&eacute;crivait sa r&eacute;alit&eacute;.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Elle disait d&rsquo;ailleurs que ce n&rsquo;&eacute;tait pas surr&eacute;aliste, mais bien &lsquo;sa&rsquo; r&eacute;alit&eacute; ! &hellip; cet univers un peu &eacute;corch&eacute;.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Je m&rsquo;en suis servie, parce que &ccedil;a m&rsquo;a sugg&eacute;r&eacute; ce qui fait l&rsquo;impressionnisme en musique, un langage plus riche, o&ugrave; l&rsquo;on entend qu&rsquo;on est dans une histoire &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur d&rsquo;une histoire. On est dans le r&eacute;cit de la vie de Frida, mais elle m&ecirc;me parle de son enfance, comme dans une esp&egrave;ce de mise en abime que j&rsquo;ai trouv&eacute; assez int&eacute;ressante, assez naturelle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">S&rsquo;agissant d&rsquo;un film d&rsquo;animation, fallait-il veiller &agrave; ne pas trop accentuer la noirceur de ses &eacute;preuves, &agrave; trouver un &eacute;quilibre avec le c&ocirc;t&eacute; lumineux, notamment par rapport au public, assez juv&eacute;nile, auquel le film est destin&eacute; ? Est-ce que l&rsquo;&eacute;criture de la musique a &eacute;t&eacute; un peu influenc&eacute;e pas son c&oelig;ur de cible ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est une tr&egrave;s bonne question, ! Alors oui, en fait il s&lsquo;agissait de ne pas effrayer les enfants. En musique quand on veut g&eacute;n&eacute;rer une sensation de peur et de tension, on utilise les dissonances, et on peut &ecirc;tre tr&egrave;s violent avec les percussions &eacute;corch&eacute;es, aller tr&egrave;s, tr&egrave;s, loin. Mais l&agrave; il s&rsquo;agissait de faire peur &agrave; des enfants, sugg&eacute;rer qu&rsquo;il y a une tension, tout en leur donnant une lueur d&rsquo;espoir. Et donc j&rsquo;ai utilis&eacute; un langage harmonique pour certains passages quand la Muerte apparait, qui fait qu&rsquo;on serait comme dans du Bernard Herrmann. Il y a des colorations &lsquo;Hermanniennes&rsquo; qui rappellent que c&rsquo;est une peur contenue, il s&rsquo;agissait de rester dans un &lsquo;r&eacute;cit &agrave; hauteur d&rsquo;enfants&rsquo; ! J&rsquo;utilise des septi&egrave;mes, des demi diminu&eacute;es (accords demi diminu&eacute;e), des arp&egrave;ges qui rappellent La Mort Aux Trousses, ou Psychose. Pas de percussions descriptives, c&rsquo;est vraiment dans l&rsquo;harmonie et le fait d&rsquo;avoir ces arp&egrave;ges que je peux colorer, et o&ugrave; je peux g&eacute;n&eacute;rer une densit&eacute; qui &eacute;voque la peur&hellip; Bien s&ucirc;r qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la mort, mais il ne faut pas effrayer les enfants</span><span style="font-size: 14pt;"> !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Et justement votre composition est tr&egrave;s &eacute;vocatrice, empreinte de po&eacute;sie et d&rsquo;&eacute;l&eacute;gance ! Comment avez-vous travaill&eacute; les orchestrations ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Ha&hellip; alors en musique de film, on fait des maquettes, pour cerner l&rsquo;id&eacute;e, ce qui permet d&rsquo;avoir tous les ingr&eacute;dients qu&rsquo;on souhaite avoir &agrave; l&rsquo;image. Dans le cadre de cette partition - en fait il y a plusieurs techniques, selon les cues - je fais des maquettes pas n&eacute;cessairement hyper d&eacute;taill&eacute;es, d&rsquo;autant que je savais que certains passages comme les morceaux impressionnistes ne donnerait rien en maquette ! J&rsquo;avais pr&eacute;venu le r&eacute;alisateur en lui disant que j&rsquo;allais r&eacute;ellement orchestrer et les faire &eacute;merger comme &ccedil;a, &hellip; Pour d&rsquo;autres comme le morceau de fin o&ugrave; j&rsquo;ai recopi&eacute; la maquette, l&rsquo;univers est assez modal, assez ethnique, j&rsquo;avais quelque chose qui ressemblait assez au morceau final. Mais quand il s&rsquo;agit de bien orchestrer de tout r&eacute;arranger, il y des choses qui se font &agrave; la partition ; par exemple quand des fois on prend les cuivres, on les met l&agrave;, et apr&egrave;s on redispose les harmonies. Il y a eu une phase de choix qui s&rsquo;est faite sur le logiciel, un peu comme pour un sketch, en animatique, et apr&egrave;s j&rsquo;ai orchestr&eacute; sur partition.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Dans la continuit&eacute; de cette question, comment se sont d&eacute;roul&eacute;es les sessions d&rsquo;enregistrement avec le Budapest Symphony Orchestra, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un budget cons&eacute;quent qui vous a permis d&rsquo;avoir la couleur et la densit&eacute; orchestrale que vous souhaitiez ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Tr&egrave;s vite ! On a fait &ccedil;a sur un jour et demi, sachant que j&rsquo;avais un second film que j&rsquo;enregistrais le premier jour. Je ne sais pas si je referais de la m&ecirc;me fa&ccedil;on &agrave; vrai dire, &ccedil;a s&rsquo;est tr&egrave;s bien pass&eacute; avec le chef d&rsquo;orchestre Fran&ccedil;ois Rousselot qui est vraiment comp&eacute;tent ; et c&rsquo;est lui qui a beaucoup donn&eacute; dans la BO, parce que j&rsquo;ai un peu jou&eacute; avec le feu !&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de travailler avec un orchestre universitaire et ce qui est beau c&rsquo;est de faire vivre les tempos, et quand on fait vivre, on interpr&egrave;te ; alors j&rsquo;ai interpr&eacute;t&eacute; en orchestrant et en jouant mes tempos, &ccedil;a bouge beaucoup et on avance comme &ccedil;a&hellip; ! Mais &ccedil;a, &agrave; diriger c&rsquo;est une plaie !&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Donc je ne lui ai pas fait un cadeau, parce qu&rsquo;en fait il y avait les cordes un jour et les vents un autre jour. Il faut suivre parce que le lendemain si on ne cale pas les bois de fa&ccedil;on identique, c&rsquo;est mort. Je pense lui avoir fait une frayeur, mais &ccedil;a c&rsquo;est tr&egrave;s bien pass&eacute;.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Au niveau budget c&rsquo;&eacute;tait un peu &lsquo;short&rsquo;, une piste n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;e comme je le souhaitais, avec les bois, mais comme c&rsquo;est bien maquett&eacute; on ne l&rsquo;entend pas ; ce qui m&rsquo;a perdu moi, c&rsquo;est la chanson !&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Pour la chanson, pareillement, j&rsquo;ai jou&eacute; avec les tempos, peut-&ecirc;tre un peu trop, mais c&rsquo;est ce qui fait la beaut&eacute; de l&rsquo;interpr&eacute;tation avec les acc&eacute;l&eacute;rations, les ralentissements ; et &ccedil;a en chanson &ccedil;a prend du temps &agrave; enregistrer, &ccedil;a fatigue les musiciens et &ccedil;a me prend du temps sur le &lsquo;temps de score&rsquo;. Donc &agrave; l&rsquo;avenir je facturerais une s&eacute;ance juste pour la chanson, parce que c&rsquo;est un budget &agrave; part, avec trop d&rsquo;enjeux, trop de pression&hellip;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Mon regret c&rsquo;est de ne pas avoir vu cette difficult&eacute;-l&agrave; arriver, mais c&rsquo;est pass&eacute;. Peut &ecirc;tre qu&rsquo;une session de 3 heures en plus &ccedil;a n&rsquo;aurait pas &eacute;t&eacute; du luxe !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">On constate - nous nous en sommes souvent fait la r&eacute;flexion - la grande qualit&eacute; et l&rsquo;originalit&eacute; des scores &eacute;crits pour le cin&eacute;ma d&rsquo;animation, ici en France !&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Certains parlent de &rsquo;touche&rsquo; fran&ccedil;aise, d&rsquo;autres &eacute;voquent notre culture, notre rayonnement musical&hellip; le classique moderne, le moderne ou les contemporains&hellip; Vous aviez des &lsquo;mod&egrave;les&rsquo;, des rythmes ou des influences ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Alors, oui, bien s&ucirc;r. J&rsquo;ai fait une synth&egrave;se de ma culture Debussy, Ravel, on l&rsquo;entend dans les phases de r&ecirc;ves, parce que c&rsquo;est un univers qui m&rsquo;&eacute;voque le bonheur et qui est assez r&eacute;aliste en fonction de la p&eacute;riode. J&rsquo;&eacute;tais &agrave;-peu-pr&egrave;s dans les clous, dans ces r&eacute;f&eacute;rences-l&agrave;. Le mouvement de la Mer de Debussy &ccedil;a m&rsquo;habite, on entend peut &ecirc;tre ces mouvements de tempos, - on parlait d&rsquo;Herrmann tout &agrave; l&rsquo;heure -, mais c&rsquo;est compl&egrave;tement inconscient, mais il y a certainement des cadences de Dvorak, un romantique, avec des septi&egrave;mes diminu&eacute;es pour sugg&eacute;rer la peur, un langage un peu d&eacute;suet qui permet de sugg&eacute;rer une tension un peu subtile, qui viennent peut-&ecirc;tre d&rsquo;une sonate pour violoncelle ou dans Symphonie du Nouveau Monde ; et pour le score folklorique, j&rsquo;ai tenu &agrave; m&rsquo;inspirer des cl&eacute;s rythmiques qui sont inh&eacute;rentes aux musiques mexicaines qu&rsquo;on entend, des mouvements rythmiques tr&egrave;s particuliers qui font qu&rsquo;en fait on respecte une inspiration, une culture musicale, et l&agrave; je me suis totalement inspir&eacute;e de Aguilar par exemple.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Et comment justement vous avez donn&eacute; cet aspect-l&agrave;, cette coloration un peu mexicaine ? &Ccedil;a &eacute;t&eacute; l&rsquo;objet de discussion avec le r&eacute;alisateur ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Alors oui, il tenait &agrave; ce que &ccedil;a reste authentique. Mais on avait besoin de souplesse pour sortir du simple folklore, je fais rentrer l&rsquo;orchestre &agrave; la toute fin : je ne suis pas au march&eacute;, et je suis au Mexique, mais je vais vous raconter l&rsquo;histoire de Frida ! Et ce &lsquo;je vais vous raconter l&rsquo;histoire de Frida&rsquo;, c&rsquo;est l&rsquo;orchestre qui nous le dit en rentrant, en apportant cette petite information suppl&eacute;mentaire qui est de dire qu&rsquo;on est dans un film, et qu&rsquo;il s&rsquo;agit de cette petite fille qui ne va pas juste &ecirc;tre mexicaine, mais &ecirc;tre une artiste pleine de vie, pleine de r&eacute;silience. &Ccedil;a nous donne une information suppl&eacute;mentaire, mais avec un th&egrave;me folklorique &lsquo;lambda&rsquo;, on n'aurait pas eu cette souplesse-l&agrave;. Et ce th&egrave;me-l&agrave; m&rsquo;appartenant j&rsquo;ai pu le conjuguer et le d&eacute;cliner. &Agrave; un moment donn&eacute; elle revient &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, elle a peur, peur qu&rsquo;on se moque d&rsquo;elle, et on entend dans le th&egrave;me ses h&eacute;sitations et ses doutes, mais il y a sa personnalit&eacute; avec cette guitare toute seule ; et elle y va, c&rsquo;est elle, mais elle y va &agrave; t&acirc;tons&hellip;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Ce qui a de g&eacute;nial en musique c&rsquo;est que selon l&rsquo;harmonisation on donne une info, on aide, on guide un peu - ici les enfants dans le cadre du film. On va aider &agrave; percevoir et &agrave; comprendre ce qu&rsquo;elle ressent, parce que Frida ne parle pas, on la voit, et elle doit se reconstruire car c&rsquo;est toujours Frida.</span><br><span style="font-size: 14pt;">A la toute fin quand elle parle avec son alter-ego, c&rsquo;est le m&ecirc;me th&egrave;me mais compl&egrave;tement harmonis&eacute; diff&eacute;remment, elle se pr&eacute;pare &agrave; combattre&hellip;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Oui, l&agrave; vous &ecirc;tes sur deux registres antagonistes, l&rsquo;un sombre et l&rsquo;autre &eacute;l&eacute;giaque ! Vous &ecirc;tes &eacute;minemment &eacute;vocatrice et jouez sur l'opposition sur ces &laquo; morceaux finaux &raquo;, avec L&rsquo;Accident, Combat contre la Muerte.</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Appara&icirc;t un th&egrave;me qu&rsquo;on avait dans la chanson &agrave; la toute fin, qui m&rsquo;est venu au moment o&ugrave; je composais avec Olivia Ruiz la chanson, une esp&egrave;ce d&rsquo;accord qui &eacute;clate avec les trompettes dans les aigus, pour faire du sens avec le film, j&rsquo;ai puis&eacute; le th&egrave;me dans la chanson, il y a les m&ecirc;mes intervalles, les m&ecirc;mes riffs* en fait ; mais l&agrave; c&rsquo;est la Frida adulte qui va conclure.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="font-size: 14pt;">* Hook Vocaux, un motif bref cens&eacute; capter l&rsquo;attention de l&rsquo;auditeur, une sorte d&rsquo;accroche, une tournure&nbsp;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">On constate que vous faites voyager le spectateur dans une dimension temporelle (et pas seulement g&eacute;ographique), o&ugrave; vous distillez par petites touches cette l&eacute;g&egrave;ret&eacute; li&eacute;e &agrave; l&rsquo;enfance, la tension et le drame avec sa maladie, et ses plong&eacute;es dans un monde onirique.&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">L&agrave; votre &eacute;criture privil&eacute;gie le &lsquo;beau&rsquo;, pas d&rsquo;effets, pas de ruptures, une grande fluidit&eacute; dans les phrases et la composition&hellip; On retrouve de l&rsquo;enthousiasme, puis vous vous attardez sur le po&eacute;tique et le presque &lsquo;magique&rsquo; (avec Le R&ecirc;ve, La fresque).&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Ce sont des &eacute;l&eacute;ments complexes &agrave; conceptualiser ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Pour le coup, j&rsquo;ai eu un peu de temps, m&ecirc;me si c&rsquo;est all&eacute; tr&egrave;s vite au niveau de la finalisation, mais avant qu&rsquo;on se mette vraiment sur les derni&egrave;res sc&egrave;nes, entre mai et juin j&rsquo;ai pu penser aux th&egrave;mes. Le th&egrave;me de Frida je l&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; int&eacute;gr&eacute;, j&rsquo;ai pu le &lsquo;roder&rsquo;, j&rsquo;ai pu changer les intervalles, en faire un th&egrave;me intime, lyrique, dramatis&eacute;, lumineux&hellip;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Le fait est que quand on a la main sur cette mati&egrave;re et qu&rsquo;elle est devenue naturelle, je finis par devenir une improvisatrice, je la colore, je la pose &agrave; l&rsquo;image que ce soit une guitare ou pas, dans le cin&eacute;ma d&rsquo;animation &ccedil;a a du sens. La sc&egrave;ne finale a &eacute;t&eacute; dure &agrave; composer, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il y a l&rsquo;accident, et &ccedil;a n&rsquo;arr&ecirc;te pas de faire des sortes d&rsquo;ellipses, &nbsp;: Frida est avec la Muerte affaiblie par terre, puis dans son propre coma, puis elle part encore plus profond&eacute;ment dans une phase d&rsquo;&eacute;change avec son alter-ego, puis de retour avec la mort. On ne cesse de faire des va et vient, et &ccedil;a c&rsquo;est une vraie technicit&eacute; &agrave; comprendre dans le discours. Le r&eacute;alisateur m&rsquo;avait aid&eacute; un peu quand m&ecirc;me, il avait fait un sc&eacute;nario avec une piste temporaire, les images n&rsquo;&eacute;taient pas du tout finies, mais il avait fait un montage du son, m&rsquo;indiquant les cuts - je savais qu&rsquo;il y aurait des dialogues - et je devais suivre ce montage excessivement millim&eacute;tr&eacute;. Il m&rsquo;avait donn&eacute; une piste des voix d&rsquo;enfants, de voix &eacute;th&eacute;r&eacute;es, pas d&rsquo;enfants n&eacute;cessairement, des sons, du souffle, pour sugg&eacute;rer ce caract&egrave;re &eacute;l&eacute;giaque.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Travailler sur ce superbe film, c&rsquo;&eacute;tait pour vous un enjeux ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Ah oui, absolument. D&rsquo;abord c&rsquo;est une chance immense dans une carri&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre sur un projet comme celui-ci. C&rsquo;&eacute;tait un r&ecirc;ve pour moi de travailler sur un film d&rsquo;animation. J&rsquo;ai saisi cette opportunit&eacute; de faire de la belle musique, de montrer ma sensibilit&eacute;, mes go&ucirc;ts et c&rsquo;est souvent un parcours du combattant afin de trouver une zone de libert&eacute;, mais l&agrave; &ccedil;a c&rsquo;&eacute;tait tout naturel, avec le r&eacute;alisateur, les musiciens&hellip; la possibilit&eacute; de discuter musique et technique, d&rsquo;&eacute;changer et de se compl&eacute;ter.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Comme &agrave; un moment o&ugrave; le r&eacute;alisateur a juste &eacute;voqu&eacute; une musique folklorique, j&rsquo;ai fait un th&egrave;me et variations. Le th&egrave;me semble voyager dans diff&eacute;rentes tonalit&eacute;s, diff&eacute;rentes couleurs, tempos, on entend le temps qui passe, et on per&ccedil;oit les diff&eacute;rentes &eacute;tapes du personnage.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Donc &ccedil;a avait totalement du sens de faire &ccedil;a, et quand le r&eacute;alisateur a entendu &ccedil;a, il a dit : &lsquo;je suis trop content, &ccedil;a me rappelle une sc&egrave;ne dans Up&rsquo;. Je connais ce morceau de Michael Giacchino, mais je suis &eacute;galement une compositrice classique, donc je connais les formes et effectivement, cet effet l&agrave; o&ugrave; le temps passe o&ugrave; on observe les deux personnages, c&rsquo;est d&rsquo;une force narrative incroyable. &nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment percevez-vous cet univers, le cin&eacute;ma et la musique, alors qu&rsquo;il nous a toujours paru &eacute;vident qu&rsquo;une femme ou un homme composaient finalement de la &laquo; m&ecirc;me fa&ccedil;on &raquo; ; et que bien souvent les femmes restent peu repr&eacute;sent&eacute;es ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Depuis quelques ann&eacute;es les choses commencent &agrave; &eacute;voluer, &ccedil;a fait vraiment plaisir. &Ccedil;a me rend triste ces constats, je suis m&ecirc;me au c&oelig;ur de ces sujets&hellip; L&rsquo;animation c&rsquo;est m&ecirc;me encore pire, puisque je suis la troisi&egrave;me femme en France &agrave; composer sur ce genre, la premi&egrave;re c&rsquo;est Sophie Hunger avec La Vie d&rsquo;une Courgette, la seconde c&rsquo;est Florencia Di Concilio pour Calamity&hellip;</span><br><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;animation c&rsquo;est particulier, mais je pense que c&rsquo;est d&ucirc; aussi &agrave; des habitudes de travail et c&rsquo;est culturel, donc ce n&rsquo;est pas malveillant. C&rsquo;est ma volont&eacute; d&rsquo;avoir travaill&eacute; avec mon &eacute;diteur 22D, ils sont tr&egrave;s pr&eacute;sents dans le monde de l&rsquo;animation, et je souhaitais leur montrer que j&rsquo;en avais envie, alors j&rsquo;ai provoqu&eacute; cette collaboration.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Culturellement on a besoin d&rsquo;avancer un peu pour que &ccedil;a change d&rsquo;avantage, mais c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de musique de filles ou de gar&ccedil;ons&hellip; C&rsquo;est terrible j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; entendu &ccedil;a ! Les producteurs et les r&eacute;alisateurs font bouger les choses, mais au final l&rsquo;objectif reste de trouver quelqu&rsquo;un qui convienne pour le projet. Que cette personne ait suffisamment l&rsquo;envie d&rsquo;&eacute;pouser le projet et l&rsquo;accompagne.</span><br><span style="font-size: 14pt;">En &eacute;tant juste un petit peu plus visible maintenant, en enseignant dans un master &agrave; Lyon &agrave; l&rsquo;Universit&eacute;, je sais qu&rsquo;en &eacute;tant l&agrave; j&rsquo;inspire des jeunes compositrices qui arrivent sur le march&eacute;. Et avant il n&rsquo;y en avait pas, j&rsquo;en ai fait les frais. &Ccedil;a ne faisait pas vendre de parler des femmes, le regard des journalistes ne devenait pas brillant &agrave; l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;en parler, et quel que soit les milieux, la litt&eacute;rature, la peinture, les Arts&hellip;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Une derni&egrave;re question sur vos projets, vos envies ? Ce que vous aimeriez faire, ou quels genres vous aimeriez traiter ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">J&rsquo;aime beaucoup les films d&rsquo;animation, mais j&rsquo;aime aussi les challenges. Je suis actuellement sur un autre film d&rsquo;animation, j&rsquo;aime le suspense, la tension, les films d&rsquo;&eacute;poque&hellip; mais &eacute;galement le fantastique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">David &amp; Sylvain, avril 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;"><em>Questions et transcription : Sylvain</em></span><br><span style="font-size: 14pt;"><em>Relecture et corrections : David-Emmanuel</em></span><br><span style="font-size: 14pt;"><em>Cr&eacute;dit photos : Vincent Marchadier</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em>Tous nos remerciements &agrave; 22D Music pour leur collaboration, leur investissement et leur valorisation de la musique.</em></span><br><span style="font-size: 14pt;"><em>Merci &agrave; l&rsquo;&eacute;quipe du Festival International MUSIC &amp; CIN&Eacute;MA pour son accueil.</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<blockquote>
<p><strong>Hola Frida (f&eacute;vrier 2025)</strong><br><strong>Musique compos&eacute;e par Laetitia Pansanel-Garric</strong><br><strong>Label : 22D Music</strong><br>Ttp: 47:42<br>01. Hola Frida (Version Fran&ccedil;aise) (Laetitia Pansanel-Garric &amp; Olivia Ruiz) 3:39<br>02. R&eacute;cit d'enfance sur un air de Llorona 3:32<br>03. Dessin au vent 1:22<br>04. Le peuple des nuages 1:37<br>05. Une belle journ&eacute;e 1:03<br>06. Le r&ecirc;ve 4:55<br>07. Les Zapot&egrave;ques 1:04<br>08. Souvenirs 1:54<br>09. La Muerte 1:06<br>10. La maladie 1:46<br>11. Frida retourne &agrave; l'&eacute;cole 0:50<br>12. Patte de poulet 1:59<br>13. Une femme d&eacute;termin&eacute;e 2:21<br>14. Envol du grand aigle 1:10<br>15. L'entra&icirc;nement 2:26<br>16. Le ruban 0:53<br>17. C&eacute;l&eacute;brations 1:50<br>18. La course 2:16<br>19. La preparatoria 1:04<br>20. D&eacute;couverte de la fresque 0:52<br>21. L'accident 4:16<br>22. Combat contre la Muerte 2:08<br>23. Hola Frida (Version Espagnole) (Laetitia Pansanel-Garric &amp; Olivia Ruiz) 3:39</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><br>Lien : <a href="/news/hola-frida-le-film-danimation-de-karine-vezina-et-andre-kadi-est-sorti-sur-nos-ecrans-rayonnant-bouleversant-et-beau-precipitez-vous-872">https://www.cinemaradio.net/news/hola-frida-le-film-danimation-de-karine-vezina-et-andre-kadi-est-sorti-sur-nos-ecrans-rayonnant-bouleversant-et-beau-precipitez-vous-872</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/news/laetitia-pansanel-garric-a-compose-la-musique-de-hola-frida-quand-la-poesie-et-lelegance-dune-jolie-mise-en-scene-riment-avec-de-belles-orchestrations-873">https://www.cinemaradio.net/news/laetitia-pansanel-garric-a-compose-la-musique-de-hola-frida-quand-la-poesie-et-lelegance-dune-jolie-mise-en-scene-riment-avec-de-belles-orchestrations-873</a></p>
<p style="text-align: justify;">Liens &nbsp;Scores 22D Music :<br><a href="/news/pascal-le-pennec-signe-slocum-moi-la-nouvelle-incursion-dun-compositeur-discret-dans-lunivers-poetique-du-cineaste-jean-francois-laguionie-862">https://www.cinemaradio.net/news/pascal-le-pennec-signe-slocum-moi-la-nouvelle-incursion-dun-compositeur-discret-dans-lunivers-poetique-du-cineaste-jean-francois-laguionie-862</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/news/olivier-daviaud-nous-livre-avec-larmee-des-romantiques-une-composition-remarquable-et-inspiree-861">https://www.cinemaradio.net/news/olivier-daviaud-nous-livre-avec-larmee-des-romantiques-une-composition-remarquable-et-inspiree-861</a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Compositeur de la musique de la série d’animation ‘L’armée des romantiques’, Olivier Daviaud se livre à Cinémaradio avec enthousiasme et sincérité</title>
      <description><![CDATA[Nous avons parl&eacute; de cette musique il y a quelques semaines en &eacute;voquant une &laquo; composition remarquable et inspir&eacute;e &raquo;. &Ecirc;tre compositeur c&rsquo;est &ecirc;tre, par d&eacute;finition...]]></description>
      <pubDate>Mon, 24 Mar 2025 13:00:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/compositeur-de-la-musique-de-la-serie-d-animation-l-arme-e-des-romantiques-olivier-daviaud-se-livre-a-cinemaradio-avec-enthousiasme-et-sincerite-890</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Nous avons parl&eacute; de cette musique il y a quelques semaines en &eacute;voquant une &laquo; composition remarquable et inspir&eacute;e &raquo;. &Ecirc;tre compositeur c&rsquo;est &ecirc;tre, par d&eacute;finition, tourn&eacute; vers les autres puisqu&rsquo;on leur offre son travail ; et que ce dernier se trouve &lsquo;expos&eacute;&rsquo; d&rsquo;une fa&ccedil;on irr&eacute;m&eacute;diable, par le biais du prisme qu&rsquo;est le cin&eacute;ma et le film auquel se rattache la musique ! On peut parler de communion avec les autres, ce qui semble &ecirc;tre plus qu&rsquo;une &eacute;vidence.&nbsp;<br>Pour &lsquo;L&rsquo;armée des romantiques&rsquo;, Olivier Daviaud offre &agrave; Cin&eacute;maradio une bien belle interview que nous vous invitons &agrave; d&eacute;couvrir ci-dessous !</h2>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">EN PR&Eacute;AMBULE&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Pouvoir interviewer un &lsquo;artiste&rsquo;, un compositeur dont la vie est tourn&eacute;e vers cet Art qu&rsquo;est la musique (4&egrave;me art dans l&rsquo;ordre), et vers le 7&egrave;me art, donc le cin&eacute;ma, est un privil&egrave;ge dont on ne se lasse pas.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Chaque interview est diff&eacute;rente, et nous d&eacute;couvrons souvent les sensibilit&eacute;s qui se cachent au sein des compositions, mais (et surtout), les envies, les besoins d&rsquo;exprimer telle ou telle chose par le biais de sa cr&eacute;ation.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud est un compositeur particuli&egrave;rement attachant parce qu&rsquo;il ne craint pas de d&eacute;border de son cadre et de s&rsquo;aventurer hors de ce qui serait sa zone de confort, en r&eacute;pondant aux questions avec sinc&eacute;rit&eacute;, mais &eacute;galement inqui&eacute;tude parfois.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">En disant &agrave; quel point le monde actuel souffre et dans quelle mesure la culture, les arts (notre vie et celle de la soci&eacute;t&eacute;) en souffrent directement ; Olivier souligne les incoh&eacute;rences* et &eacute;voque l&rsquo;amiti&eacute;, l&rsquo;empathie et l&rsquo;envie de cheminer avec les autres, nous offrant une jolie le&ccedil;on d&rsquo;humanit&eacute; et de r&eacute;silience !</span><br><br></p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="font-size: 14pt;">*&hellip; tout comme Pascal Le Pennec l&rsquo;avait fait en parlant des r&eacute;mun&eacute;rations et des &lsquo;cr&eacute;dits&rsquo; d&rsquo;auteurs, de la politique des plateformes&hellip;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;INTERVIEW&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="font-size: 14pt;">N&rsquo;est-ce pas un r&ecirc;ve un peu fou, celui de composer une musique relativement 'classique' de forme sur un dessin anim&eacute; produit par le service public ? C'&eacute;tait une volont&eacute; commune avec la r&eacute;alisatrice ?&nbsp;</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Nous n&rsquo;avons pas particuli&egrave;rement parl&eacute; de composer une musique &laquo; classique &raquo;. L&rsquo;id&eacute;e de d&eacute;part, avec Am&eacute;lie Harrault, la r&eacute;alisatrice, &eacute;tait d&rsquo;&eacute;voquer la jeunesse et la modernit&eacute; de cette arm&eacute;e de romantiques. Pour cela, j&rsquo;ai compos&eacute; tr&egrave;s librement, avec des outils stylistiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, faisant certes des r&eacute;f&eacute;rences aux musiques savantes des XVIIIe et XIXe si&egrave;cles, mais j&rsquo;ai par ailleurs &eacute;crit, par exemple, des petites m&eacute;caniques rythmiques que l&rsquo;on peut penser issues des musiques r&eacute;p&eacute;titives am&eacute;ricaines du XXe si&egrave;cle ; et, l&rsquo;on peut &eacute;galement entendre, &ccedil;a et l&agrave;, des allusions &agrave; la musique &laquo; pop &raquo; ou aux musiques de genre (le western, le film noir&hellip;). On pourrait plut&ocirc;t qualifier ma musique de &laquo; postmoderne &raquo;, un postmodernisme d&eacute;tach&eacute; du pastiche ou de l&rsquo;ironie. Je crois que j&rsquo;ai plut&ocirc;t cherch&eacute; &agrave; retrouver l&rsquo;&eacute;motion, le lyrisme, l&rsquo;imagination et l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme propres au mouvement romantique. Am&eacute;lie a rapidement adh&eacute;r&eacute; &agrave; mes propositions, par cons&eacute;quent la question du style n&rsquo;a pas tellement &eacute;t&eacute; &eacute;voqu&eacute;e entre nous&hellip;<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Arm%C3%A9e%20Romantiques/Image%2001.jpg" alt="Image 01.jpg (506 KB)" width="1280" height="720"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Hasard des sorties et des agendas des labels, ton score est disponible peu de temps avant celui de Pascal Le Pennec pour Slocum &amp; Moi chez 22D Musics. Et autre hasard, tu as &eacute;tudi&eacute; le solf&egrave;ge avec Pascal&hellip; Parle-nous de cette relation que tu entretiens avec lui, de tes souvenirs. D&rsquo;ailleurs est-ce une co&iuml;ncidence, mais vous travaillez tous deux sur des films d&rsquo;animation !</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Il y a bient&ocirc;t 50 ans que je connais Pascal, ah ah ! Il &eacute;tait effectivement mon tout premier (et tr&egrave;s jeune) professeur de Formation Musicale, quand j&rsquo;avais 6-7 ans, dans la petite ville d&rsquo;Etrechy dans l&rsquo;Essonne. Il a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; rep&eacute;rer mon oreille &laquo; absolue &raquo;, et ma sensibilit&eacute; de musicien. Nous sommes rest&eacute;s en contact, et, quand j&rsquo;avais une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es, et que j&rsquo;h&eacute;sitais &agrave; poursuivre des &eacute;tudes de musicologie ou de musicien, il m&rsquo;a bien mis en garde sur la quasi incompatibilit&eacute; entre les deux voies - le musicologue privil&eacute;giant la s&eacute;dentarit&eacute;, la th&eacute;orie et la raison, et le musicien le mouvement, la pratique et l&rsquo;&eacute;motion. Par ces paroles, il m&rsquo;a encourag&eacute; implicitement &agrave; rester musicien ! J&rsquo;ai toujours beaucoup appr&eacute;ci&eacute; la finesse, la sensibilit&eacute; de Pascal, comme instrumentiste, arrangeur et compositeur, mais aussi comme &ecirc;tre humain. Il m&rsquo;a fait comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de fronti&egrave;res entre la &laquo; grande musique &raquo; et les musiques plus populaires, et c&rsquo;est en partie gr&acirc;ce &agrave; lui que j&rsquo;ai os&eacute; penser que peut-&ecirc;tre je pourrais exercer d&rsquo;une mani&egrave;re ou d&rsquo;une autre le m&eacute;tier de musicien. Pour ce qui est du fait que l&rsquo;on travaille en ce moment tous deux sur des films d&rsquo;animation, oui, c&rsquo;est une totale co&iuml;ncidence !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment as-tu construit la musique des &eacute;pisodes ? Au cas par cas, dans une optique 'ouverte', o&ugrave; bien en te basant d'abord sur les &eacute;changes avec la r&eacute;alisatrice et les th&eacute;matiques &eacute;voqu&eacute;es, les personnages (l&rsquo;axe le plus important), puis en composant &agrave; l'image ? Et comment te vient ta musique dans ce cas pr&eacute;cis ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Am&eacute;lie m&rsquo;a invit&eacute; &agrave; participer au projet d&egrave;s le d&eacute;but de l&rsquo;aventure, il y a de nombreuses ann&eacute;es maintenant. Nous avions d&eacute;j&agrave; travaill&eacute; ensemble sur son merveilleux court-m&eacute;trage &laquo; Mademoiselle Kiki et les Montparnos &raquo;, et souhaitions tous deux pouvoir collaborer &agrave; nouveau. J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire des th&egrave;mes &agrave; partir de ce qu&rsquo;Am&eacute;lie me racontait de sa vision de la s&eacute;rie - alors qu&rsquo;elle n&rsquo;avait encore quasiment rien &eacute;crit. Nous avons vite d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;adopter le principe wagn&eacute;rien du &laquo; leitmotiv &raquo; : un th&egrave;me r&eacute;current est associ&eacute; &agrave; chacun des personnages principaux, &agrave; chaque type de situation&hellip; Ainsi Balzac poss&egrave;derait son motif propre, tout comme Dumas, Baudelaire, Sand et les autres. Des th&egrave;mes musicaux ont aussi &eacute;t&eacute; associ&eacute;s au fantastique, &agrave; la mort, l&rsquo;amour, la gloire ou la r&eacute;volte&hellip; On proc&eacute;dait plut&ocirc;t ainsi : que veut-on &eacute;voquer, raconter dans telle sc&egrave;ne, quelle est l&rsquo;&eacute;volution de tel personnage ? J&rsquo;essayais de traduire tout cela en musique. Sur la fin de la production, une fois que les images existaient enfin sous leur forme d&eacute;finitive ou quasi-d&eacute;finitive, j&rsquo;ai adapt&eacute; cette foison de th&egrave;mes &agrave; l&rsquo;image, effectivement. En animation, la production est tr&egrave;s longue, et, comme j&rsquo;&eacute;tais associ&eacute; au projet d&egrave;s le d&eacute;but, j&rsquo;ai eu le temps de composer beaucoup, dig&eacute;rer, transformer, affiner jusqu&rsquo;au bout.<br><br></span><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Arm%C3%A9e%20Romantiques/Image%2002.jpg" alt="Image 02.jpg (606 KB)" width="1280" height="720"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Sur &lsquo;L&rsquo;arm&eacute;e des romantiques&rsquo;, ce sont de petites '&oelig;uvres', des miniatures pour &ecirc;tre plus pr&eacute;cis que tu as &eacute;crit. C'&eacute;tait un processus complexe, apr&egrave;s avoir trouv&eacute; tes th&egrave;mes, de trouver le tempo ou la dynamique interne, de les enrichir et de les ornementer ? Puis tu as travaill&eacute; l&rsquo;orchestration de quelle fa&ccedil;on ? Y avait-il des demandes sp&eacute;cifiques &agrave; ce niveau, le fait que ta musique s&rsquo;inscrive dans un contexte historique tr&egrave;s pr&eacute;cis, une p&eacute;riode romantique de l&rsquo;histoire fran&ccedil;aise qui plus est ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : J&rsquo;aime beaucoup les formes courtes. Peut-&ecirc;tre parce que j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; biberonn&eacute; &agrave; la chanson fran&ccedil;aise ? J&rsquo;ai beaucoup d&rsquo;id&eacute;es m&eacute;lodiques, j&rsquo;adore inventer des parcours harmoniques, et trouver l&rsquo;arrangement qui fera que la forme &eacute;pousera du mieux possible le fond ; je suis adepte de la &laquo; ligne claire &raquo;, faussement simple. Je peine un peu sur les formes plus longues. C&rsquo;est pourquoi, je crois, le cin&eacute;ma me va bien : on y &eacute;crit beaucoup de musiques relativement courtes, des &laquo; miniatures &raquo;, comme tu dis. En ce qui concerne l&rsquo;orchestration, j&rsquo;ai imagin&eacute; des ensembles tr&egrave;s vari&eacute;s, toujours en fonction de l&rsquo;&eacute;motion que l&rsquo;on souhaitait faire passer : parfois un piano et quelques choeurs ou cordes, jusqu&rsquo;au grand orchestre, pour les sc&egrave;nes de r&eacute;volutions par exemple&hellip; L&rsquo;orchestration me vient souvent en m&ecirc;me temps que l&rsquo;id&eacute;e premi&egrave;re. Je n&rsquo;ai pas sp&eacute;cialement pens&eacute; &agrave; la musique &laquo; fran&ccedil;aise &raquo;. Il se trouve que je suis fran&ccedil;ais, et j&rsquo;imagine que l&rsquo;on doit sentir cela d&rsquo;une mani&egrave;re ou d&rsquo;une autre, mais ce n&rsquo;est pas quelque chose que j&rsquo;ai &agrave; l&rsquo;esprit&hellip;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Tu nous a dit en pr&eacute;ambule que tu avais jou&eacute; les instruments, interpr&eacute;t&eacute; les voix, y compris les timbres un peu f&eacute;minins que l'on peut entendre par moment ! Tu as enregistr&eacute; certains instruments directement puis on imagine que tu as mix&eacute; et enrichi avec tes interpr&eacute;tations (voix ou instruments). C'est un travail qui semble harassant, mais finalement n'est-ce pas la cl&eacute; sur un budget de ce type, tr&egrave;s serr&eacute;, et qui dans le m&ecirc;me temps requi&egrave;re une &eacute;criture minutieuse et aux diff&eacute;rentes 'couleurs' ? Une forme de polyvalence, maitriser les diff&eacute;rentes facettes de ton Art ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : J&rsquo;ai effectivement tout jou&eacute; et chant&eacute; tout seul, chez moi, dans mon petit studio de travail. Le budget modeste et l&rsquo;agenda serr&eacute; en fin de production ne me permettaient pas vraiment de faire autrement. J&rsquo;ai vite imagin&eacute; m&ecirc;ler des instruments classiques (cordes, bois et cuivres) &agrave; des instruments plus r&eacute;cents (th&eacute;r&eacute;mine, guitare &eacute;lectrique, percussions) ; la voix chant&eacute;e est omnipr&eacute;sente, comme un contrepoint chaleureux aux petites voix int&eacute;rieures des protagonistes. En ce qui concerne la voix, c&rsquo;&eacute;tait une demande explicite de Judith Nora, la productrice, et d&rsquo;Am&eacute;lie Harrault, la r&eacute;alisatrice. Cela tombait bien, je n&rsquo;aime rien tant que chanter ! Une place de choix a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e au piano, notamment pour les sc&egrave;nes plus intimes. Et j&rsquo;ai d&ucirc; me r&eacute;soudre &agrave; utiliser des instruments virtuels en plus de ceux que je poss&egrave;de, pour simuler les plus grandes formations, mais je crois, j&rsquo;esp&egrave;re, que cela fonctionne tout de m&ecirc;me pas mal... J&rsquo;ai pass&eacute; &eacute;norm&eacute;ment de temps &agrave; trouver les bonnes couleurs, aid&eacute; en fin de course par mon complice mixeur Nicolas Delbart.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&Ccedil;a a &eacute;t&eacute; un travail de longue haleine ? En fait tu as travaill&eacute; sur de longues p&eacute;riodes, plus que de fa&ccedil;on intensive en fonction des n&eacute;cessit&eacute;s de la production, comment s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; tout ce travail ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Oui cela s&rsquo;est pass&eacute; par phases. Dans la premi&egrave;re phase, il y a 8 ans environ, les tout premiers th&egrave;mes sont n&eacute;s en dehors de toute image. Am&eacute;lie m&rsquo;avait simplement parl&eacute; des personnages principaux de la s&eacute;rie, de leur caract&egrave;re, et de quelques situations. Ce travail a dur&eacute; quelques semaines, un premier jaillissement tr&egrave;s joyeux. Il y a eu dans mon souvenir une deuxi&egrave;me phase, il y a quatre ans environ, o&ugrave; j&rsquo;ai affin&eacute; les premiers th&egrave;mes et o&ugrave; j&rsquo;en ai trouv&eacute; quelques autres, en fonction des demandes de la r&eacute;alisatrice. Une phase plus laborieuse pour tout le monde. A ce moment de la production, par exemple, sur quelques sc&egrave;nes en cours d&rsquo;&eacute;laboration, Am&eacute;lie &laquo; posait &raquo; des musiques pr&eacute;existantes, qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu remplacer au final. Ces &laquo; temp tracks &raquo;, beaucoup de compositeurs ont du t&rsquo;en parler, c&rsquo;est souvent la partie la plus difficile, car on s&rsquo;habitue &agrave; elles, et, pour l&rsquo;&eacute;quipe de r&eacute;alisation et de production, il faut parvenir &agrave; faire le deuil de ces pistes temporaires et accepter la musique originale du compositeur, qui peut &ecirc;tre parfois assez &eacute;loign&eacute;e de celle de d&eacute;part&hellip; Je pense ici par exemple &agrave; deux sc&egrave;nes concernant Balzac, o&ugrave; Am&eacute;lie avait plac&eacute; une musique de Saint-Sa&euml;ns pour la pr&eacute;sentation de &laquo; La Com&eacute;die Humaine &raquo;, et une musique de Beethoven pour l&rsquo;enterrement de Balzac, et il ne m&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; &eacute;vident de remplacer ces musiques qui fonctionnaient si bien ! J&rsquo;en ai un peu bav&eacute;, mais au final ces s&eacute;quences font partie de mes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;es ! Puis la troisi&egrave;me et derni&egrave;re phase est arriv&eacute;e : la finalisation de la s&eacute;rie, sur les 4 derniers mois - un mois de travail pour chacun des 4 &eacute;pisodes de 52 minutes. La phase la plus intense. Au total il y a 2h30 de musique ! Un bon gros travail, dans la joie et la bonne humeur, toute l&rsquo;&eacute;quipe de la s&eacute;rie &eacute;tant adorable et travaillant en bonne intelligence. C&rsquo;&eacute;tait dense, parfois &eacute;prouvant, mais jamais douloureux.<br><br></span><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Arm%C3%A9e%20Romantiques/Image%2003.jpg" alt="Image 03.jpg (488 KB)" width="1280" height="720"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Puisque nous &eacute;voquons la production, que penses-tu de ce qui est mis en place actuellement, de la musique au sein des s&eacute;ries, films ou documentaires ? Les sorties se font de plus en plus le reflet d&rsquo;un certain mode de fonctionnement, et la facilit&eacute; de la violence est partout&hellip; l&rsquo;absence de &lsquo;beau&rsquo; au sens large est perturbante !&nbsp;<br></span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Par o&ugrave; commencer ? On vit globalement une p&eacute;riode difficile, je veux dire, la plan&egrave;te enti&egrave;re&hellip; Le n&eacute;olib&eacute;ralisme d&eacute;truit tout ce qui fait soci&eacute;t&eacute;, les fascismes sont &agrave; nos portes. La culture est par cons&eacute;quent mise en danger de toute part. Il faut se battre, de toutes les mani&egrave;res possibles. J&rsquo;essaie pour ma part de r&eacute;sister en tant que citoyen, et, en tant que compositeur, j&rsquo;essaie de continuer &agrave; faire ce que je sais faire : apporter un peu de sensible, un peu de &laquo; beau &raquo; au monde. Pour cela, intuitivement, et pragmatiquement, je fais mienne cette citation d&rsquo;Hayao Miyazaki : &laquo; Ma conclusion est que l&rsquo;espoir implique de travailler et de lutter avec les personnes qui comptent pour vous. En fait j&rsquo;en suis arriv&eacute; &agrave; un point o&ugrave; je pense que c&rsquo;est ce qui signifie &ecirc;tre en vie &raquo;. Pour &laquo; L&rsquo;arm&eacute;e des romantiques &raquo;, avec Am&eacute;lie Harrault et Judith Nora, productrice chez Silex, j&rsquo;ai ressenti &ccedil;a : de l&rsquo;amiti&eacute; et de belles luttes. Je n&rsquo;imagine pas qu&rsquo;il en soit autrement pour mes projets &agrave; venir. C&rsquo;est tout ce qui compte.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Ah&hellip; et peut &ecirc;tre pour terminer ; la question qui f&acirc;che : quid des plateformes de streaming, n&eacute;cessit&eacute; ou impasse ? (la faible r&eacute;mun&eacute;ration, les questions de droits) Toi qui a &eacute;t&eacute; &eacute;dit&eacute; au format vinyle, la d&eacute;mat&eacute;rialisation est d&eacute;j&agrave; pass&eacute;e par l&agrave;, n&eacute;anmoins les couts de productions (CDs) sont plut&ocirc;t bas, et quoiqu'on en dise le vinyle offre un excellent rapport qualit&eacute;/prix et est une valeur s&ucirc;re.&nbsp;</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Olivier Daviaud : Les plateformes de streaming, c&rsquo;est vraiment compliqu&eacute;. Effectivement, les artistes sont si peu r&eacute;mun&eacute;r&eacute;s que c&rsquo;est vraiment un scandale. Il faudra parvenir &agrave; trouver d&rsquo;autres voies, changer les lois, etc. La d&eacute;mat&eacute;rialisation, tout comme le probl&egrave;me des IA, d&rsquo;ailleurs, sont des questions complexes, je ne prends pas du tout le temps de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; cela&hellip; Mais si le vinyle redevenait le mode d&rsquo;&eacute;coute favori des gens, oui, j&rsquo;en serais bien s&ucirc;r ravi !</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, mars 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt;">Cr&eacute;dits photos : L&rsquo;Arm&eacute;e des Romantiques, Am&eacute;lie Harrault, SILEX FILMS, ARTE France</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Interview de Pascal Le Pennec pour la musique de 'SLOCUM et MOI', le nouveau film d’animation de Jean-François Laguionie</title>
      <description><![CDATA[&lsquo;SLOCUM et MOI&rsquo; est un fort joli film, une &oelig;uvre comme peu de r&eacute;alisateurs sont capables d&rsquo;en faire. Sa musique compos&eacute;e par Pascal Le Pennec est superbe, inventive et complexe, p...]]></description>
      <pubDate>Thu, 27 Feb 2025 14:00:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/interview-de-pascal-le-pennec-pour-la-musique-de-slocum-et-moi-le-nouveau-film-d-animation-de-jean-francois-laguionie-876</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">&lsquo;SLOCUM et MOI&rsquo; est un fort joli film, une &oelig;uvre comme peu de r&eacute;alisateurs sont capables d&rsquo;en faire. Sa musique compos&eacute;e par Pascal Le Pennec est superbe, inventive et complexe, prot&eacute;iforme elle &eacute;pouse la po&eacute;sie des images et souligne l&rsquo;ambiance nostalgique de ce long m&eacute;trage d&rsquo;animation. <br>Notre compositeur a bien voulu se pr&ecirc;ter - malgr&eacute; le peu de temps que lui laissait la tourn&eacute;e d&rsquo;accompagnement du film - au petit jeu des questions &amp; r&eacute;ponses.<br><br></h2>
<p style="text-align: justify;"><img src="/upload/SLOCUM/Enregistrement%20SLOCUM%202.jpg" alt="Enregistrement SLOCUM 2.jpg (418 KB)" width="1635" height="741"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Comment avez-vous appr&eacute;hend&eacute; cet univers musical que vous auriez &agrave; construire sur ce nouveau film de Jean-Fran&ccedil;ois Laguionie ? C&rsquo;est votre troisi&egrave;me collaboration, chacune est diff&eacute;rente, chacune a besoin de son propre univers&hellip; et &ecirc;tes-vous arriv&eacute; sur le projet tr&egrave;s longtemps en avance ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Chacune des collaborations avec Jean-Fran&ccedil;ois Laguionie a donn&eacute; lieu &agrave; un cas de figure diff&eacute;rent : sur LE TABLEAU, je ne disposais que de 3 mois, en tout et pour tout, pour composer environ 45 minutes de musique en majeure partie symphonique, sur un film termin&eacute;... c'est tr&egrave;s court ; pour LOUISE EN HIVER, j'ai obtenu 9 mois et j'ai travaill&eacute; sur "animatique" ; enfin, s'agissant de SLOCUM ET MOI, le projet s'est d&eacute;roul&eacute; sur plusieurs ann&eacute;es, durant lesquelles je me suis aussi consacr&eacute; &agrave; d'autres films.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Il faut dire que la demande de Jean-Fran&ccedil;ois Laguionie &eacute;tait tr&egrave;s particuli&egrave;re, puisqu'il souhaitait que la musique soit un pr&eacute;alable &agrave; tout ! Il voulait construire son film SUR la musique, et non l'inverse. Je n'avais ni film, ni "animatique"... pas m&ecirc;me de sc&eacute;nario pour commencer &agrave; travailler. Je me suis fait mon propre film ! J'ai compos&eacute; et pr&eacute;-orchestr&eacute; une vingtaine de th&egrave;mes, que j'ai maquett&eacute;s sur &eacute;chantillonneurs, et le r&eacute;alisateur a fait ses choix. Par la suite, nous avons travaill&eacute; de fa&ccedil;on plus conventionnelle, j'ai r&eacute;pondu &agrave; des demandes pr&eacute;cises de sa part.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Nous nous sommes tout de suite entendus sur les deux formations instrumentales &agrave; entendre dans cette BO : l'orchestre symphonique, notamment pour les sc&egrave;nes de mer, et un ensemble de jazz manouche, pour reproduire l'atmosph&egrave;re des ann&eacute;es 50 sur les bords de Marne.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Ces derniers temps on a comme l&rsquo;impression que les compositeurs fran&ccedil;ais ont le vent en poupe avec le cin&eacute;ma d&rsquo;animation, et c&rsquo;est tant mieux ; d&rsquo;abord parce que nous adorons ce m&eacute;dium, ensuite parce que vous y faites preuve d&rsquo;une &eacute;l&eacute;gance et d&rsquo;une empathie par rapport au sujet peu souvent constat&eacute;e&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Merci de ces paroles agr&eacute;ables ! Je me rends compte de la chance que j'ai, d'&eacute;voluer surtout dans le domaine du long-m&eacute;trage d'animation. La musique y joue un r&ocirc;le primordial, pas seulement de mani&egrave;re illustrative, pour accompagner l'action, mais aussi pour renforcer le sens de certaines sc&egrave;nes.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Rendre compte de l'int&eacute;riorit&eacute; des personnages, c'est peut-&ecirc;tre la caract&eacute;ristique de la "mani&egrave;re fran&ccedil;aise".</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Je vais vous poser la m&ecirc;me question qu&rsquo;&agrave; Olivier Daviaud. Vos albums sortent &agrave; quelques semaines d&rsquo;intervalle, vos musiques accompagnent des films d&rsquo;animation. Olivier a &eacute;t&eacute; votre &eacute;l&egrave;ve ! Le fait que vous soyez tous les deux sur des films d&rsquo;animation, cela rel&egrave;ve-t-il d&rsquo;une certaine forme de co&iuml;ncidence !? (rires)</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Il est exact que je connais Olivier depuis fort longtemps ; il avait &eacute;t&eacute; mon &eacute;l&egrave;ve, en cours de formation musicale... et j'avais bien s&ucirc;r rep&eacute;r&eacute; ses dons &agrave; l'&eacute;poque !</span><br><span style="font-size: 14pt;">Chose amusante, nous nous sommes retrouv&eacute;s en 2011, alors qu'il venait de composer la BO du film LE CHAT DU RABBIN, et moi celle du film LE TABLEAU... deux longs-m&eacute;trages d'animation ! Mais lui et moi &eacute;voluons aussi dans d'autres genres cin&eacute;matographiques que l'animation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre composition s&rsquo;est structur&eacute;e de quelle fa&ccedil;on - en travaillant &agrave; l&rsquo;image - en discutant avec le &nbsp;r&eacute;alisateur ou la production - en fonction d&rsquo;axes ou de demandes sp&eacute;cifiques d&eacute;cid&eacute;s en amont&hellip; et tout &ccedil;a en disposant d&rsquo;une relative libert&eacute; ?<br>Et comment avez-vous &eacute;crit ces beaux th&egrave;mes qui nous ont interpell&eacute;s, o&ugrave; puisez-vous votre inspiration ? On sent votre amour du classique moderne, de la musique contemporaine, de la belle musique&hellip;<br></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Jean-Fran&ccedil;ois Laguionie m'a laiss&eacute; enti&egrave;re libert&eacute; de proposition, et a s&eacute;lectionn&eacute; des th&egrave;mes de nature tr&egrave;s diff&eacute;rente, selon ses besoins... musique symphonique et jazz fa&ccedil;on manouche, mais aussi des pi&egrave;ces qu'il m'a demand&eacute;es sp&eacute;cifiquement : un No&euml;l dans le style baroque, une musique de fanfare, quelques pages plus dissonantes...</span><br><span style="font-size: 14pt;">S'agissant de mes influences, il est certain que je nourris depuis toujours une passion pour la musique fran&ccedil;aise du XX&egrave;me si&egrave;cle, depuis Faur&eacute;, Debussy, Ravel, jusqu'&agrave; Messiaen, en passant par Poulenc et Honegger. Les Russes aussi. Mais ce qu'il y a de merveilleux, de passionnant, en musique de film, c'est qu'on doit se plier &agrave; des demandes extr&ecirc;mement vari&eacute;es. Je regrette du reste une tendance actuelle, consistant &agrave; piocher syst&eacute;matiquement dans des musiques additionnelles pour des besoins sp&eacute;cifiques ! Mon plaisir, dans ce m&eacute;tier, c'est d'&ecirc;tre compositeur "cam&eacute;l&eacute;on"... m&ecirc;me si j'esp&egrave;re laisser chaque fois quelque chose de personnel, malgr&eacute; la diversit&eacute; de styles !</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">On trouvera certains de vos morceaux trop courts (bien trop courts), mais chacun d&rsquo;entre eux est &eacute;crit avec minutie, d&eacute;taill&eacute; (on pense &agrave; la dur&eacute;e) de sorte qu&rsquo;il ne nuise pas au d&eacute;roulement du film ; et tous sont tr&egrave;s &eacute;quilibr&eacute;s.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>On est souvent amen&eacute; &agrave; composer des pi&egrave;ces courtes en musique de film. Cependant, dans SLOCUM ET MOI, il y a des morceaux assez d&eacute;velopp&eacute;s, comme "La Temp&ecirc;te", qui dure 4 minutes, ou l'adagio qu'on entend dans son int&eacute;gralit&eacute; dans le g&eacute;n&eacute;rique fin.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est une belle cr&eacute;ation, ne vous sentez-vous pas tent&eacute; par des compositions plus &lsquo;longues&rsquo; ? Vous vous &ecirc;tes attaqu&eacute; au th&eacute;&acirc;tre, en quelque sorte &agrave; de la &lsquo;musique de sc&egrave;ne&rsquo; ; mais un concerto, un ballet, une symphonie (pourquoi pas !), &ccedil;a ne vous tente pas ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec :</strong> Justement, Jean-Fran&ccedil;ois Laguionie, Anik Le Ray et moi-m&ecirc;me avons un projet de conte musical, pour l'ONB, l'Orchestre National de Bretagne.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment se sont d&eacute;roul&eacute;es les sessions d&rsquo;enregistrement ? La musique est cons&eacute;quente, tr&egrave;s riche et particuli&egrave;rement bien orchestr&eacute;e&hellip; Tout ce travail, toutes ces &eacute;tapes avec les musiciens, parfois les solistes, l&rsquo;orchestre dans son ensemble, est un travail long en g&eacute;n&eacute;ral et on imagine que l&agrave; vous avez d&ucirc; travailler de fa&ccedil;on plus concentr&eacute;e ne fut-ce qu&rsquo;en terme de budget et de d&eacute;lais ?&nbsp;</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Et d&rsquo;ailleurs doit-on batailler avec le r&eacute;alisateur et la production sur des questions de choix, entre musique m&eacute;lodique, orchestrale ou intimiste&hellip; sur la forme qu&rsquo;elle prend et la fa&ccedil;on de donner vie &agrave; votre &oelig;uvre !?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>J'ai la chance - assez incroyable - d'enregistrer avec mon fils a&icirc;n&eacute;, Johannes, chef d'orchestre, qui dirige habituellement le r&eacute;pertoire classique, invit&eacute; par diff&eacute;rentes formations, mais qui participe depuis 2008 &agrave; mes sessions de musiques de films. J'&eacute;cris l'orchestration (j'ai horreur de d&eacute;l&eacute;guer ce travail !), mais lui, il dirige. Beaucoup de compositeurs dirigent mal leurs oeuvres, car ce n'est pas le m&ecirc;me m&eacute;tier ! En faisant appel &agrave; un vrai chef, on gagne beaucoup de temps en s&eacute;ances.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Et pour ce qui est des questions budg&eacute;taires, j'ai eu le bonheur, jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, de ne pas vraiment m'en pr&eacute;occuper !... les producteurs, en lien &eacute;troit avec mon agent, Rapha&euml;l Vinzant, ont toujours trouv&eacute; les solutions. Il faut dire que j'enregistre souvent avec l'ONB, un orchestre pleinement partenaire de mes projets cin&eacute;matographiques. Et j'ai toujours enregistr&eacute; en France.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Cela dit, on vit tous avec des &eacute;tiquettes, coll&eacute;es dans notre dos. Ainsi, je crois qu'on m'a coll&eacute; d&eacute;finitivement l'&eacute;tiquette "orchestre"... j'aimerais tellement qu'on m'appelle aussi pour composer 15 minutes d'instrument seul ou petite formation !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous &ecirc;tes &eacute;dit&eacute; chez 22D Music, c&rsquo;est une belle initiative qui prouve que des labels &lsquo;osent&rsquo; et se &lsquo;projetent&rsquo; sur l&rsquo;avenir. <br>Et concernant l&rsquo;&eacute;dition, la question de la d&eacute;mat&eacute;rialisation&hellip; deux choses antagonistes ! Quel est votre sentiment quant &agrave; l&rsquo;&eacute;dition aujourd&rsquo;hui ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Je remercie 22D de s'int&eacute;resser &agrave; ma musique, depuis LE TABLEAU, mais je regrette qu'on &eacute;dite de moins en moins de CD physiques.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Tout &ccedil;a pour nous amener &agrave; une question plus g&eacute;n&eacute;rale, celle relative aux plateformes, Deezer, iTunes &amp; autres&hellip; Comment percevez-vous la place qu&rsquo;elles occupent, l&rsquo;esp&egrave;ce de monopole qu&rsquo;elles souhaitent mettre en place ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Pascal Le Pennec : </strong>Je me m&eacute;fie de toutes les situations monopolistiques, des grands groupes qui imposent leurs lois. Un exemple : il est devenu tr&egrave;s difficile de faire inscrire de mani&egrave;re claire, pr&eacute;cise et compl&egrave;te le nom des gens avec qui on travaille (ce qu'on appelle les "cr&eacute;dits interpr&egrave;tes"). Or je viens de la sc&egrave;ne, du spectacle vivant, et je trouve insupportable de ne pas pouvoir citer ais&eacute;ment tous les collaborateurs. Je refuse toujours que mon nom apparaisse seul... or cela devient la r&egrave;gle en &eacute;dition phonographique de musique de film.</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, f&eacute;vrier 2025<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><img src="/upload/SLOCUM/%C2%A9LauraFavand-PLePennec-8HD.jpg" alt="&copy;LauraFavand-PLePennec-8HD.jpg (564 KB)" width="1575" height="2362"></p>
<p style="text-align: justify;">Cr&eacute;dits photos : &copy; Laura Favand,&nbsp;<br>Pascal Le Pennec, 22D Music</p>
<p style="text-align: justify;"><br>lien film : <a href="/news/slocum-moi-le-nouveau-film-d-animation-de-jean-francois-laguionie-est-un-pur-joyau-864">https://www.cinemaradio.net/news/slocum-moi-le-nouveau-film-d-animation-de-jean-francois-laguionie-est-un-pur-joyau-864</a><br>lien musique : <a href="/news/pascal-le-pennec-signe-slocum-moi-la-nouvelle-incursion-dun-compositeur-discret-dans-lunivers-poetique-du-cineaste-jean-francois-laguionie-862">https://www.cinemaradio.net/news/pascal-le-pennec-signe-slocum-moi-la-nouvelle-incursion-dun-compositeur-discret-dans-lunivers-poetique-du-cineaste-jean-francois-laguionie-862</a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Entretien avec Emmanuelle Bouaziz ; quelques questions, du franc-parler, une artiste comme on les aime !</title>
      <description><![CDATA[Nous avions eu le plaisir de nous entretenir avec Emmanuelle Bouaziz au tout d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e 2021 ; en profitant pour &eacute;voquer son r&ocirc;le dans &lsquo;CLEM&rsquo;, ses projets et ses envi...]]></description>
      <pubDate>Fri, 24 Jan 2025 14:00:00 +0000</pubDate>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Nous avions eu le plaisir de nous entretenir avec Emmanuelle Bouaziz au tout d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e 2021 ; en profitant pour &eacute;voquer son r&ocirc;le dans &lsquo;CLEM&rsquo;, ses projets et ses envies&hellip; Nous la retrouvons pour cette &lsquo;interview carri&egrave;re&rsquo;, alors que nous l&rsquo;avons r&eacute;cemment vue dans dans deux ou trois productions cin&eacute;matographiques, jouer dans &lsquo;Un Si Grand Soleil&rsquo;, &lsquo;Les combattantes&rsquo; ou Les Invisibles&rsquo;.&nbsp;</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz s&rsquo;est confi&eacute;e &agrave; nous lors de cet entretien sur diff&eacute;rents sujets ; tout en &eacute;tant comme toujours franche et directe, sans langue de bois.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Bonjour Emmanuelle ; &ccedil;a fait plaisir de vous retrouver et de partager avec vous&hellip;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : Bonjour ! Oui moi aussi, merci beaucoup !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Vous avez jou&eacute; dans &lsquo;Un Si Grand Soleil&rsquo; ; l&agrave; on touche &agrave; une production assez cons&eacute;quente&hellip; une production qui vous mobilise, ou bien vous laisse un peu de temps entre les &eacute;pisodes ? D&rsquo;ailleurs comment se passent les tournages des &eacute;pisodes, d&rsquo;autant que votre personnage, Flore Martin, devrait connaitre un d&eacute;veloppement plus cons&eacute;quent ?</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Et rappelons que nous vous avions vu &eacute;galement sur la s&eacute;rie &lsquo;Les combattantes&rsquo; ainsi que 'Les Invisibles'.</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : Je suis tr&egrave;s contente d'&ecirc;tre dans cette quotidienne. Tourner l'arche qui est diffus&eacute;e en ce moment &eacute;tait tr&egrave;s intense, justement parce que les auteurs et producteurs m'ont donn&eacute; la chance de d&eacute;velopper mon personnage, c'est un tr&egrave;s beau cadeau. Mais j'avais peu de temps pour moi, volontairement, pour &ecirc;tre compl&egrave;tement au service de Flore que j'interpr&egrave;te. M&ecirc;me si je me suis autoris&eacute;e des diners avec les copains parfois, j'&eacute;tais tr&egrave;s fatigu&eacute;e le soir car le rythme de tournage est tr&egrave;s soutenu et je voulais &ecirc;tre en forme. Je l'ai appr&eacute;hend&eacute; comme une course de fond. En revanche il y a des p&eacute;riodes o&ugrave; je suis moins sollicit&eacute;e par le programme, ce qui me permet de tourner dans d'autres s&eacute;ries, de faire des projets de th&eacute;&acirc;tre, de voyager et de prendre soin de moi !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Vous avez le go&ucirc;t du spectacle qu&rsquo;on nomme &lsquo;Musical&rsquo;&hellip; com&eacute;dies musicales, ballets ? Votre derni&egrave;re prestation dans le genre date de 2019. On a l&rsquo;impression qu&rsquo;on cr&eacute;&eacute; un peu moins, il y certes beaucoup de reprises et de tourn&eacute;es ; mais, semble t-il, moins de cr&eacute;ations originales ! Vous avez envie de rejouer, de danser, de donner autre chose que simplement par le biais de l&rsquo;image ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : J'ai toujours envie de tout ! Mais effectivement en ce moment c'est tourner qui m'anime ! Si l'occasion se pr&eacute;sente je serai ravie de re-danser, pour l'instant <em>USGS</em> (ndlr : <em>Un Si Grand Soleil</em>) me prend le plus de temps et j'en suis tr&egrave;s heureuse. Il y a de tr&egrave;s belles reprises, et aussi beaucoup de cr&eacute;ations malgr&eacute; tout.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Lors de notre pr&eacute;c&eacute;dent entretien, nous avions parl&eacute; de la condition de la femme, sa place dans la culture, la musique, les Arts ou le cin&eacute;ma&hellip; Mais qu&rsquo;en est-il aujourd&rsquo;hui, nous avons toujours l&rsquo;impression de &lsquo;ramer&rsquo; !&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : On avance on avance ! Mais c'est petit donc &ccedil;a se voit moins. Et paradoxalement il y a des endroits o&ugrave; l'on recule, on le voit dans la soci&eacute;t&eacute;. L'Affaire Mazan en est l'un des reflets. Je suis tr&egrave;s admirative du courage dont Gis&egrave;le Pelicot a su faire preuve pour affronter l'inimaginable, pour que la honte change de camp. Il y a des associations, des mouvements qui sont tr&egrave;s impliqu&eacute;s pour l&rsquo;&eacute;quit&eacute; homme-femme et la reconnaissance du f&eacute;minin dans le monde.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>&bull; Vous avez &eacute;voqu&eacute; votre attachement &agrave; la ville de Honfleur (j&rsquo;avoue l&rsquo;aimer beaucoup, un de mes lieux embl&eacute;matiques) ! Parlez-nous un peu de vous Emmanuelle, de vos go&ucirc;ts et ce qui vous anime hors les Arts, votre vie d&rsquo;actrice&hellip; Arrivez-vous &agrave; n&eacute;gocier du temps pour vous, voyager, &eacute;couter de la musique ? </strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : Oui, en effet ! Je prends du temps pour moi, c'est ce qu'il y a de plus pr&eacute;cieux, le temps. J'ai d&eacute;cid&eacute; de choisir comment je voulais le passer ! Plus jeune je courrais partout, je saisissais les opportunit&eacute;s les unes apr&egrave;s les autres, apr&egrave;s un vrai burn out il fallait que je fasse le point et que je r&eacute;oriente ma vie autour de mes envies. J'aime passer du temps chez moi avec <em>Tootsie</em> (ma petite f&eacute;line tricolore) elle voyage parfois avec moi, sortir avec mes amis, faire des diners, aller au cin&eacute;ma, d&eacute;battre sur le monde. Je &lsquo;binge&rsquo; beaucoup, c'est un plaisir autant qu'un travail. C'est important de s'enrichir du travail des autres. Et j'ai toujours mes &eacute;couteurs dans les oreilles. Je danse sur les quais de m&eacute;tro (j'oublie que je ne suis pas chez moi, mais je m'en moque !) et a contrario je suis aussi la fille qui embrasse la m&eacute;lancolie &agrave; la fen&ecirc;tre du train !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Une question (pas tr&egrave;s acad&eacute;mique avouons-le), sur l&rsquo;actualit&eacute; et l&rsquo;arriv&eacute;e de Donald Trump pour la seconde fois au pouvoir ! &hellip; Une question sur les minorit&eacute;s, les &eacute;trangers, les femmes ; des sujets vastes - qui vous touchent, nous le savons, qui vous parlent, encore et toujours plus en ce d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e 2025.</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : Pfff... que dire. Pour moi le plus important c'est la Terre, les animaux, l'humain et le respect des diff&eacute;rences alors quand je vois les d&eacute;monstrations de force, de conqu&ecirc;te du pouvoir, des plan&egrave;tes, de l'argent et des femmes, &ccedil;a me... Mais bon, il faut espoir garder comme ils disent...&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; &hellip; Un dernier mot Emmanuelle sur des projets dont vous souhaiteriez nous parler ? Des envies ou des sorties &agrave; venir, films ou s&eacute;ries ; de th&eacute;&acirc;tre ou de danse, de cin&eacute;ma ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Emmanuelle Bouaziz : J'ai deux projets de pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre, dans lesquelles je risque de danser &eacute;galement !&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">J'avoue que je prends beaucoup de temps pour moi, c'est super important. Et j'aimerais bien retourner dans des projets en Angleterre ! Ca me manque je l'avoue !</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, janvier 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Emmanuelle%20Bouaziz%20Photo.jpg" alt="Emmanuelle Bouaziz Photo.jpg (812 KB)" width="1366" height="2048"></span></p>
<p style="text-align: justify;">(Photo : copyright Victoria Vinas)</p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Le travail d’orchestrateur : Entretien avec Tim Simonec</title>
      <description><![CDATA[Alors que je relisais l&rsquo;excellent entretien qu&rsquo;a eu notre ami David-Emmanuel avec le chef d&rsquo;orchestre, arrangeur et orchestrateur Gavin Greenaway (l&rsquo;article est ici), il m&rsquo;est venu l&rsqu...]]></description>
      <pubDate>Sat, 11 Jan 2025 09:00:00 +0000</pubDate>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Alors que je relisais l&rsquo;excellent entretien qu&rsquo;a eu notre ami David-Emmanuel avec le chef d&rsquo;orchestre, arrangeur et orchestrateur Gavin Greenaway (l&rsquo;article est ici), il m&rsquo;est venu l&rsquo;id&eacute;e de partager avec vous celui que j&rsquo;avais eu courant 2015 avec Tim Simonec, orchestrateur bien connu, et qui avait eu l&rsquo;immense gentillesse de m&rsquo;accorder de son temps (pr&eacute;cieux) pour r&eacute;pondre &agrave; quelques questions.&nbsp;<br>Voici donc le court entretien d&eacute;di&eacute; &agrave; cette personnalit&eacute; incontournable de la musique et du cin&eacute;ma (si <em>Rogue On</em>e brille autant c&rsquo;est sans doute en partie gr&acirc;ce &agrave; lui), personnalit&eacute; d&rsquo;une gentillesse inou&iuml;e, et disponible (ce qui se fait &eacute;trangement rare ces derniers temps&hellip; malheureusement).</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Il d&eacute;bute comme orchestrateur pour Graeme Revell en 1991, puis d&egrave;s 1996 travaillera avec Chris Tyng sur la s&eacute;rie TV <em>Futurama</em>, <em>Kazaam</em> et <em>l'Associ&eacute;</em>. Depuis 1997, Tim a entam&eacute; un longue collaboration avec Michael Giacchino en tant qu'orchestrateur et arrangeur mais aussi Chef d'orchestre. Au fil des ans leurs projets ont d&eacute;bord&eacute;s sur des sujets aussi vastes que les excellents scores pour les jeux vid&eacute;os <em>Call Of Duty</em> ou <em>Medal Of Honor</em>, des s&eacute;ries TV comme <em>Lost</em> et de nombreux films, notamment pour Pixar tels <em>The Incredible</em>, <em>Up</em> ou bien encore <em>Ratatouille</em>, sans oublier <em>Mission Impossible Protocole Fant&ocirc;me</em>, <em>Star Trek</em>, <em>John Carter De Mars,</em> <em>Rogue One</em>, <em>War for the Planet of the Ape</em>, <em>Zootopia</em>, <em>Dr. Strange</em>&hellip;<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Tim a grandi &agrave; Chicago et a commenc&eacute; &agrave; jouer de l'orgue et du piano vers 8 ans devenant &agrave; l'&acirc;ge de 12 ans l'organiste de son &eacute;glise. Durant ses ann&eacute;e de coll&egrave;ge il s'est frott&eacute; &agrave; l'orchestration en amateur, commen&ccedil;ant d&egrave;s lors &agrave; envisager la musique comme sa future voie.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Peu apr&egrave;s son arriv&eacute;e &agrave; Los Angeles en 1979, Tim Simonec est embauch&eacute; pour composer sur des s&eacute;ries, travail qu'il m&egrave;nera jusqu'en 1984, mais le destin va le rattraper alors qu'on va lui diagnostiquer une tumeur &agrave; la moelle &eacute;pini&egrave;re. L'op&eacute;ration qui en d&eacute;coulera va le rendre t&eacute;trapl&eacute;gique et ce n'est qu'au prix d'efforts immenses et de volont&eacute;, &eacute;paul&eacute; par son &eacute;pouse, qu'il recommencera &agrave; marcher et m&ecirc;me &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer partiellement l'usage de ses mains, l'autorisant &agrave; diriger &agrave; nouveau&hellip;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Un grand monsieur vous dis-je !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><br><strong>Un orchestrateur apporte t-il une vision diff&eacute;rente ou compl&eacute;mentaire au travail du compositeur ?</strong></span><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : C'est le travail de l'orchestrateur de rendre la musique aussi bonne et interpr&eacute;table que possible. Son r&ocirc;le est d&eacute;finitivement compl&eacute;mentaire, les ajouts et les touches subtiles ayant pour but d'am&eacute;liorer la musique sans pour autant s&rsquo;&eacute;loigner des intentions originales du compositeur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment planifiez vous vos interventions avec le compositeur ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : Michael Giacchino m'envoie un fichier au format MP3 du morceau que je dois orchestrer. Il me transmet &eacute;galement une &eacute;bauche des grandes familles d'instrument : les percussions, les cuivres et les cordes. Les &eacute;ch&eacute;ances sont si courtes sur la plupart des films que nous n'avons pas l'occasion de nous voir face a face. Tout le travail se fait par ordinateur interpos&eacute;s via dropbox. Je re&ccedil;ois les esquisses et les fichiers Mp3 via dropbox et, une fois le travail termin&eacute;, je transmets les orchestrations finales au copiste par le m&ecirc;me syst&egrave;me.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment sont planifi&eacute;es les sessions d'enregistrement, avez-vous une certaine libert&eacute; ou &ecirc;tes-vous contraint par le budget ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : En fonction du film, le budget d&eacute;termine la taille de votre orchestre. Quand il s'agit d&rsquo;un film Pixar, ou r&eacute;alis&eacute; par J.J. Abrams, ou bien pour Brad Bird, Michael Giacchino a pratiquement toute latitude pour obtenir l'orchestre qu'il souhaite. Avec d'autres compositeurs pour qui j'orchestre, ce n'est pas toujours le cas. Les cessions d&rsquo;enregistrement sont plac&eacute;es aussi pr&ecirc;t que possible de la date du mixage final. Les cessions d'enregistrement d'un orchestre plus important peuvent &ecirc;tre planifi&eacute;es 1 mois ou 2 avant la date du mixage final.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Fait-on beaucoup de changements le jour de l'enregistrement ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : Il peut y en avoir plus d'un lorsque le metteur en sc&egrave;ne d&eacute;couvre la musique pour la premi&egrave;re fois. Ce sont en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale des changements subtils de couleur ou de texture et le plus souvent de nuances.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Quand je travaille avec Michael Giacchino, il a une id&eacute;e tr&egrave;s pr&eacute;cise du tempo et des structures &eacute;l&eacute;mentaires de l'orchestration. J'ai la libert&eacute;, gr&acirc;ce a la confiance qu'il m'accorde en rapport avec notre longue collaboration, d'ajouter de subtils changements de couleurs, de tonalit&eacute;. Il lui arrive de me demander d'ajouter du mouvement dans les cordes pour &eacute;viter qu'ils soient trop statiques. Plus d'une fois il me demandera de doubler les passages de cordes ou de cuivres avec les vents. Parfois encore il me confie la distribution des accords de la section grave des cuivres.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pensez-vous que les orchestrateurs ont de nos jours la reconnaissance qu'ils m&eacute;ritent ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : On pourrait en faire tout un livre ! Un orchestrateur a toujours &eacute;t&eacute; et restera toujours dans l'ombre. Comme je l'ai dit pr&eacute;c&eacute;demment, le r&ocirc;le de l'orchestrateur est de donner une bonne image du compositeur. Dans le meilleur des cas il s'agit d'un compositeur qui travaille pour un autre compositeur. Tout orchestrateur peut composer et pourtant tous les compositeurs n'orchestrent pas. Les meilleurs d'entre nous, comme John Williams, James Horner, Michael Giacchino ou Alexandre Desplat ont tous d'extraordinaires capacit&eacute;s d'orchestrateurs. Ils font appel aux orchestrateurs car ils y sont contraints par les d&eacute;lais uniquement. Cela ne veut pas dire que ces derniers ne sont pas capables d'ajouter de tr&egrave;s belles et subtiles touches sur une musique d&eacute;j&agrave; formidablement bien compos&eacute;e. C'est la joie du m&eacute;tier d'orchestrateur. Se rajoute &agrave; cela l'immense plaisir de travailler avec quelques-uns des meilleurs musiciens du monde semaine apr&egrave;s semaine, c'est un immense privil&egrave;ge qu'il ne faut jamais prendre pour argent comptant. Je ne le fais pas.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pouvez-vous nous citer en guise de conclusion quelques-uns de vos meilleurs souvenirs ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Tim Simonec : &hellip;mes plus beaux souvenirs d'orchestration ?&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Je vais vous en citer certains&hellip;</span><br><span style="font-size: 14pt;">La sc&egrave;ne finale de <em>Super 8</em>.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">La premi&egrave;re fois o&ugrave; l'on aper&ccedil;oit le vaisseau Enterprise dans le premier <em>Star Trek</em>.</span><br><span style="font-size: 14pt;">La sc&egrave;ne dans <em>Ratatouille</em> ou l'on voit le rat cuisiner le plat du critique culinaire. Ce fut particuli&egrave;rement r&eacute;jouissant car Michael m'avait demand&eacute; d'ajouter quelques touches &agrave; la Gershwin &agrave; une composition d&eacute;j&agrave; brillante.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Les arrangements du g&eacute;n&eacute;rique de fin de <em>Ratatouille</em>. Michael m'a confi&eacute; tous les th&egrave;mes principaux et m'a demand&eacute; d'arranger chacun d'eux fa&ccedil;on jazz. C'est toujours un de mes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">J'ai v&eacute;cu une exp&eacute;rience tout aussi formidable avec le film <em>UP</em> ! Pour le g&eacute;n&eacute;rique de fin, on m'a demand&eacute; des arrangements plus &nbsp;particuliers sur les formidables th&egrave;mes musicaux du film.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, janvier 2025</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p>Vous pouvez retrouver cette interview dans l&rsquo;ouvrage &lsquo;<em>SYMPHONIES FANTASTIQUES, MUSIQUES DE FILMS FANTASTIQUES ET DE SCIENCE-FICTION</em>&rsquo;, paru en 2016 chez Camion Blanc.<br><a href="http://www.camionblanc.com/detail-livre-symphonies-fantastiques-musiques-de-films-fantastiques-et-de-science-fiction-721.php">http://www.camionblanc.com/detail-livre-symphonies-fantastiques-musiques-de-films-fantastiques-et-de-science-fiction-721.php</a></p>
<p>Cr&eacute;dit photo : collection personnelle de Tim Simonec</p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>INTERVIEW AVEC GAVIN GREENAWAY, UN CHEF D’ORCHESTRE D’EXCEPTION AU SERVICE DU CINEMA</title>
      <description><![CDATA[Il est le d&eacute;nominateur commun entre John Powell, Hans Zimmer et James Newton Howard ; celui qui apporte nuances et subtilit&eacute;s &agrave; des partitions aussi m&eacute;morables qu&rsquo;Interstellar, Gladia...]]></description>
      <pubDate>Fri, 10 Jan 2025 07:00:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/interview-avec-gavin-greenaway-un-chef-d-orchestre-d-exception-au-service-du-cinema-850</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Il est le d&eacute;nominateur commun entre John Powell, Hans Zimmer et James Newton Howard ; celui qui apporte nuances et subtilit&eacute;s &agrave; des partitions aussi m&eacute;morables qu&rsquo;Interstellar, Gladiator, Hunger Games, Sherlock Holmes, les Trilogies Dragons ou The Dark Knight ; celui qui endosse la responsabilit&eacute; d&rsquo;un orchestre tout entier et m&egrave;ne les recording sessions avec panache : Gavin Greenaway fait &agrave; la fois partie de ces l&eacute;gendes et de ces artisans de l&rsquo;ombre, aussi indispensables que talentueux, qui aident &agrave; sculpter l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un compositeur. Lui aussi s&rsquo;adonne d&rsquo;ailleurs &agrave; quelques compositions solos, &agrave; l&rsquo;image de son album Woven, sublime opus pianistique aux inspirations &eacute;tincelantes, qu&rsquo;il viendra pr&eacute;senter en concert &agrave; Toulon le 1er F&eacute;vrier, lors d&rsquo;une soir&eacute;e immersive unique con&ccedil;ue pour c&eacute;l&eacute;brer les multiples facettes de sa riche carri&egrave;re. Une occasion id&eacute;ale pour &eacute;changer quelques mots avec cet invit&eacute; de marque, en attendant sa venue, et vous rappeler que le r&ocirc;le d&rsquo;un chef d&rsquo;orchestre ne consiste pas &agrave; brasser de l&rsquo;air avec sa baguette !&nbsp;</h2>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel Qu'est-ce qui vous a mis sur la route d'Hollywood ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : Mon p&egrave;re, Roger Greenaway, &eacute;tait un auteur-compositeur &agrave; succ&egrave;s tr&egrave;s actif durant mes jeunes ann&eacute;es. A mon adolescence, j'&eacute;tudiais non seulement le piano mais j'ai aussi appris &agrave; concevoir et &agrave; enregistrer les d&eacute;mos de ses chansons. Plus tard, alors que j'&eacute;tudiais encore au conservatoire de musique &ndash; le Trinity College of Music - on lui a demand&eacute; d'&eacute;crire la musique de certains dessins anim&eacute;s pour la BBC - notre radiodiffuseur d'&Eacute;tat. Il savait que ses talents ne s'&eacute;tendaient pas &agrave; &ccedil;a, mais je suis tomb&eacute; dedans facilement. J'ai rapidement acquis une compr&eacute;hension de l'&eacute;criture et de l'enregistrement de musique &agrave; l'image. En parall&egrave;le, j'ai fait la rencontre de mon ami John Powell au Trinity College. Nous travaillions souvent ensemble ; &eacute;crivant et interpr&eacute;tant des pi&egrave;ces d'avant-garde pour l'&eacute;lectronique, et sommes rest&eacute;s tr&egrave;s proches apr&egrave;s la fin de notre cursus. Apr&egrave;s avoir tous deux travaill&eacute; &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision et dans la publicit&eacute; pendant un certain temps, nous avons d&eacute;cid&eacute; d'essayer de percer &agrave; Hollywood. Nous connaissions tous les deux Hans Zimmer car, &agrave; cette &eacute;poque, nous partagions le m&ecirc;me agent. C&rsquo;est lui qui a jou&eacute; un r&ocirc;le d&eacute;terminant dans le lancement de nos carri&egrave;res aux &Eacute;tats-Unis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Lors de vos d&eacute;buts &agrave; Hollywood, vous avez sign&eacute; quelques musiques additionnelles pour Harry Gregson-Williams &amp; John Powell (Chicken Run, Fourmiz, Face Off) et Hans Zimmer (Spirit : L&rsquo;Etalon des Plaines, La Route d&rsquo;Eldorado). Si votre carri&egrave;re s&rsquo;est exclusivement consacr&eacute;e &agrave; la direction d&rsquo;orchestre, &agrave; l&rsquo;exception de quelques albums solos (Il Falco Bianco, Woven), il para&icirc;t &eacute;tonnant que vous n&rsquo;ayez jamais aspir&eacute; &agrave; vous lancer dans la composition pour le cin&eacute;ma&hellip;&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : Pendant tr&egrave;s longtemps, j&rsquo;ai pens&eacute; que je deviendrai un compositeur &agrave; temps plein pour le cin&eacute;ma et la t&eacute;l&eacute;vision. Pourtant, quand l&rsquo;opportunit&eacute; s&rsquo;est pr&eacute;sent&eacute;e, je n&rsquo;ai pas vraiment appr&eacute;ci&eacute; l&rsquo;exercice autant que je le pensais ou, du moins, pas autant que j&rsquo;en aurais eu besoin pour soutenir une longue carri&egrave;re. Devenir chef d&rsquo;orchestre a tr&egrave;s bien fonctionn&eacute; pour moi. Mais &agrave; pr&eacute;sent, bien que je sois &eacute;tabli dans cette discipline, je veux davantage orienter mes activit&eacute;s musicales vers ma propre musique. Il n'y a rien de plus gratifiant que de terminer un morceau de musique, qui n'a pas &eacute;t&eacute; command&eacute; par quelqu'un d'autre, o&ugrave; vous avez lutt&eacute; pour articuler les pens&eacute;es musicales dans votre t&ecirc;te, et finalement, d'avoir cr&eacute;&eacute; quelque chose que vous pouvez partager avec le monde.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">J'ai lu quelque part qu'un chef d'orchestre doit "avoir la partition dans sa t&ecirc;te et non sa t&ecirc;te dans la partition". Est-ce que cela r&eacute;sume bien votre profession ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : D&rsquo;abord, vous devez savoir que je suis devenu chef d'orchestre par accident. La premi&egrave;re fois que je me suis retrouv&eacute; devant un orchestre professionnel, je n'avais pas la moindre id&eacute;e de ce que je faisais ! Je n&rsquo;avais re&ccedil;u aucune formation. Donc, je suis s&ucirc;r qu'&agrave; ce moment-l&agrave;, ma t&ecirc;te &eacute;tait beaucoup plus dans la partition. Au fur et &agrave; mesure que je devenais plus comp&eacute;tent, j'ai appris &agrave; &eacute;couter, &agrave; faire confiance &agrave; mes oreilles, &agrave; analyser la partition, davantage pour la forme et la structure que pour les notes en elles-m&ecirc;mes. Lorsque vous dirigez un orchestre en studio, vous pratiquez souvent la lecture &agrave; vue. Votre capacit&eacute; &agrave; rep&eacute;rer les fausses notes est essentielle, mais en m&ecirc;me temps, vous donnez la premi&egrave;re repr&eacute;sentation d&rsquo;une musique&hellip; Un chef d&rsquo;orchestre doit donc comprendre ce que le compositeur essaie d'accomplir au niveau musical. Il doit &ecirc;tre capable de zoomer sur les d&eacute;tails et d&eacute;zoomer sur l'ensemble de la partition, et maintenir cette facult&eacute; dans l'espace o&ugrave; les musiciens cr&eacute;ent le son. Lorsque je dirige des concerts, je m'assure d'avoir bien appris la partition, afin de pouvoir regarder les musiciens et me connecter &agrave; eux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Dans l&rsquo;interview qu&rsquo;il m&rsquo;a accord&eacute;e, l&rsquo;orchestrateur Pete Anthony comparait le compositeur &laquo; au ma&icirc;tre architecte d&rsquo;un b&acirc;timent &raquo; et les chefs d&rsquo;orchestre/orchestrateurs &agrave; ses assistants qui &laquo; ajoutent chaque d&eacute;tail &agrave; sa construction &raquo;. Au cours de votre carri&egrave;re, vous avez c&ocirc;toy&eacute; des compositeurs aussi l&eacute;gendaires que John Powell, Hans Zimmer et James Newton Howard, avec lesquels vous avez nou&eacute; une collaboration privil&eacute;gi&eacute;e. Comment d&eacute;cririez-vous leurs empreintes musicales ? Et comment avez-vous contribu&eacute; &agrave; fa&ccedil;onner leur &laquo; signature &raquo; ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : Chacun des trois compositeurs que vous citez poss&egrave;de sa propre empreinte sonore unique. Je travaille avec John depuis que nous avons 20 ans. Nous nous sommes grandement influenc&eacute;s l&rsquo;un comme l&rsquo;autre et avons beaucoup appris ensemble sur l&rsquo;&eacute;criture orchestrale au cours de nos premi&egrave;res ann&eacute;es &agrave; Hollywood. Pourtant, John r&eacute;ussit toujours &agrave; me surprendre avec un son auquel je n&rsquo;aurais jamais pens&eacute; &ndash; comme par exemple le morceau d&rsquo;ouverture de Jason Bourne : La M&eacute;moire dans la Peau, o&ugrave; un basson plaintif joue par-dessus une temp&ecirc;te en pleine mer. John est toujours &agrave; la recherche du son classique d&rsquo;un orchestre. Mon travail en tant que chef d&rsquo;orchestre consiste donc &agrave; trouver comment y parvenir. A vrai dire, c&rsquo;est valable pour tous les compositeurs avec lesquels je travaille. Trouver le bon timbre de l&rsquo;orchestre est important mais ce qui l&rsquo;est d&rsquo;autant plus pour moi, c&rsquo;est de trouver la ligne, la forme des phrases musicales. Quand on enregistre une partition, les musiciens se contentent souvent de phrases courtes, probablement parce que tout le monde lit &agrave; vue. Je r&eacute;p&egrave;te souvent : &laquo; ne pensez pas &agrave; des phrases d'une mesure, ou de deux, ou de quatre&hellip; car cette ligne peut faire 8 mesures &raquo;. C'est une diff&eacute;rence subtile mais, une fois que vous avez les notes et l'orchestration du compositeur, les changements que vous pouvez faire sont relativement subtils aussi.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Hans fait preuve d&rsquo;une grande confiance et, bien qu'il arrive au studio avec des morceaux qui semblent presque complets, il reste tr&egrave;s ouvert &agrave; mes suggestions. Nous passons beaucoup de temps &agrave; trouver le timbre juste, en particulier pour les cordes. Comme son style hybride m&eacute;lange des synth&eacute;tiseurs avec des instruments r&eacute;els, l'ajout d'&eacute;l&eacute;ments acoustiques doit &ecirc;tre trait&eacute; avec soin.</span><br><span style="font-size: 14pt;">De temps en temps, je sugg&egrave;re &agrave; Hans et John un voicing diff&eacute;rent, [c'est-&agrave; dire disposer des notes diff&eacute;remment] pour qu&rsquo;un accord r&eacute;sonne mieux. Mais je ne le ferais jamais avec James car il vient d'une autre &eacute;cole. Ses partitions ont tendance &agrave; &ecirc;tre plus transparentes dans la texture, et il &eacute;crit tr&egrave;s vite, tout en sachant exactement ce qu'il veut. Je dirais donc qu'avec James, l'autre aspect technique de mon m&eacute;tier passe au premier plan : j'essaie toujours de cr&eacute;er une atmosph&egrave;re, un espace, dans le studio o&ugrave; chacun est &agrave; l'aise et peut faire de son mieux. Je surveille les musiciens, j&rsquo;&eacute;loigne les projecteurs d'eux si quelqu'un fait une erreur, je garde le ton des sessions l&eacute;ger mais professionnel. Cela semble &eacute;vident, mais j'ai vu des chefs d'orchestre cr&eacute;er une atmosph&egrave;re de peur et d'incertitude en studio&hellip; Bien entendu, &ccedil;a n&rsquo;aboutit pas aux meilleurs r&eacute;sultats.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Le compositeur est charg&eacute; de g&eacute;n&eacute;rer, de soutenir et/ou d&rsquo;amplifier les &eacute;motions d&rsquo;un film pour r&eacute;pondre &agrave; des besoins sp&eacute;cifiques, g&eacute;n&eacute;ralement formul&eacute;s par le r&eacute;alisateur et/ou les producteurs. Votre r&ocirc;le consiste-il avant tout &agrave; cr&eacute;er une coh&eacute;sion entre les musiciens pour apporter plus d&rsquo;&eacute;motions &agrave; leurs performances et ainsi conf&eacute;rer une &acirc;me et de la profondeur &agrave; la musique ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : Je regarde toujours les images du film pendant que nous jouons pour m&rsquo;assurer que l&rsquo;&eacute;motion et le son s&rsquo;harmonisent. La musique peut &ecirc;tre parfaite &agrave; l&rsquo;&eacute;tat pur mais si, par exemple, nous la jouons trop fort sur une sc&egrave;ne d&rsquo;int&eacute;rieur, cela d&eacute;s&eacute;quilibre l&rsquo;&eacute;motion. Bien s&ucirc;r, l&rsquo;ing&eacute;nieur du son pourrait baisser le volume mais cela n&rsquo;aurait pas le m&ecirc;me effet. Le r&ocirc;le du chef d&rsquo;orchestre consiste &agrave; relier les musiciens entre eux, en toutes circonstances. Cela implique une gestuelle pr&eacute;cise, une compr&eacute;hension musicale, sans oublier une utilisation&hellip; de mots ! Parfois, les mots sont le moyen le plus rapide pour expliquer des id&eacute;es musicales. La profondeur et l&rsquo;&acirc;me viennent des musiciens qui s&rsquo;investissent dans l&rsquo;&oelig;uvre. C&rsquo;est le r&eacute;sultat d&rsquo;un choix de notes judicieux, de l&rsquo;orchestration, d&rsquo;une bonne ambiance de travail et d&rsquo;un respect mutuel entre toute l&rsquo;&eacute;quipe. En studio, tout le monde parle souvent de &laquo; la salle de contr&ocirc;le &raquo;, de &laquo;la salle de performance &raquo; et de &laquo; l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de la vitre &raquo;. Mon travail consiste, en partie, &agrave; combler ce foss&eacute; et &agrave; connecter non seulement les musiciens entre eux, mais aussi avec le compositeur situ&eacute; &laquo; de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de la vitre &raquo;. Le chef d&rsquo;orchestre agit donc comme un &laquo; conduit &raquo; [entre tous ces diff&eacute;rents acteurs musicaux] !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre processus change-t-il en fonction du compositeur ou de la nature du film ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : La seule diff&eacute;rence d&rsquo;une session &agrave; l&rsquo;autre est que j&rsquo;ajuste mon degr&eacute; de contribution en fonction du contexte et de la situation. Si je travaille avec un compositeur inexp&eacute;riment&eacute;, je suis beaucoup plus impliqu&eacute; ; je dirige activement la session. Avec un compositeur plus exp&eacute;riment&eacute;, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;en faire moins. Mais je surveille toujours la temp&eacute;rature et je fais en sorte de maintenir le cap dans la bonne direction.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Des projets tr&egrave;s ambitieux, comme Gladiator ou Dragons, mobilisent facilement plus d&rsquo;une centaine de musiciens tandis que d&rsquo;autres arborent un cadre vraisemblablement plus &laquo; intimiste &raquo;, comme Brimstone ou La Mission (News of the World). Le poids de vos responsabilit&eacute;s augmente-t-il avec le nombre de musiciens ou l&rsquo;ampleur du projet ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : S&rsquo;il y a bien une chose qui avait l&rsquo;habitude de m&rsquo;effrayer au plus haut point, c&rsquo;&eacute;tait la responsabilit&eacute; d&rsquo;enregistrer une partition dans le d&eacute;lai imparti. Le co&ucirc;t d&rsquo;un enregistrement est si &eacute;norme qu&rsquo;une simple prolongation co&ucirc;terait des milliers de dollars aux producteurs. Quelques ann&eacute;es plus tard, j&rsquo;ai fini par r&eacute;aliser que je suis l&rsquo;une des personnes les plus efficaces du studio et que, tant que mon travail est r&eacute;alis&eacute; &agrave; mon niveau habituel &ndash; je me donne toujours &agrave; 100 % ! - les &eacute;ventuels manquements ne sont pas de mon ressort. C&rsquo;&eacute;tait tr&egrave;s lib&eacute;rateur ! Depuis lors, j&rsquo;ai pu consacrer la majeure partie de mon attention &agrave; faire de la bonne musique sans me soucier des budgets. C&rsquo;est le travail de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre rayon d&rsquo;action ne se limite pas seulement &agrave; l&rsquo;orchestre : vous avez aussi dirig&eacute; les ch&oelig;urs de Blood Diamond, Dragons, Hunger Games, Transformers : La Face Cach&eacute;e de la Lune, Pirates des Caraibes : La Fontaine de Jouvence ou encore Batman v Superman : L'Aube de la Justice. Est-ce que cet exercice n&eacute;cessite des comp&eacute;tences particuli&egrave;res ? G&egrave;re-t-on un instrumentiste de la m&ecirc;me mani&egrave;re qu&rsquo;un choriste ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : En anglais, nous avons une expression qui dit &laquo; comme un troupeau de chats &raquo; &hellip; Dans une certaine mesure, vous devez cajoler, encourager, aider les chanteurs d'une mani&egrave;re diff&eacute;rente d'un orchestre. C&rsquo;est une t&acirc;che difficile. Chanter est peut-&ecirc;tre la chose la plus vuln&eacute;rable que vous puissiez faire dans un studio. Il est donc extr&ecirc;mement important de s&eacute;curiser l'endroit, de prot&eacute;ger cet espace musical o&ugrave; les erreurs sont accept&eacute;es. Personne ne doit &ecirc;tre mis sur la sellette. Les ch&oelig;urs sont assez dou&eacute;s pour r&eacute;v&eacute;ler les pi&egrave;tres chefs d&rsquo;orchestre. Si vous ne donnez pas une indication claire, le son du ch&oelig;ur vous la renvoie imm&eacute;diatement.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Au regard de votre filmographie impressionnante, on imagine que certaines sessions d&rsquo;enregistrement ont &eacute;t&eacute; synonymes de temps forts et d&rsquo;autres, sources de challenges intenses&hellip;&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : J'ai ador&eacute; diriger La Ligne Rouge pour Hans. Le r&eacute;alisateur, Terrence Malick, l'a mis au d&eacute;fi de se surpasser... et il l'a fait ! Nous avons enregistr&eacute; des heures et des heures de musique pour le film. A l&rsquo;&eacute;poque, j'ai dit &agrave; Hans qu&rsquo;il avait cr&eacute;&eacute; un univers sonore embl&eacute;matique qui serait impossible &agrave; copier. Sa clart&eacute; et sa concentration ont si bien d&eacute;fini l&rsquo;essence de son travail qu&rsquo;il n'y avait rien &agrave; changer. A l&rsquo;inverse, je dirai que le score d&rsquo;Interstellar fut probablement le plus difficile &agrave; enregistrer. Nous avons enregistr&eacute; les cordes dans une immense &eacute;glise &agrave; Londres, la Temple Church, avec des musiciens dispers&eacute;s un peu partout &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur. J'ai certainement rempli mon objectif de pas quotidiens au cours de ces sessions ! Il y avait beaucoup de d&eacute;fis audios car nous n&rsquo;&eacute;tions pas dans un environnement &laquo; contr&ocirc;l&eacute; &raquo;. Un apr&egrave;s-midi, nous avons d&ucirc; nous arr&ecirc;ter compl&egrave;tement &agrave; cause d&rsquo;un orage. Une autre fois, parce que des gens discutaient juste devant les portes de l&rsquo;&eacute;glise. Sans oublier la fois o&ugrave; un h&eacute;licopt&egrave;re survolait la zone&hellip; C&rsquo;est difficile de garder un &eacute;lan quand on doit constamment s&rsquo;arr&ecirc;ter pour des raisons qui ne sont pas d&rsquo;ordre musical.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous avez men&eacute; la tourn&eacute;e The World of Hans Zimmer &agrave; travers l&rsquo;Europe, particip&eacute; au cin&eacute;-concert Interstellar Live (2015) et m&ecirc;me arbitr&eacute; la grande bataille symphonique &laquo; opposant &raquo; David Arnold &agrave; Michael Giacchino (Settling the Score, 2019) au Royal Albert Hall de Londres. Quelle &eacute;motion l&rsquo;exp&eacute;rience d&rsquo;un concert live g&eacute;n&egrave;re-t-elle en vous ? Et en quoi diff&egrave;re t&rsquo;elle d&rsquo;une direction en studio ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : J&rsquo;aime les deux. Mais le live est le meilleur. Il n&rsquo;y a pas de deuxi&egrave;me prise, c&rsquo;est votre seule chance de livrer une exp&eacute;rience musicale. Ma perception de la forme musicale s&rsquo;en trouve renforc&eacute;e : je peux essayer des choses diff&eacute;rentes au fur et &agrave; mesure de la performance, en fonction de ce qui vient de se passer. Diriger en live est une exp&eacute;rience assez &eacute;trange : &nbsp;ma concentration est si amplifi&eacute;e que le temps semble presque se figer. Si quelque chose ne va pas - un soliste qui a un temps d&rsquo;avance par exemple - mon cerveau s&rsquo;emballe et r&egrave;gle le probl&egrave;me en une seconde. C&rsquo;est une &eacute;norme pouss&eacute;e d&rsquo;adr&eacute;naline !</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Le co-cr&eacute;ateur du site HansZimmer.com, Nicolas Cabarrou, et son associ&eacute;, Pierre Futsch, qui vous ont notamment suivi sur la tourn&eacute;e The World of Hans Zimmer, vous ont mis &agrave; l&rsquo;honneur d&rsquo;une soir&eacute;e exceptionnelle au Palais Neptune de Toulon, le 1er F&eacute;vrier prochain, o&ugrave; vous serez accompagn&eacute;s par la violoncelliste Caroline Dale et de l&rsquo;Azur Symphonic Orchestra. &Agrave; quoi le public doit-il s'attendre ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Gavin Greenaway : J&rsquo;ai h&acirc;te de partager avec vous une partie de ma musique de mon album Woven et quelques nouvelles pi&egrave;ces que je viens de composer pour violoncelle et piano. Caroline Dale est une violoncelliste que je connais et avec qui je travaille depuis 25 ans en studio. Mais il s&rsquo;agit l&agrave; de mon tout premier projet avec elle, pour ma propre musique. C'est une musicienne extraordinaire : je n'ai jamais entendu personne r&eacute;aliser de tels phras&eacute;s aussi parfaits. Dans la deuxi&egrave;me partie de notre concert, toute aussi excitante, nous serons rejoints par un orchestre de 35 musiciens et jouerons certains de nos th&egrave;mes de films pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s &ndash; comme par exemple Gladiator, Mission, Inception et Dragons. Je pense que ce sera une soir&eacute;e exaltante et &eacute;mouvante !</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="font-size: 14pt;">R&eacute;servez vite vos places pour le concert exceptionnel de Gavin Greenaway, le premier d&rsquo;une longue lign&eacute;e &agrave; Toulon (=&gt; &nbsp;https://mvprod.live/</span></em><br><em><span style="font-size: 14pt;">Un grand merci &agrave; l'&eacute;quipe de NoShark d'avoir rendu cette interview possible !</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel &ndash; Le BOvore</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 12pt;">Photo ; &copy; Pierre Futsch, Médiaviral Prod// NoShark</span><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>INTERVIEW DU FILM COUP DE POING 'ÇA ARRIVE' : SABRINA NOUCHI A RÉPONDU À NOS QUESTIONS</title>
      <description><![CDATA[Peu de jours avant la sortie de l&rsquo;attendu '&Ccedil;A ARRIVE&rsquo;, SABRINA NOUCHI &nbsp;s&rsquo;est pr&ecirc;t&eacute;e au jeu des questions-r&eacute;ponses. Nous avions longuement parl&eacute; de ce film quali...]]></description>
      <pubDate>Mon, 25 Nov 2024 20:00:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/interview-du-film-coup-de-poing-ca-arrive-sabrina-nouchi-a-repondu-a-nos-questions-826</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Peu de jours avant la sortie de l&rsquo;attendu '&Ccedil;A ARRIVE&rsquo;, SABRINA NOUCHI &nbsp;s&rsquo;est pr&ecirc;t&eacute;e au jeu des questions-r&eacute;ponses. Nous avions longuement parl&eacute; de ce film qualifi&eacute; de &lsquo;coup de poing&rsquo; (au risque d&rsquo;&ecirc;tre banal), aussi &ccedil;a nous paraissait impossible de ne pas essayer d'avoir la possibilit&eacute; d&rsquo;&eacute;changer avec elle !&nbsp;</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;occasion nous a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e de pouvoir l&rsquo;interviewer &agrave; distance, avec les outils du monde moderne&hellip; Ah les merveilles de technologie qui captent mal et vous ins&egrave;rent du bruit de fond - un plaisir ! Ce qui fut par contre un plaisir, c&rsquo;est cet entretien qui nous a permis de cerner les ambitions de Sabrina Nouchi, sa volont&eacute; de faire bouger les choses et r&eacute;ussir &agrave; interpeller le plus grand nombre. Le sujet - comme l&rsquo;article vous le montrait, est nous seulement un sujet qui ne sera jamais (et malheureusement) que de l&rsquo;actualit&eacute; brulante, les chiffres seuls ne suffisent plus, c&rsquo;est un mal de nos soci&eacute;t&eacute;s modernes.&nbsp;<br>L&rsquo;interview ayant &eacute;t&eacute; retranscrite, notre souhait a &eacute;t&eacute; de ne pas d&eacute;former les propos de la r&eacute;alisatrice. Nous vous souhaitons une bonne lecture !<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Bonjour Sabrina, c&rsquo;est un plaisir de pouvoir discuter avec vous de &Ccedil;A ARRIVE, qui sort sur nos &eacute;crans en cette fin novembre. C&rsquo;est un film compliqu&eacute;, souvent dur ; mais infiniment n&eacute;cessaire comme nous avons pu le dire dans l&rsquo;article paru en ce d&eacute;but de mois (<a href="/news/ca-arrive-de-sabrina-nouchi-debarque-en-novembre-sur-nos-ecrans-attention-cest-un-film-coup-de-poing-808">l&rsquo;article est ici</a>).&nbsp;</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Sabrina, tout d&rsquo;abord voulez-vous parler avec nous de l&rsquo;id&eacute;e, d&rsquo;o&ugrave; vient ce film, et du tournage !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : L&rsquo;id&eacute;e de ce film est venue lors d&rsquo;une s&eacute;ance de travail &agrave; La Fabrique de l&rsquo;Acteur en 2017, en imaginant un d&eacute;p&ocirc;t de plainte pour viol. Est-ce que la personne serait entendue, sa plainte serait re&ccedil;ue, aurait-elle le m&ecirc;me traitement que les autres ? De l&agrave; est partie l&rsquo;envie de raconter, pas qu&rsquo;une histoire, mais plusieurs histoires et plusieurs t&eacute;moignages. Hommes et femmes confondus&hellip; Voil&agrave; ! Et le tournage s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; assez rapidement, entre six et sept jours. Mais d&rsquo;une fa&ccedil;on tr&egrave;s fluide.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&hellip; et pour un budget qu&rsquo;on ose &agrave; peine citer, tant il para&icirc;t infime en regard d&rsquo;autres productions !</span></strong><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Avec &Ccedil;A ARRIVE, on &agrave; l&rsquo;impression de se retrouver avec un film ind&eacute;pendant, et qui loin d&rsquo;un documentaire raconte une histoire (des histoires). On s&rsquo;attendait d&rsquo;ailleurs un peu au tout d&eacute;but &agrave; un film avec des reconstitutions, mais proche d&rsquo;un documentaire ; et au contraire on &eacute;prouve de l&rsquo;empathie par rapport aux personnages, on se sent comme happ&eacute; dans le film !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : C&rsquo;est &ccedil;a oui ! On a vraiment voulu &ecirc;tre &lsquo;border&rsquo; avec le documentaire, mais on tenait vraiment - je tenais vraiment - &agrave; ce que &ccedil;a reste dans le cadre d&rsquo;une fiction, puisque &ccedil;a permet plus de choses dans la r&eacute;action du spectateur le fait que ce soit une fiction. Sinon on ne tombe tout de suite que dans l&rsquo;empathie avec le documentaire, et ce que je voulais c&rsquo;est qu&rsquo;en plus de l&rsquo;empathie qui est l&agrave; au d&eacute;but du film, on arrive aussi au moment de la r&eacute;flexion&hellip; et au moment o&ugrave; on s&rsquo;extrait un peu de l&rsquo;&eacute;motionnel et qu&rsquo;on regarde les faits r&eacute;ellement avec un autre c&ocirc;t&eacute; du cerveau, plus cognitif.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Et d&egrave;s le d&eacute;but vous vouliez d&eacute;velopper cette option qui &eacute;tait pour vous &eacute;vidente, en l&rsquo;occurence l&rsquo;unit&eacute; de lieu, d&rsquo;action, de temps plus ou moins, nous sommes sur un nombre d&rsquo;heures et de jours non d&eacute;finis, &ccedil;a reste flou&hellip; et on y &lsquo;tombe&rsquo;, car on est tellement pris, happ&eacute; par l&rsquo;intensit&eacute; qu&rsquo;on ne peut faire autrement.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : J&rsquo;affectionne particuli&egrave;rement les huis clos, ce n&rsquo;est pas mon premier huis clos, mais l&agrave; trouvais &ccedil;a tr&egrave;s int&eacute;ressant qu&rsquo;on ne &rsquo;s&rsquo;extirpe pas&rsquo;, qu&rsquo;on ne sorte pas de ce commissariat ! &hellip; qui est 'enfermant' pour les victimes, les mises en causes, les policiers qui font leur travail ; et le fait que tout se passe &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur recentre vraiment sur le sujet du film qui est le viol. Sans fioritures ext&eacute;rieures, pour faire respirer le spectateur ; parce que dans les croyance communes, dans l&rsquo;inconscient collectif on tend &agrave; reprocher ce parti pris au huis clos, alors que moi je n&rsquo;ai jamais eu ce type de retour. Les financiers pensent qu&rsquo;un huis clos est insupportable, et que le spectateur n&rsquo;y tient pas.<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; le tournage, il y a eu des difficult&eacute;s sp&eacute;cifiques ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : Non, aucune en fait ! &Ccedil;a aurait &eacute;t&eacute; bien pour sa l&eacute;gende (rires), mais en fait &ccedil;a a &eacute;t&eacute; le tournage le plus facile de ma vie. En terme de r&eacute;alisation, de direction, de d&eacute;cors, on avait plus qu&rsquo;&agrave; se poser et &agrave; tourner. Le film a &eacute;t&eacute; tourn&eacute; en studios.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Vos acteurs sont assez &eacute;poustouflants, eu &eacute;gard &agrave; leur jeunesse, peu connus pour la plupart&hellip; qui viennent de cours, de votre &eacute;cole ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : Ils viennent tous de mon &eacute;cole, mais j&rsquo;arrive &agrave; &ecirc;tre assez objective, m&ecirc;me si je suis tr&egrave;s exigeante, et pas complaisante ! Il faut non pas que &ccedil;a joue, mais que &ccedil;a incarne. C&rsquo;est un m&eacute;tier que j&rsquo;enseigne et que j&rsquo;affectionne particuli&egrave;rement ; alors, oui, je suis tr&egrave;s, tr&egrave;s bluff&eacute;e, et en m&ecirc;me temps je le savais puisque je les avais pris pour &ccedil;a&hellip;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Mais quand je vois le rendu au cin&eacute;ma, je suis fi&egrave;re d&rsquo;eux ! Fi&egrave;re de l&rsquo;allure &agrave; laquelle ils l&rsquo;ont fait, d&rsquo;&ecirc;tre bons d&egrave;s la premi&egrave;re prise, de ne pas faire de prise de &lsquo;chauffe&rsquo; ; et la plupart des sc&egrave;nes ont &eacute;t&eacute; tourn&eacute;es en une ou trois prises maximum.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Dieu merci dans votre film il y a des moments plus &lsquo;l&eacute;gers&rsquo; qui sont tr&egrave;s int&eacute;ressants, parce qu&rsquo;ils montrent la complexit&eacute; de l&rsquo;&eacute;coute, de l&rsquo;intervention, comme lors de la sc&egrave;ne avec la femme transgenre qui repr&eacute;sente exactement la probl&eacute;matique du manque d&rsquo;&eacute;change, de l&rsquo;incompr&eacute;hension&hellip; Vous parlez ainsi de la duret&eacute; de la vie et vous poussez le spectateur &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir !</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : En terme de r&eacute;alisation, je ne faisais pas un film pour faire des beaux plans. Le sujet, l&rsquo;histoire se suffit &agrave; elle m&ecirc;me sans &ecirc;tre surlign&eacute;e au marqueur par une r&eacute;alisation qui en fait des tonnes. J&rsquo;ai fait assez simple, on peut adorer les films tr&egrave;s esth&eacute;tiques, mais l&agrave; ce n&rsquo;&eacute;tait pas le but. Et au niveau de l&rsquo;inspiration, en fait on a imagin&eacute; les histoires, mais ce qui est malheureux c&rsquo;est qu&rsquo;en sondant son inconscient on les y trouverait s&ucirc;rement, parce qu&rsquo;on les a entendus quelques part ! Ce qui est fou, c&rsquo;est que j&rsquo;ai lu r&eacute;cemment un article sur des affaires de viols qui sont sorties, et qui sont exactement telles que celles du film. Nous quand nous les avons imagin&eacute;, on savait que c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;histoire de quelqu&rsquo;un sur la plan&egrave;te. Mais on a pas eu besoin de ce t&eacute;moignage-ci pour l&rsquo;&eacute;crire, car malheureusement il y a tellement d&rsquo;histoires autour de nous que finalement c&rsquo;&eacute;tait assez simple d&rsquo;&eacute;crire la dessus, et &ccedil;a c&rsquo;est malheureux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Un mot sur la production fran&ccedil;aise. Vous pensez qu&rsquo;il y a une frilosit&eacute; en France pour produire ce genre de film ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : En fait j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; r&eacute;aliser des films j&rsquo;avais vingt-deux ans, et j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; des sc&eacute;narios comme &ccedil;a qui traitent &nbsp;de la p&eacute;dophilie, de violence sexuelle&hellip; Il y en a d&eacute;j&agrave; dans mes films ! Pas sur l&rsquo;int&eacute;gralit&eacute; des films, mais qui &eacute;voquent ces th&egrave;mes l&agrave;, &agrave; un moment ou &agrave; un autre. Je me souviens d&rsquo;un acteur tr&egrave;s connu qui est aussi producteur, qui m&rsquo;avait dit au d&eacute;tour d&rsquo;une conversation que produire des films sur la p&eacute;dophile, &ccedil;a, c&rsquo;est pas vendeur ! Du coup je ne suis m&ecirc;me pas pass&eacute;e par des boites de production, j&rsquo;ai cr&eacute;&eacute;e la mienne, &ccedil;a ne m&rsquo;int&eacute;ressait pas qu&rsquo;on vienne me dire ce que le public voulait voir ou pas.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Aujourd&rsquo;hui on bataille avec les salles, les diffuseurs sont tr&egrave;s frileux, ont peur des retours, de ce que le public veut voir ! Alors qu&rsquo;on sort de festivals, on y a projet&eacute; le film, on a gagn&eacute; des prix, prix du jury, prix du public. Le public qui sort de la salle boulevers&eacute;, choqu&eacute;, &lsquo;brass&eacute;&rsquo; !&hellip; mais avec les gens qui apr&egrave;s disent qu&rsquo;ils ont pass&eacute; un moment qui les a fait r&eacute;fl&eacute;chir. Et moi j&rsquo;ai l'intime conviction que si ce film est vu il va en choquer plein, en d&eacute;ranger plein. Mais c&rsquo;est exact que les salles freinent, c&rsquo;est un film d&rsquo;une inconnue avec des inconnus ; m&ecirc;me certains films, m&ecirc;me des blockbusters ne font pas des cartons.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Quand va t-on arr&ecirc;ter de croire que l&rsquo;on sait ce que le public veut voir !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Un dernier mort Sabrina ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sabrina : Un dernier mot !? J&rsquo;esp&egrave;re que le film va &ecirc;tre projet&eacute; en salles et qu&rsquo;ils se rendront compte que le public&hellip; les gens veulent voir le film ! et qu&rsquo;ils en attendent quelque chose.</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, novembre 2024</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><em><strong>Le pitch : </strong>Dans un commissariat du 1er arrondissement de Marseille, trois enqu&ecirc;teurs, deux hommes et une femme, font face aux r&eacute;cits des viols qui sont perp&eacute;tr&eacute;s quotidiennement dans la cit&eacute; phoc&eacute;enne. Chaque jour, ils re&ccedil;oivent des victimes de tout &acirc;ge, genre et milieu social.</em><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">lien : <a href="/news/ca-arrive-de-sabrina-nouchi-debarque-en-novembre-sur-nos-ecrans-attention-cest-un-film-coup-de-poing-808">https://www.cinemaradio.net/news/ca-arrive-de-sabrina-nouchi-debarque-en-novembre-sur-nos-ecrans-attention-cest-un-film-coup-de-poing-808</a></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>INTERVIEW DE JEROME REBOTIER, COMPOSITEUR DU 'COMTE DE MONTE CRISTO'</title>
      <description><![CDATA[Appel&eacute; &agrave; devenir le monument de l&rsquo;ann&eacute;e, Le Comte de Monte Cristo (A. De La Patelli&egrave;re &amp; M. Delaporte) vient de r&eacute;veiller des ambitions de cin&eacute;ma jusqu&rsquo;alors i...]]></description>
      <pubDate>Mon, 22 Jul 2024 09:57:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/interview-de-jerome-rebotier-compositeur-du-comte-de-monte-cristo-773</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Appel&eacute; &agrave; devenir le monument de l&rsquo;ann&eacute;e, Le Comte de Monte Cristo (A. De La Patelli&egrave;re &amp; M. Delaporte) vient de r&eacute;veiller des ambitions de cin&eacute;ma jusqu&rsquo;alors inesp&eacute;r&eacute;es dans le paysage fran&ccedil;ais. Cette adaptation ne cherche pas plus &agrave; c&eacute;l&eacute;brer la grandeur du r&eacute;cit d&rsquo;Alexandre Dumas qu&rsquo;&agrave; nous offrir un grand moment de cin&eacute;ma ; celui que l&rsquo;on m&eacute;ritait tant et qui se r&eacute;v&egrave;le &ecirc;tre &agrave; la hauteur de son succ&egrave;s. Guid&eacute;e par ce d&eacute;sir commun, la musique de J&eacute;r&ocirc;me Rebotier participe grandement &agrave; cette franche r&eacute;ussite. Mais surtout, elle fascine par sa capacit&eacute; &agrave; combiner l&rsquo;intime au grandiose, l&rsquo;&eacute;pique au romanesque, le classique au moderne ; plongeant aussi bien le spectateur dans la substance de ses personnages que dans l&rsquo;&eacute;pop&eacute;e &laquo; Dant&egrave;s-que &raquo; qui s&rsquo;offre &agrave; lui. Ses notes introspectives, vibrantes de noirceur et de lyrisme, portent en elles la dimension tragique de son vengeur masqu&eacute; (Pierre Niney), explorant &agrave; la fois ses failles et sa multiplicit&eacute;, sans oublier de lui conf&eacute;rer la port&eacute;e h&eacute;ro&iuml;que qu&rsquo;il m&eacute;rite, au d&eacute;tour d&rsquo;une composition incroyablement transcendante (&laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo;). Le compositeur nous livre ici son magnum opus, une partition intense et authentique, o&ugrave; la puissance de son &eacute;criture m&eacute;lodique se voit sublim&eacute;e par la virtuosit&eacute; de ses musiciens. Il fallait bien un long entretien pour lui faire part de notre enthousiasme et conna&icirc;tre les secrets de ce tr&eacute;sor musical.&nbsp;</h2>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>David-Emmanuel : Avant Le Comte de Monte Cristo, vous avez d&eacute;j&agrave; collabor&eacute; avec Alexandre De La Patelli&egrave;re et Matthieu Delaporte (Le Pr&eacute;nom, Le Meilleur Reste &agrave; Venir) mais aussi Martin Bourboulon (Papa ou Maman) qui a ouvert le bal avec Les Trois Mousquetaires : D&rsquo;Artagnan et Milady. Votre implication dans cet univers semblait in&eacute;vitable, non ?</strong>&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">J&eacute;r&ocirc;me Rebotier : Oui bien s&ucirc;r, elle me semblait in&eacute;vitable. Papa ou Maman et Les Trois Mousquetaires ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;s par Martin et &eacute;crits par Matthieu et Alexandre. Au final, c'est la m&ecirc;me famille ! Sauf que Guillaume Roussel, le compositeur des Trois Mousquetaires, &eacute;tait tout &agrave; fait l&eacute;gitime dans cette aventure. La question s&rsquo;est pos&eacute;e au d&eacute;part mais j'ai finalement eu la chance d'avoir &eacute;t&eacute; choisi. Si vous avez aim&eacute; Le Comte de Monte Cristo je vous conseille de regarder Un Illustre Inconnu, avec Mathieu Kassovitz, parce qu'il y a &eacute;norm&eacute;ment de r&eacute;f&eacute;rences &agrave; ce film dans Monte Cristo. C'est l'histoire de quelqu'un qui met des masques pour se faire passer pour d'autres personnes.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Dans quel esprit s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e cette nouvelle collaboration ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Comme il ne s&rsquo;agit pas de notre premier film, on travaille de mani&egrave;re tr&egrave;s familiale. Le ma&icirc;tre-mot, c&rsquo;&eacute;tait : on propose des choses et on ne se juge pas. Si je me mets &agrave; jouer de la fl&ucirc;te &agrave; coulisse, personne ne va me dire : &laquo; Mais qu'est-ce que c'est que cette id&eacute;e compl&egrave;tement absurde ? On n'est pas en train de faire Le Grand Blond et la Chaussure Noire ! &raquo; Car, si &ccedil;a se trouve, mettre un bout de fl&ucirc;te &agrave; coulisse dans un th&egrave;me de vengeance, &ccedil;a va &ecirc;tre super ! Donc, on met l&rsquo;id&eacute;e de c&ocirc;t&eacute; au cas o&ugrave; on l&rsquo;utiliserait plus tard. Cette mani&egrave;re de collaborer est non seulement tr&egrave;s int&eacute;ressante mais surtout tr&egrave;s rare. La plupart du temps, tout le monde est stress&eacute; par le poids de l&rsquo;argent. Et, en tant que musiciens, il faut qu'on r&eacute;ponde tout de suite &agrave; la demande. Alexandre et Matthieu m&rsquo;offrent la chance de travailler avec une grande ouverture d'esprit. M&ecirc;me s'ils ne sont pas d'accord, on va en discuter plusieurs fois. Et &agrave; un moment, on va trancher en votant &laquo; pour &raquo; ou &laquo; contre &raquo;. Par exemple, il y a d&rsquo;abord eu h&eacute;sitation sur le fait de terminer le film avec la partie &eacute;pique du morceau &laquo; La Vie d'Apr&egrave;s &raquo;. Mais aujourd&rsquo;hui je crois qu&rsquo;on est tous d&rsquo;accord pour dire que c&rsquo;&eacute;tait la bonne solution. Personnellement je suis tr&egrave;s fan de cette arriv&eacute;e sur le g&eacute;n&eacute;rique.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est donc une sorte de collaboration participative qui permet &agrave; chacun de donner sa voie ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">J'avais entendu une interview de Spielberg qui disait : &laquo; Comme je fais confiance aux gens avec qui je travaille, je les laisse faire. Je sais qu'ils vont faire des choses bien. C'est mon r&ocirc;le de savoir prendre tout ce qu'il a de mieux dans ce qu'ils m'ont donn&eacute; &raquo;. C'est tr&egrave;s important pour faire un bon film. Profiter de la force des autres, je pense que c'est vraiment la force de tous les grands r&eacute;alisateurs. Et je crois que Matthieu et Alexandre font &ccedil;a &agrave; merveille.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/MonteCristo/cc362127-186a-4c4a-94eb-278886b47897.JPG" alt="cc362127-186a-4c4a-94eb-278886b47897.JPG (858 KB)" width="1559" height="1169"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;"><br>Le Comte de Monte Cristo est une exp&eacute;rience in&eacute;dite dans votre filmographie : &nbsp;vous avez d&ucirc; cr&eacute;er une quantit&eacute; ph&eacute;nom&eacute;nale de musique et coordonner un travail d&rsquo;&eacute;quipe assez impressionnant tout en b&eacute;n&eacute;ficiant d&rsquo;un budget plus confortable que n&rsquo;importe quelle production fran&ccedil;aise. &Eacute;tait-il difficile d&rsquo;adapter votre processus artistique &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du film ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Dans mon studio, j'ai mon piano, mon violon, mes percussions, mon violoncelle. J&rsquo;&eacute;cris beaucoup de musiques dans lesquelles je fais seul le travail de A &agrave; Z, en artisan. Sur Monte Cristo, nous avions bien s&ucirc;r besoin de voir les choses en grand. Le travail des &eacute;quipes, en termes de production, &eacute;tait extr&ecirc;mement important. J'ai d&rsquo;abord &eacute;crit toute la musique et je l&rsquo;ai arrang&eacute;e de bout en bout, avec l&rsquo;aide pr&eacute;cieuse de Geoffroy Berlioz, qui s&rsquo;est occup&eacute; de programmer et fabriquer la plupart des sons &eacute;lectroniques. Lors de cette &eacute;tape, nous avions d&eacute;j&agrave; de longues discussions avec C&eacute;dric Culna&euml;rt, l&rsquo;ing&eacute;nieur du son, sur les directions &agrave; prendre en termes de production. Une fois les maquettes des morceaux termin&eacute;es et valid&eacute;es par les r&eacute;alisateurs, j&rsquo;ai travaill&eacute; avec deux orchestrateurs, Jehan Stefan et Gis&egrave;le G&eacute;rard-Tolini. On a pass&eacute; des heures &agrave; discuter sur la mani&egrave;re de les enregistrer ou de les simplifier. Il faut savoir que lors de l&rsquo;enregistrement les musiciens de l&rsquo;orchestre n&rsquo;ont jamais vu les partitions, et nous n&rsquo;avions le temps de jouer les morceaux que 3 ou 4 fois. C&rsquo;est donc un exercice extr&ecirc;mement p&eacute;rilleux, il ne faut pas se rater. Ensuite, C&eacute;dric Culna&euml;rt, le mixeur qui travaille avec moi depuis 10 ans, s&rsquo;est retrouv&eacute; aux commandes du mixage de la musique, auquel j&rsquo;assiste bien &eacute;videmment pour obtenir exactement ce que je cherche. Toute cette belle &eacute;quipe a fait un travail absolument formidable. Il y avait 90 passages de musique &agrave; orchestrer et &agrave; mixer quand m&ecirc;me ! Et il ne faut pas oublier le r&ocirc;le essentiel de Pierre-Marie Dru, superviseur musical, qui a &eacute;t&eacute; un acteur tr&egrave;s important dans toute cette production pour qu&rsquo;elle aboutisse &agrave; ce beau r&eacute;sultat.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment se sont d&eacute;roul&eacute;es les recording sessions ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">On a enregistr&eacute; tous les solistes aux studios Ferber &agrave; Paris. J&rsquo;ai travaill&eacute; avec des musiciens absolument formidables comme Pavel Guerchovitch, qui est &agrave; la fois un violoniste virtuose et le guitariste de Thomas Fersen, et Guillaume Latil, un grand violoncelliste. Tous les deux se sont surtout occup&eacute;s des passages plus romantiques en enregistrant les parties quatuor ou trio. Il y a eu &eacute;galement &Eacute;milien V&eacute;ret aux clarinettes, Julien Vern aux fl&ucirc;tes et Nicolas Montazaud aux percussions, uniques en leur genre, &agrave; qui je fais appel r&eacute;guli&egrave;rement. Ensuite, on est all&eacute; enregistrer l&rsquo;orchestre aux AIR Studios avec Geoff Foster, un c&eacute;l&egrave;bre ing&eacute;nieur du son qui a travaill&eacute; sur Interstellar et Inception entre autres. C&rsquo;&eacute;tait une vraie rencontre, parce qu&rsquo;il a des id&eacute;es g&eacute;niales et, &agrave; la fois, il est &agrave; l'&eacute;coute de ce que je voulais. Pendant ces quelques jours, je me suis retrouv&eacute; avec des gens incroyables qui se sont beaucoup amus&eacute;s &agrave; enregistrer toutes ces choses diff&eacute;rentes. Il y avait le chef-d&lsquo;orchestre, Andrew Skeet, un musicien classique qui a orchestr&eacute; les musiques de The Crown et qui fait aussi partie du groupe pop Devine Comedy, Everton Nelson, le premier violon de Ryūichi Sakamoto ou le corniste de James Horner, qui a jou&eacute; sur Titanic. Au final, on a enregistr&eacute; 2h30 de musique, mais j'ai d&ucirc; en &eacute;crire 4h.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Au final, comment avez-vous v&eacute;cu cette exp&eacute;rience ? Cette part d&rsquo;excitation l&rsquo;a-t-elle emport&eacute;e sur la part de stress ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Quand on nous donne les moyens, il y a toujours une grosse part de responsabilit&eacute; et une peur de rater. Mais quand tout se passe bien et que tout le monde est content, on r&eacute;ussit. Pour y arriver, je fais en sorte que le travail d&rsquo;&eacute;quipe se fasse toujours dans une ambiance familiale. C'est peut-&ecirc;tre ma musique mais je ne veux pas me placer au-dessus des autres. Le tout, c'est d'&ecirc;tre suffisamment pr&eacute;cis avec les orchestrateurs pour avoir un score d&eacute;taill&eacute;. Mais apr&egrave;s, on reste tr&egrave;s libre en enregistrement. En fin de compte, je deviens producteur, et ce sont eux les r&eacute;alisateurs au moment d&rsquo;enregistrer. J&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;avoir des collaborateurs tr&egrave;s pr&eacute;cieux, de pouvoir payer toute cette &eacute;quipe et d'avoir les conditions d'enregistrement que je voulais &ndash; ce qui est tr&egrave;s rare en France. Pour la premi&egrave;re fois de ma vie, je me dis que ma musique est exactement comme je la voulais. Si les gens ne l&rsquo;aiment pas, tant pis. Mais au moins, je suis en paix avec moi-m&ecirc;me.<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/MonteCristo/e02cbe7c-226f-4768-8ae2-e545e81feab3.JPG" alt="e02cbe7c-226f-4768-8ae2-e545e81feab3.JPG (1.41 MB)" width="1559" height="1169"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;"><br>Si le r&eacute;cit d&rsquo;Alexandre Dumas est intemporel, de nombreuses adaptations cin&eacute;matographiques se sont succ&eacute;d&eacute;es pour le c&eacute;l&eacute;brer de diff&eacute;rentes mani&egrave;res. L&rsquo;ambition de cette version 2024 est de le redynamiser, de lui apporter de la fra&icirc;cheur avec un style visuel plus r&eacute;aliste, &agrave; l&rsquo;image des Trois Mousquetaires, D&rsquo;Artagnan et Milady, sortis l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re. Les r&eacute;alisateurs avaient-ils une id&eacute;e tr&egrave;s pr&eacute;cise de la musique ? Comment avez-vous d&eacute;fini ensemble la direction &agrave; prendre ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Matthieu et Alexandre m&rsquo;ont simplement donn&eacute; le sc&eacute;nario et m'ont demand&eacute; de proposer des id&eacute;es. La chose que je ne voulais surtout pas faire &eacute;tait d&rsquo;&eacute;crire une musique consensuelle qui se contente d&rsquo;accompagner le film, de paraphraser ou de faire de la narration. Je voulais pouvoir m&rsquo;exprimer compl&egrave;tement, &ecirc;tre stimul&eacute; par quelque chose de fort. L&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;en faire un film de vengeance qui se concentre sur l&rsquo;int&eacute;riorit&eacute; d&rsquo;un personnage m'a beaucoup inspir&eacute; pour trouver des th&egrave;mes forts. Et je savais que mon style d&rsquo;&eacute;criture, relativement m&eacute;lancolique et sentimental, fonctionnerait bien pour exprimer ce genre de sentiments. Mes premi&egrave;res propositions se concentraient sur l&rsquo;int&eacute;riorit&eacute; du personnage d&rsquo;Edmond. C&rsquo;&eacute;tait une direction tr&egrave;s &laquo; herrmannienne &raquo;, tr&egrave;s sombre, tr&egrave;s Vertigo. Toute la partie &eacute;pique n&rsquo;avait pas encore &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue mais elle est devenue une &eacute;tape importante du score notamment travaill&eacute;e &agrave; la suite de nombreuses discussions avec C&eacute;lia Lafite-Dupont, la monteuse du film. Au final, la musique se r&eacute;v&egrave;le plus sentimentale &agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e car ce n&rsquo;est pas vraiment un film de vengeance. Les jeunes ont l&rsquo;impression d&rsquo;aller voir les pr&eacute;mices de Batman mais d&eacute;couvrent l&rsquo;histoire d'un amour frustr&eacute;. La musique entretient un grand r&ocirc;le dans toutes ces sc&egrave;nes d'amour en jouant des notes tr&egrave;s sensibles qui touchent &eacute;norm&eacute;ment les spectateurs. C&rsquo;est &agrave; mon avis la vraie force de ce film.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pourquoi l&rsquo;influence de Bernard Herrmann n&rsquo;est-elle plus vraiment pr&eacute;sente ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Au d&eacute;but du film, quand Dant&egrave;s est en train de se faire interroger par Villefort, il y a un morceau jou&eacute; au piano filtr&eacute;. C&rsquo;est un th&egrave;me tr&egrave;s sombre et &eacute;nigmatique qu&rsquo;on ne retrouve jamais dans le film. Pourtant, j&rsquo;avais d&eacute;velopp&eacute; quatre ou cinq versions de ce th&egrave;me &agrave; partir du sc&eacute;nario. C'&eacute;tait la version sinueuse de la vengeance. Mais &agrave; un moment, on a r&eacute;alis&eacute; avec Alexandre Matthieu et C&eacute;lia que la vengeance ne pouvait pas &ecirc;tre aussi calme ni aussi douce. On craignait qu&rsquo;elle ralentisse le film et on a donc laiss&eacute; cette th&eacute;matique de c&ocirc;t&eacute; pour utiliser des &eacute;l&eacute;ments plus &eacute;piques.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Les r&eacute;alisateurs n&rsquo;avaient pas non plus d&rsquo;exigence particuli&egrave;re en termes d&rsquo;instrumentation ? Ne serait-ce que pour &eacute;voquer bri&egrave;vement la p&eacute;riode historique du film ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Au d&eacute;part, ils m'ont dit : &laquo; on va faire une fresque op&eacute;ra, on voudrait des ch&oelig;urs &raquo;. Je ne les ai pas &eacute;crits car je voulais d&rsquo;abord trouver notre vocabulaire. Avant de parler de forme, il faut d&rsquo;abord avoir le fond. Ensuite, on voit comment utiliser la forme. Mais tr&egrave;s vite, j'ai eu l'impression que mettre des ch&oelig;urs sur un morceau comme &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; aurait donn&eacute; un c&ocirc;t&eacute; gratuit &agrave; ce moment qui poss&egrave;de d&eacute;j&agrave; cette ampleur et cette force. Le seul endroit o&ugrave; j'ai essay&eacute;, c'est lorsque Andr&eacute; tue Villefort. En plus de l&rsquo;ostinato avec le violoncelle, j&rsquo;avais mis des voix pour &eacute;voquer l&rsquo;op&eacute;ra. Mais, quand on a &eacute;cout&eacute; les deux versions de &laquo; L&rsquo;Assassinat &raquo;, on a r&eacute;alis&eacute; qu&rsquo;on n&rsquo;en avait pas besoin. Il paraissait tellement attendu d&rsquo;avoir une musique comme &ccedil;a sur un ralenti qu&rsquo;on a abandonn&eacute; l&rsquo;id&eacute;e. Au final, la voix musicale est celle d&rsquo;Hayd&eacute;e et de cette chanson magnifiquement interpr&eacute;t&eacute;e par la chanteuse Gul&auml;y Hacer Toruk.</span><br><br><strong><span style="font-size: 14pt;">La monteuse du film, qui collaborait d&rsquo;ailleurs avec Guillaume Roussel sur Les Trois Mousquetaires, pouvait-elle aussi juger de l&rsquo;incompatibilit&eacute; de certaines id&eacute;es musicales avec les sc&egrave;nes qu&rsquo;elles devaient illustrer ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">C&eacute;lia Lafite-Dupont a jou&eacute; un grand r&ocirc;le dans la dynamique de la musique et ses placements dans le film. C&rsquo;est une grande fan de musique. Elle m'a fait &eacute;couter beaucoup de r&eacute;f&eacute;rences pour des sc&egrave;nes o&ugrave; elle pensait que la musique devait &ecirc;tre plus dynamique. On a beaucoup travaill&eacute; ensemble sur cet aspect-l&agrave; du film, &agrave; tel point que je l'ai cr&eacute;dit&eacute; comme conseill&egrave;re musicale sur la BO. On a tendance &agrave; oublier que les monteuses et monteurs ont un r&ocirc;le d'&eacute;change intense avec le compositeur. On fabrique un film, on n'est pas juste en train de composer de la musique. Pour fabriquer un film, il y a un r&eacute;cit et un rythme. Le rythme, c'est le rythme des images. Nous, on va composer par rapport au rythme qu'un monteur donne &agrave; l'image mais &agrave; l'inverse, un monteur va aussi adapter ces images au rythme de la musique. C&rsquo;est ce qui permet au film d&rsquo;avoir une dynamique. Au final, on est tous tributaires les uns des autres.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Quel rapport entretenez-vous avec le roman d'Alexandre Dumas ? A-t-il eu une influence sur vos inspirations ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">J&rsquo;ai lu Le Comte de Monte Cristo il y a une quinzaine d&rsquo;ann&eacute;e et j&rsquo;ai vraiment ador&eacute; ! Mais je n'ai pas cherch&eacute; &agrave; coller &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Alexandre Dumas en elle-m&ecirc;me parce que le film n&rsquo;adapte pas r&eacute;ellement le livre au cin&eacute;ma. D&rsquo;une part, parce que le livre est beaucoup trop long. Il y a trop d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments qui ne rentreraient pas dans l'image. D&rsquo;autre part, parce que le style d&rsquo;&eacute;criture de Dumas am&egrave;nerait une musique plus &laquo; classique &raquo;. Si je devais illustrer musicalement le livre, j'aurais plut&ocirc;t envie de mettre des musiques tr&egrave;s classiques comme la Sixi&egrave;me Symphonie de Beethoven ou la Cinqui&egrave;me Symphonie de Mahler. J&rsquo;ai donc pens&eacute; la bande-originale par rapport au sc&eacute;nario plus qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&oelig;uvre de Dumas.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/MonteCristo/img_4466.JPEG" alt="img_4466.JPEG (1.21 MB)" width="1559" height="1169"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;"><br>Diriez-vous que votre musique contribue &agrave; &laquo; moderniser &raquo; le r&eacute;cit ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Je ne sais pas si ma musique modernise le film&hellip; Un jour, Gis&egrave;le G&eacute;rard-Tolini, qui a orchestr&eacute; le g&eacute;n&eacute;rique de fin, m'appelle et me dit : &laquo; Mais tu es compl&egrave;tement obs&eacute;d&eacute; par la Cinqui&egrave;me de Mahler ! &raquo;. C&rsquo;est dr&ocirc;le parce que j'ai beaucoup &eacute;tudi&eacute; le premier mouvement de la Cinqui&egrave;me dans le pass&eacute; mais je n&rsquo;y ai pas pens&eacute; au moment de composer Le Comte de Monte Cristo. Elle avait raison : quelque chose s&rsquo;y apparente : on retrouve le c&ocirc;t&eacute; obsessionnel et l&rsquo;aspect ramifi&eacute;, avec ces instruments classiques qui se m&eacute;langent les uns aux autres et ces th&egrave;mes qui se phagocytent. Donc, d&eacute;j&agrave;, cette influence n&rsquo;est pas tr&egrave;s moderne. La modernit&eacute; se trouve plut&ocirc;t dans le c&ocirc;t&eacute; pop que l&rsquo;on voulait donner au c&ocirc;t&eacute; classique de la musique de film ou dans la mani&egrave;re d&rsquo;&eacute;crire des th&egrave;mes cycliques, r&eacute;p&eacute;titifs. C'est ce que j'ai cherch&eacute; &agrave; faire en d&eacute;veloppant des cha&icirc;nes d'accord assez simples tout en travaillant de mani&egrave;re relativement classique. &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; est au centre de ce concept : sa cha&icirc;ne d'accords tr&egrave;s typique permet de citer tous les th&egrave;mes du film &agrave; l'int&eacute;rieur. Ces quatre accords qui tournent en boucle, rappelle tout ce qui se joue depuis Philipp Glass ou Steve Reich. Et tout &agrave; coup, au milieu de tout &ccedil;a, il y a ce solo de violon tr&egrave;s baroque. On a aussi le th&egrave;me de &laquo; Merc&eacute;d&egrave;s &raquo; qui est jou&eacute; par un trio &agrave; cordes mais qui pourrait tr&egrave;s bien &ecirc;tre une chanson pop. Si on le jouait au piano, il pourrait ressembler &agrave; une chanson d&rsquo;Agn&egrave;s Obel. C&rsquo;&eacute;tait vraiment int&eacute;ressant de m&eacute;langer les codes d'aujourd'hui avec une v&eacute;ritable approche classique.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">C&rsquo;est une approche assez in&eacute;dite dans la musique de film fran&ccedil;aise&hellip;&nbsp; <br></span></strong><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;id&eacute;e &eacute;tait de concevoir une musique pas trop lisse. J&rsquo;ai beaucoup insist&eacute; l&agrave;-dessus afin de pouvoir apporter du souffle et de l'humanit&eacute; au film. Je voulais lui donner un c&ocirc;t&eacute; organique. En France, beaucoup de BO sont format&eacute;es. Bizarrement, on dit que le cin&eacute;ma am&eacute;ricain est format&eacute;. Mais c&rsquo;est faux. Des compositeurs comme Ludwig G&ouml;ransson ou Hans Zimmer n&rsquo;ont pas peur de prendre des risques. J&oacute;hann J&oacute;hannsson proposait lui aussi des sons parfois d&eacute;routants qui &eacute;taient pourtant bourr&eacute;s de po&eacute;sie. C'est plus dans cette direction que j'ai envie d'aller chercher si je dois faire de la musique pour de grosses productions.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous consid&eacute;rez que cette BO a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue &laquo; &agrave; l'am&eacute;ricaine &raquo; ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Je ne sais pas et je n&rsquo;y ai pas beaucoup r&eacute;fl&eacute;chi. J'ai grandi avec Ennio Morricone donc j'ai tenu &agrave; certains moments, notamment dans la sc&egrave;ne du duel entre Monte Cristo et Albert, &agrave; &eacute;crire des m&eacute;lodies en hommage &agrave; ses compositions. On est parti sur une approche &laquo; herrmannienne &raquo; mais, au final, on est plus proche des bandes-originales de western que de Bernard Herrmann. Il y a aussi tout un m&eacute;lange d'orchestre classique et de musique exp&eacute;rimentale, de design sonore. J&rsquo;ai pour cela beaucoup travaill&eacute; avec Geoffroy Berlioz qui s'est occup&eacute; de toutes les programmations. En tant que fan de Hans Zimmer, il adore ce concept de fabriquer des sons. Je lui ai laiss&eacute; libre champ pour fabriquer tous les sons qui apportent une force &agrave; mes compositions. Quand vous entendez une nappe sonore derri&egrave;re l&rsquo;orchestre, ce n&rsquo;est pas un synth&eacute;tiseur mais plut&ocirc;t un violoncelle dissonant ou une basse trait&eacute;e dans l&rsquo;infrabasse. On a aussi r&eacute;alis&eacute; beaucoup de s&eacute;ances de structures de Cristal Baschet. Ce sont des &oelig;uvres d'art sur lesquelles on joue. C&rsquo;est absolument fabuleux. Tous les sons qui r&eacute;sonnent dans la BO - les percussions dans &laquo; Le Ch&acirc;teau d&rsquo;If &raquo; ou le son &laquo; d&rsquo;h&eacute;licopt&egrave;re &raquo; dans &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; - proviennent de ces fameuses structures sonores.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pierre Niney d&eacute;crivait justement Edmond Dant&egrave;s comme le Batman/Bruce Wayne de la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise. Ces deux h&eacute;ros partagent en effet des similitudes (le concept d&rsquo;alter-ego, la qu&ecirc;te de justice, les ressources financi&egrave;res). L'avez-vous aussi approch&eacute; comme une figure super-h&eacute;ro&iuml;que au moment d&rsquo;&eacute;crire ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Au d&eacute;part, je ne savais pas qu&rsquo;ils &eacute;voquaient aussi l&rsquo;histoire de Batman. Quand j'ai re&ccedil;u le sc&eacute;nario, je crois me souvenir d&rsquo;avoir envoy&eacute; un mot aux r&eacute;alisateurs en leur disant que : &laquo; Monte Cristo, c'est Batman &raquo;. &Ccedil;a m'est venu naturellement, sans m&ecirc;me savoir qu'ils en parlaient.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Votre musique nous accompagne dans sa m&eacute;tamorphose : le th&egrave;me d&rsquo;Edmond se d&eacute;voile d&rsquo;abord sous une forme plus romantique et &laquo; bucolique &raquo;, avec ses envol&eacute;es de cordes &eacute;voquant son bonheur, son innocence et sa na&iuml;vet&eacute; (&laquo; Edmond et Mercedes &raquo;). Dans &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo;, il prend une allure &agrave; la fois triomphante et tragique avec des cuivres qui appellent &agrave; la vengeance et un solo de violon lyrique qui lui conf&egrave;re une certaine noblesse mais d&eacute;note aussi une certaine fragilit&eacute;. Ce morceau repr&eacute;sente un point de bascule entre la &laquo; mort &raquo; de Dant&egrave;s et la naissance de Monte Cristo en unifiant leurs th&egrave;mes respectifs. A partir de ce moment-l&agrave;, on progresse vers de nouvelles sonorit&eacute;s plus nuanc&eacute;es, plus sombres qui font jaillir ses multiples facettes et refl&egrave;tent davantage son int&eacute;riorit&eacute; (&laquo; Vengeance &raquo;, &laquo; Le Domaine &raquo;). A la fin, le th&egrave;me de Monte Cristo r&eacute;v&egrave;le son plein potentiel (&laquo; La Vie d'apr&egrave;s &raquo;) ; comme pour signaler que Dant&egrave;s embrasse pleinement sa destin&eacute;e. Quel d&eacute;fi repr&eacute;sentait son &eacute;volution au niveau musical ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">C'est une tr&egrave;s bonne analyse ! Au d&eacute;but du film, la m&eacute;lodie donne cet aspect &laquo; fleur bleue &raquo; ou &laquo; la vie est belle &raquo;. Pendant longtemps, on a appel&eacute; ce morceau &laquo; Les Jours Heureux &raquo;. Comme Dant&egrave;s est devenu fou en prison, on reste sur cette m&ecirc;me m&eacute;lodie de d&eacute;part pour montrer que son th&egrave;me de jeunesse est devenu obs&eacute;dant. Au moment o&ugrave; il retrouve Merc&eacute;d&egrave;s, on entend donc une esp&egrave;ce de rappel beaucoup plus triste des &laquo; Jours Heureux &raquo;. C'est la grande trame romantique du film. &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; part aussi de cette m&eacute;lodie en incluant tout le vocabulaire de &laquo; Ch&acirc;teau d&rsquo;If &raquo; avec les sons de structures Baschet. Et puis, en arri&egrave;re-plan, sa m&eacute;lodie de la vengeance est d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sente : c&rsquo;est le th&egrave;me de Monte Cristo qui reviendra sous toutes ses formes pendant le film, avec des sonorit&eacute;s tr&egrave;s graves, &agrave; la &laquo; Dark Vador &raquo;. A la fin, dans &laquo; La Vie d'Apr&egrave;s &raquo;, ce th&egrave;me de Monte Cristo est jou&eacute; de mani&egrave;re plus romantique avec un caract&egrave;re plus &eacute;pique. Son th&egrave;me de vengeance est dilu&eacute; dans le romantisme de la sc&egrave;ne. Finalement, la construction des notes m'est venu naturellement. Le jour o&ugrave; j&rsquo;ai &eacute;crit &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo;, je me suis dit : &laquo; &laquo; &ccedil;a y est, j'ai trouv&eacute; le centre de ma partition &raquo;. A partir de l&agrave;, tout est devenu assez &laquo; simple &raquo;. Mais, entre le moment o&ugrave; j&rsquo;ai travaill&eacute; sur le sc&eacute;nario, le moment o&ugrave; j'ai fait mes propositions et le moment o&ugrave; Matthieu et Alexandre les ont accept&eacute;es, j'y ai quand m&ecirc;me pass&eacute; du temps.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Pourquoi avez-vous choisi de diff&eacute;rencier m&eacute;lodiquement Dant&egrave;s de Monte Cristo ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Les deux personnages repr&eacute;sentent le c&ocirc;t&eacute; lumineux et le c&ocirc;t&eacute; obscur. Le th&egrave;me de Monte Cristo est un th&egrave;me tr&egrave;s int&eacute;rieur au personnage et contient beaucoup de noirceur. Il est li&eacute; &agrave; sa vengeance. Pour Dant&egrave;s, c&rsquo;est tout l&rsquo;inverse. Il repr&eacute;sente l'innocence de la r&eacute;ussite. Mais dans le dernier morceau du film - &laquo; La Vie d&rsquo;Apr&egrave;s &raquo; - le c&ocirc;t&eacute; obscur redevient lumineux. Une fois qu'il s'est veng&eacute;, sa m&eacute;lodie retourne vers la lumi&egrave;re.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">&laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; sonne comme l&rsquo;apog&eacute;e du score. A cet instant, la musique semble prendre les commandes du film, elle s'enflamme et transcende la sc&egrave;ne par son brillant lyrisme. On dirait que les r&eacute;alisateurs vous ont compl&egrave;tement laiss&eacute; les cl&eacute;s. Avez-vous ressenti une plus grande responsabilit&eacute; dans votre r&ocirc;le &agrave; jouer dans cette sc&egrave;ne cl&eacute; ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Oui, j&rsquo;ai senti une &eacute;norme responsabilit&eacute; parce que cette qu&ecirc;te du tr&eacute;sor est le centre du film. C&rsquo;est le moment o&ugrave; il se transforme en Monte Cristo ; c&rsquo;est le passage du super-h&eacute;ros. Quand il rentre dans cette caverne secr&egrave;te, j&rsquo;ai tout de suite pens&eacute; &agrave; Indiana Jones. Mais j&rsquo;ai eu un grand doute au moment d&rsquo;&eacute;crire la musique&hellip; Normalement, dans les endroits ferm&eacute;s, on met plut&ocirc;t des musiques assez discr&egrave;tes comme un violon solo ou un quatuor &agrave; cordes. Il est rare d'entendre une pi&egrave;ce d'orchestre dans une sc&egrave;ne qui se d&eacute;roule dans un appartement parisien ! Mais l&agrave;, je voulais que la musique soit plus marqu&eacute;e, plus forte, pour donner une plus grande notion d&rsquo;espace &agrave; cette caverne. &Ccedil;a donne l&rsquo;impression que le ciel entier est devant lui. Je trouvais int&eacute;ressant que l&rsquo;on repousse les murs avec cette musique qui prend toute la place et qui donne une dimension super-h&eacute;ro&iuml;que &agrave; la sc&egrave;ne.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Et en m&ecirc;me temps, la musique continue de refl&eacute;ter les &eacute;motions qui le traversent avec beaucoup de m&eacute;lancolie tout en lui conf&eacute;rant un caract&egrave;re noble&hellip;&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Exactement. Dant&egrave;s est pris dans ses obsessions, dans sa folie et, &agrave; la fois, il ressent une grande puissance se d&eacute;gager de lui &agrave; chaque fois qu'il fait un pas vers le tr&eacute;sor. Pour le spectateur, c&rsquo;est jubilatoire : il sent que ce personnage, qui n'&eacute;tait &laquo; rien &raquo; avant, devient la toute-puissance &agrave; ce moment-l&agrave;. Il devient la toute-puissance parce que Faria lui a tout appris. Parce qu'il est devenu l'homme le plus &eacute;duqu&eacute; du monde. La symbolique est tr&egrave;s belle : en &eacute;tant &eacute;duqu&eacute;, on est bien plus riche qu'en possession d&rsquo;un tr&eacute;sor. &Eacute;videmment, l'argent l&rsquo;aide dans sa qu&ecirc;te. Mais s&rsquo;il r&eacute;ussit &agrave; se venger, c&rsquo;est gr&acirc;ce &agrave; son &eacute;ducation et son intelligence. S'il &eacute;tait simplement riche, il n'y arriverait pas.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Qu&rsquo;est-ce qui a motiv&eacute; votre choix de r&eacute;utiliser ce th&egrave;me plus tard dans le film (&laquo; Le Tr&eacute;sor : Reprise &raquo;) ? Ne souhaitiez-vous pas qu&rsquo;il conserve un caract&egrave;re unique ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">La reprise du &laquo; Tr&eacute;sor &raquo; donne pour moi une dimension extr&ecirc;mement forte aux sc&egrave;nes parce qu&rsquo;on ne s'attend pas &agrave; retrouver cette m&eacute;lodie dans cette dynamique de vengeance. Ramener le spectateur &agrave; cette sc&egrave;ne centrale donne une force suppl&eacute;mentaire au film.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">On remarque que plusieurs th&egrave;mes se font &eacute;cho, notamment le th&egrave;me d&rsquo;amour entre Hayd&eacute;e et Albert (&laquo; Hayd&eacute;e supplie Albert &raquo;) qui revient lorsque Merc&eacute;d&egrave;s et Monte Cristo renouent, le temps d&rsquo;un instant, avec leur vie pass&eacute;e (&laquo; Monte Cristo raconte &agrave; Merc&eacute;d&egrave;s &raquo;). La musique semble signaler qu&rsquo;Albert et Hayd&eacute;e vont pouvoir vivre la vie que Dant&egrave;s et Mercedes n'ont pas eu&hellip;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">C'est exactement &ccedil;a ! Et c'est aussi pour cette raison qu'on r&eacute;utilise &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo; quand Albert et Hayd&eacute;e s'embrassent. On voulait signifier qu'ils prennent la place de Monte Cristo. Car Albert et Hayd&eacute;e &eacute;prouvent la m&ecirc;me sensation de puissance que lui en trouvant l&rsquo;amour. Finalement, son tr&eacute;sor et son &eacute;ducation sont les deux seules choses qui lui restent. Il refuse de retourner &agrave; la vie car, pour lui, tout est termin&eacute;. Quand il voit Merc&eacute;d&egrave;s, il lui dit ouvertement que leur amour appartient au pass&eacute;, qu&rsquo;ils ne sont plus les m&ecirc;mes personnes ; contrairement &agrave; Albert et Hayd&eacute;e qui peuvent toujours s&rsquo;aimer. Un autre th&egrave;me assez important &ndash; &laquo; Le Mariage &raquo; - revient aussi &agrave; deux reprises pour cr&eacute;er un &eacute;cho avec ce moment du film. Quand Dant&egrave;s retourne &agrave; la maison des Morcef apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre &eacute;chapp&eacute; du ch&acirc;teau d&rsquo;If, il pense pouvoir retrouver Merc&eacute;d&egrave;s. La musique apporte une force dramatique tr&egrave;s puissante. Plus tard, lorsqu&rsquo;il affronte Albert en duel, la reprise de ce th&egrave;me se veut plus symbolique : il sait qu&rsquo;en tuant Albert, il tue d&eacute;finitivement l&rsquo;id&eacute;e d'avoir &eacute;pous&eacute; Merc&eacute;d&egrave;s. Il repense &agrave; son mariage et imagine qu&rsquo;Albert aurait pu &ecirc;tre son propre enfant. Enfin, pour la mort d&rsquo;Andr&eacute;, les r&eacute;alisateurs ont fait le choix de r&eacute;utiliser le morceau de la mort de Faria, pour cr&eacute;er un &eacute;cho entre la perte de son &laquo; fils &raquo; et la perte de son &laquo; p&egrave;re &raquo;. Cela permettait d&rsquo;apporter plus d&rsquo;introversion. Pour cette sc&egrave;ne, j'avais &eacute;crit une pi&egrave;ce plus &eacute;lanc&eacute;e, avec une allure plus classique ; proche d'un adagio de Barber. Ce morceau &ndash; la deuxi&egrave;me partie de &laquo; L&rsquo;Assassinat &raquo; - n&rsquo;est donc pas dans le film mais se retrouve dans la version num&eacute;rique de la bande-originale.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;instrumentation, les harmonies, les motifs ou les th&egrave;mes semblent refl&eacute;ter &laquo; ce que l&rsquo;homme a de meilleur et de pire &raquo; - comme le disait Pierre Niney. <br>Je pense notamment aux morceaux &laquo; Les Traitres &raquo;, associ&eacute; &agrave; Villefort, Morcef et Danglars ou &laquo; Les Ann&eacute;es Faria &raquo;. &nbsp;Est-ce l&rsquo;id&eacute;e qui vous a servi &agrave; d&eacute;finir l&rsquo;approche de chaque personnage ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Je travaille beaucoup dans l&rsquo;abstrait et dans l&rsquo;&eacute;motion. Je ressens les choses de mani&egrave;re assez forte et je n&rsquo;aime pas r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; tout. Mon analyse ne va pas jusqu'&agrave; l&agrave; parce que j&rsquo;aurais tendance &agrave; paraphraser. Et ce qui est int&eacute;ressant quand on ne paraphrase pas, c'est qu'on met plus de relief dans les images. C'est d'ailleurs le principe de la com&eacute;die. Des films comme Intouchables, qui ont plu &agrave; tout le monde, ne contiennent pas de musiques comiques, alors que tout le monde se marre. Le fait de jouer l&rsquo;&eacute;motion avec le piano de Ludovico Einaudi dans les passages tristes fait qu'on rit dans les passages dr&ocirc;les. Le fait d'arriver dans une sc&egrave;ne de comique en &eacute;tant &eacute;mu permet de lib&eacute;rer l&rsquo;&eacute;motion. Le rire se l&acirc;che de lui-m&ecirc;me, on n'a pas besoin de le jouer. C&rsquo;est un proc&eacute;d&eacute; tr&egrave;s intelligent et beaucoup plus int&eacute;ressant que de mettre des pizzicatos sur une sc&egrave;ne dr&ocirc;le. Au final, tout ce que je dis en termes d'analyse aujourd'hui sont des choses que j'ai r&eacute;alis&eacute;es apr&egrave;s.<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/MonteCristo/7bda31c4-8432-418f-a757-cd64bf6bdf1e.JPG" alt="7bda31c4-8432-418f-a757-cd64bf6bdf1e.JPG (1.26 MB)" width="1559" height="1169"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;"><br>Guillaume Roussel d&eacute;crivait la musique des Trois Mousquetaires comme "romanesque". Diriez-vous la m&ecirc;me chose pour Le Comte de Monte Cristo ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">J'utiliserais le m&ecirc;me mot si je ne devais en choisir qu&rsquo;un seul. Avec ces envol&eacute;es de cordes lyriques, on ne peut pas &ecirc;tre plus au c&oelig;ur du romanesque !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Aimeriez-vous poursuivre votre aventure dans cet univers qui c&eacute;l&egrave;bre nos h&eacute;ros de la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise ?&nbsp;</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Evidemment, ce serait merveilleux de travailler sur un autre film comme &ccedil;a. Mais en m&ecirc;me temps, j&rsquo;aime les approches et les univers diff&eacute;rents. Il y a plein d&rsquo;autres choses &agrave; essayer. J'ai d&eacute;j&agrave; pass&eacute; beaucoup de temps &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir au Comte de Monte Cristo. Si demain, on me demande de refaire exactement la m&ecirc;me chose, je le ferais probablement moins bien. Donc, entre-temps, j&rsquo;aimerai plut&ocirc;t travailler sur un film de science-fiction par exemple. Ce serait g&eacute;nial, je pourrai imaginer une musique plus &eacute;lectronique, avec beaucoup plus de synth&eacute;tiseurs. Mon r&ecirc;ve, c&rsquo;est aussi d&rsquo;&eacute;crire un score enti&egrave;rement compos&eacute; de ch&oelig;urs.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 14pt;">Comment vivez-vous le succ&egrave;s du film et de la BO ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">Je re&ccedil;ois 40 messages en priv&eacute; sur Instagram chaque jour. Ces gens me disent que j&rsquo;ai chang&eacute; leur vie. Rien que sur Spotify, il y a plus de 100 000 &eacute;coutes sur la BO enti&egrave;re ; on arrive bient&ocirc;t &agrave; 2 millions de streams. Et sur le titre &laquo; Le Tr&eacute;sor &raquo;, il y a presque 30000 &eacute;coutes par jour. C'est surnaturel ! C&rsquo;est la premi&egrave;re fois que &ccedil;a m'arrive en 25 ans de m&eacute;tier !&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">*Interview r&eacute;alis&eacute;e par Zoom le 04 Juillet 2024</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">La bande-originale du film est disponible en digital depuis le 28/06 et en coffret Vinyle depuis le 19/07 chez Milan Records / Sony Masterworks</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel - Le BOvore</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Cr&eacute;dits photo : Caroline Sauvage</p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Interview Aurélien Recoing : carrière et actualité… Théâtre, cinéma &amp; télévision… avec le récent ’Bugarach'</title>
      <description><![CDATA[Tout r&eacute;cemment vu dans la s&eacute;rie fantastique BUGARACH, Aur&eacute;lien Recoing, nous parle de son r&ocirc;le dans cette s&eacute;rie fantastique fran&ccedil;aise, un genre rarement exploit&eacute; dans l&...]]></description>
      <pubDate>Mon, 15 Jul 2024 08:00:00 +0000</pubDate>
      <link>http://cinemaradio.net/news/interview-aurelien-recoing-carriere-et-actualite-theatre-cinema-television-avec-le-recent-bugarach-768</link>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Tout r&eacute;cemment vu dans la s&eacute;rie fantastique BUGARACH, Aur&eacute;lien Recoing, nous parle de son r&ocirc;le dans cette s&eacute;rie fantastique fran&ccedil;aise, un genre rarement exploit&eacute; dans l&rsquo;hexagone ; revient sur sa carri&egrave;re et &eacute;voque ses envies !</h2>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Aur&eacute;lien Recoing, merci de vous pr&ecirc;ter au jeu des questions &amp; r&eacute;ponses&hellip; </span></strong></em><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Parlez-nous un peu de ce r&ocirc;le dans la s&eacute;rie fantastique BUGARACH, si vous voulez bien&hellip;<br></span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing : </strong>Jouer un scientifique, un astro physicien qui a acc&egrave;s &agrave; une connaissance supr&ecirc;me c&rsquo;est comme &ecirc;tre un alchimiste des &eacute;motions. Une parabole de l&rsquo;acteur..:)))&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Vous aviez d&eacute;j&agrave; jou&eacute; dans la s&eacute;rie Les Revenants (en 2015), une s&eacute;rie fantastique produite par Canal+. Sans &ecirc;tre un accroc au genre - ce qui est probablement compliqu&eacute; au vu du relatif d&eacute;sint&eacute;ressement des producteurs quand on &eacute;voque la SF ou le fantastique en France - jouer dans des s&eacute;ries fantastiques, &ccedil;a vous permet de d&eacute;velopper diff&eacute;remment la &lsquo;caract&eacute;risation&rsquo; des personnages, ou de leur amener du r&eacute;alisme par exemple ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing : </strong>J&rsquo;ai toujours pens&eacute; que la t&eacute;l&eacute;vision &eacute;tait un tr&egrave;s grand terrain de jeu pour les acteurs et pour les personnages&hellip; Alors oui caract&eacute;risation et r&eacute;alisme sont au menu d&rsquo;un film fantastique. Un r&eacute;alisme enchant&eacute; aussi et qui se double d&rsquo;un cin&eacute;ma de la pens&eacute;e, et des id&eacute;es&hellip; Il y a eu <em>Les Revenants</em>, mais aussi <em>Trepalium</em> chez Arte, <em>Onde de choc</em> &agrave; France T&eacute;l&eacute;vision &nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; On sait l&rsquo;importance qu&rsquo;ont les seconds r&ocirc;les, sans lesquels rien ne pourrait se construire (&agrave; part les stand-up ? &hellip;). </span></strong></em><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous avez tourn&eacute; dans de tr&egrave;s nombreux films de cin&eacute;ma et t&eacute;l&eacute;visions, et vous avez &eacute;t&eacute; remarqu&eacute;, sans compter des s&eacute;ries, des courts-m&eacute;trages&hellip;&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Une premi&egrave;re chose, le mot vous choque t-il ? ; ensuite, est-ce que justement, jouer des seconds r&ocirc;les ne serait pas des fois plus enrichissant ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> Je dirais qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petits r&ocirc;les. Ensuite je fais partie d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;acteur qui se ballade entre premiers r&ocirc;les et r&ocirc;les dit secondaires (je pref&egrave;re le terme anglais supporting role) et ou la fronti&egrave;re entre ces deux pr&eacute;sences est devenu de plus en plus flou. &Agrave; cause de cette question du point de vue qui est beaucoup plus fragment&eacute; dans les oeuvres d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sans doute.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Pouvez-vous nous parler de votre m&eacute;tier d&rsquo;acteur aujourd&rsquo;hui ? Comment le concevez-vous ? Avez-vous l&rsquo;impression que cela devient plus compliqu&eacute; en terme de diffusion avec la diversification des m&eacute;dias, sans omettre d&rsquo;&eacute;voquer les plateformes !?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> J&rsquo;ai beau faire, il faut que cela matche avec le sc&eacute;nario donc peu importe o&ugrave; il se trouve. &Agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, sur une plateforme, au cin&eacute;ma&hellip; ? Sur un plateau de th&eacute;&acirc;tre ? Je prends.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Les budgets pour les artistes baissent. C&rsquo;est contre-productif. Il faut &eacute;quilibrer, donner des &eacute;chelles de salaires selon le parcours, selon l`&acirc;ge, pour que tout le monde puisse vivre de son art.&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;">Mais mon seul cr&eacute;do est de faire et refaire et d&rsquo;aller &agrave; la rencontre de beaux projets, d&rsquo;aller creuser, aiguiser mon art&hellip;:)))<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/Aure%CC%81lienRecoing.jpg" alt="AurélienRecoing.jpg (143 KB)" width="1156" height="771"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Avec une carri&egrave;re aussi diversifi&eacute;e et remplie que la v&ocirc;tre, quelles sont aujourd&rsquo;hui vos envies ? Retourner un peu plus vers le th&eacute;&acirc;tre, avoir des r&ocirc;les plus importants au cin&eacute;ma ?&nbsp;</span></strong></em><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">Vous avez &eacute;galement mis en sc&egrave;ne plusieurs pi&egrave;ces, c&rsquo;est un axe que vous aimeriez plus d&eacute;velopper ?</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> Disons que j&rsquo;essaye d&rsquo;&eacute;quilibrer le th&eacute;&acirc;tre en tant qu&rsquo;acteur et metteur en sc&egrave;ne ainsi que ma pr&eacute;sence au cin&eacute;ma en tant qu&rsquo;acteur et cin&eacute;aste. Cela fait partie enti&egrave;rement de mes d&eacute;sirs, de mes recherches. Je d&eacute;veloppe aussi des deux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;Atlantique, aux USA et en France mais aussi au Qu&eacute;bec avec du cin&eacute;ma et du th&eacute;&acirc;tre.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; On a constat&eacute; que vous aviez &nbsp;beaucoup travaill&eacute; pour le th&eacute;&acirc;tre, donnant vie &agrave; de nombreux personnages&hellip; &Ccedil;a repr&eacute;sente un tr&egrave;s large &eacute;ventail d&rsquo;auteurs, allant des classiques aux modernes ; il nous a sembl&eacute; qu&rsquo;on vous y voyait un peu moins r&eacute;cemment&hellip; <br></span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> Il n&rsquo;y a jamais eu d&rsquo;opposition pour moi entre cin&eacute;ma / t&eacute;l&eacute;vision et th&eacute;&acirc;tre. L&rsquo;un nourrit l&rsquo;autre et vice-versa. Et d&rsquo;un point de vue de la construction d&lsquo;un personnage c&rsquo;est la m&ecirc;me chose, le fond et la forme, selon le mode d&rsquo;expression. Sauf qu&rsquo;au th&eacute;&acirc;tre on cr&eacute;e l&rsquo;espace autour de soi et qu&rsquo;au cin&eacute;ma on le r&eacute;invente. Au th&eacute;&acirc;tre je cherche la discontinuit&eacute; dans la continuit&eacute;. Et au cin&eacute;ma la continuit&eacute; dans la discontinuit&eacute;. Et j&rsquo;aime cette id&eacute;e de Robert Bresson "Il ne faut jouer personne".<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Quels sont les s&eacute;ries ou films, o&ugrave; l&rsquo;on va vous retrouver bient&ocirc;t ? </span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> <em>Mara&eacute;</em> de Jacques Kulger sur OCS aujourd&rsquo;hui. Un film fantastique. Un unitaire s&rsquo;appuyant sur des faits r&eacute;els, ceux des essais nucl&eacute;aires en Polyn&eacute;sie Fran&ccedil;aise.</span><br><span style="font-size: 14pt;">Et toujours <em>Bugarach</em> sur FranceTV.com&hellip;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Bient&ocirc;t le <em>Ph&egrave;dre</em> de Yannis Ritsos pour le th&eacute;&acirc;tre que je mets en sc&egrave;ne avec l&rsquo;actrice Qu&eacute;b&eacute;coise Ann-Sophie Archer, au 7L &agrave; Paris. Et puis <em>Oronte</em> dans <em>le Misanthrope</em> mis en sc&egrave;ne par Georges Lavaudant au Printemps des Com&eacute;diens en janvier 25 et mars &agrave; l&rsquo;Ath&eacute;n&eacute;e. &nbsp;Une reprise bient&ocirc;t aussi du <em>Ph&egrave;dre</em> de S&eacute;n&egrave;que o&ugrave; je jouais Th&eacute;s&eacute;e au Th&eacute;&acirc;tre de l&rsquo;Ath&eacute;n&eacute;e toujours dans une mise en sc&egrave;ne de Georges Lavaudant.</span><br><span style="font-size: 14pt;">En projet pour Avignon 2025 <em>En Attendant Godot</em> mis en sc&egrave;ne de Jacques Osinsky.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">Et il y a aussi bient&ocirc;t le tr&egrave;s beau film de No&euml;l Alpi <em>GRAND CIEL</em> qui sera enfin diffus&eacute; sur ARTE France les vendredi 2 ao&ucirc;t &agrave; 23h11 et vendredi 23 ao&ucirc;t &agrave; 15h26&hellip;</span><br><span style="font-size: 14pt;"><em>GRAND CIEL</em> sera pr&eacute;sent ensuite sur Arte en &laquo; replay &raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><em><strong><span style="font-size: 14pt;">&bull; Aur&eacute;lien, merci d&rsquo;avoir partag&eacute; avec nous votre actualit&eacute; !&nbsp;</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>Aur&eacute;lien Recoing :</strong> Merci &agrave; vous<br></span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">Sylvain M&eacute;nard, juillet 2024</span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Cr&eacute;dits photos, &copy; John Alexander</p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>INTERVIEW JOHN PAESANO ; "LA PLANETE DES SINGES : LE NOUVEAU ROYAUME" (David-Emmanuel – Le BOvore)</title>
      <description><![CDATA[C'est presque de fa&ccedil;on confidentielle que la franchise La Plan&egrave;te des Singes vient de se relancer au cin&eacute;ma. Sept ans apr&egrave;s la mort de C&eacute;sar dans le final cr&eacute;pusculaire de Mat...]]></description>
      <pubDate>Sat, 22 Jun 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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      <content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">C'est presque de fa&ccedil;on confidentielle que la franchise La Plan&egrave;te des Singes vient de se relancer au cin&eacute;ma. Sept ans apr&egrave;s la mort de C&eacute;sar dans le final cr&eacute;pusculaire de Matt Reeves &amp; Michael Giacchino, Wes Ball (la Trilogie Labyrinthe) et son musicien John Paesano tentent une nouvelle perc&eacute;e dans l'univers simien de Pierre Boulle, &agrave; travers un bond temporel qui nous rapproche un peu plus du film originel de 1968. C'est d'ailleurs par amour pour l'&oelig;uvre de Franklin Schaffner et ses descendants contemporains que le tandem d&eacute;cide d'embrasser l'h&eacute;ritage musical de la franchise - comme jamais auparavant - en s'impr&eacute;gnant aussi bien du s&eacute;rialisme de Jerry Goldsmith que du minimalisme de Michael Giacchino. Mais Le Nouveau Royaume n'oublie pas pour autant de se d&eacute;marquer par son approche immersive, ses &eacute;lans m&eacute;lodiques subtils et sa ma&icirc;trise de la narration musicale qui ont fait la renomm&eacute;e du compositeur de Daredevil. Quand vient le moment de se livrer sur sa partition, l'ancien &eacute;l&egrave;ve de Jerry Goldsmith se montre non seulement tr&egrave;s g&eacute;n&eacute;reux en anecdotes mais se r&eacute;v&egrave;le aussi incroyablement passionn&eacute; par son art.</h2>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;on ressent en prenant part &agrave; un univers aussi iconique que celui de La Plan&egrave;te des Singes ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Wes [Ball] et moi avons toujours entretenu une relation de travail informelle : nous collaborons ensemble avant m&ecirc;me que le film n&rsquo;obtienne le feu vert des producteurs. Quelque part, &ccedil;a nous donne toujours une longueur d'avance. Alors, quand il m&rsquo;a parl&eacute; de son intention de faire un film sur La Plan&egrave;te des Singes, j'ai tout de suite commenc&eacute; &agrave; d&eacute;velopper certaines id&eacute;es. J&rsquo;&eacute;tais incroyablement excit&eacute; ! Quand on a r&eacute;alis&eacute; que le projet se concr&eacute;tisait vraiment, je n&rsquo;en revenais pas d&rsquo;avoir obtenu l&rsquo;&eacute;criture du score. Deux secondes plus tard, je r&eacute;alisais que c&rsquo;&eacute;tait &agrave; moi de l&rsquo;&eacute;crire ! La peur s&rsquo;installait en moi&hellip; Je pensais &agrave; tous ces compositeurs incroyables qui ont fait partie de cette franchise : Jerry Goldsmith - bien &eacute;videmment - Michael Giacchino, Patrick Doyle et Leonard Roseman. Je voulais &ecirc;tre en mesure de maintenir cet incroyable h&eacute;ritage musical, si embl&eacute;matique et iconique, comme vous dites. Mais quand on songe trop &agrave; se mettre &agrave; la hauteur des autres, on s&rsquo;enfonce dans un puits sans fond. Donc, &agrave; un moment donn&eacute;, il a fallu que je me mette des &oelig;ill&egrave;res pour me concentrer sur la t&acirc;che &agrave; accomplir. Il &eacute;tait important pour Wes et moi d'honorer l'h&eacute;ritage qui nous a pr&eacute;c&eacute;d&eacute;, de lui rendre hommage, tout en essayant de tracer notre propre voie avec de nouvelles id&eacute;es cr&eacute;atives, pour faire avancer la franchise d&rsquo;une nouvelle mani&egrave;re. Jongler entre ces deux challenges &eacute;tait &agrave; la fois excitant et effrayant. Mais on ne pouvait pas prendre exactement la m&ecirc;me direction que Michael Giacchino et Matt Reeves ou Patrick Doyle et Rupert Wyatt car Le Nouveau Royaume est un film tr&egrave;s diff&eacute;rent de la derni&egrave;re trilogie &ndash; Les Origines, L&rsquo;Affrontement et Supr&eacute;matie. &nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">L&rsquo;influence de vos pr&eacute;d&eacute;cesseurs se discerne tr&egrave;s clairement dans votre approche musicale (organique, atonale et immersive comme Goldsmith ; minimaliste, m&eacute;lancolique et subtile comme Giacchino) mais aussi dans votre palette instrumentale (les percussions, les timbales, le piano, les cuivres). En quoi cette coh&eacute;rence/continuit&eacute; musicale vous-a-t-elle parue essentielle ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Wes et moi appr&eacute;cions la musique de film, pas seulement en tant que r&eacute;alisateur ou compositeur, mais aussi en tant que fans. Wes est une v&eacute;ritable encyclop&eacute;die vivante de la musique de film. Il en sait plus sur le sujet que moi ou la plupart des compositeurs que je connais. J&rsquo;ai moi-m&ecirc;me toujours &eacute;t&eacute; un grand fan de musique de film avant m&ecirc;me de savoir jouer d'un instrument. Dans cette optique, nous nous sommes concentr&eacute;s sur ce que nous voulions entendre en tant que fans. Il &eacute;tait tr&egrave;s important que l'h&eacute;ritage et la palette sonore des pr&eacute;c&eacute;dents films de la franchise fassent partie int&eacute;grante du Nouveau Royaume ; et pas seulement pour y faire un clin d'&oelig;il ou rendre un hommage. Mais parce que nous voulions &eacute;tablir un lien avec l&rsquo;&eacute;norme fanbase issue de la derni&egrave;re trilogie. C&rsquo;&eacute;tait une grande responsabilit&eacute; que l&rsquo;on ressentait. Nous voulions vraiment immerger ces fans dans ce nouveau monde en leur offrant un peu de familiarit&eacute;. La musique emprunte donc une grande partie du langage de Michael Giacchino au d&eacute;but du film ; lorsqu&rsquo;on d&eacute;couvre ce monde idyllique dans lequel vivent les singes, leur environnement, leurs relations avec leur clan, etc. Nous ne voulions pas utiliser ses m&eacute;lodies ni ses motifs mais simplement son langage. C&rsquo;&eacute;tait une mani&egrave;re de leur faire savoir que nous ne les avons pas oubli&eacute;s. Et je pense qu&rsquo;il &eacute;tait pr&eacute;f&eacute;rable de faire un peu de fan service plut&ocirc;t que de les exposer &agrave; un paysage sonore compl&egrave;tement diff&eacute;rent. Ce serait non seulement tr&egrave;s distrayant mais surtout ali&eacute;nant. Un peu comme si, en regardant un film Star Wars, vous entendiez d&rsquo;embl&eacute;e une musique &eacute;lectronique hybride, &agrave; l&rsquo;oppos&eacute; de John Williams ! Puis nous avons eu l&rsquo;opportunit&eacute; d&rsquo;&eacute;voluer lentement vers une nouvelle texture, plus proche de Jerry Goldsmith&hellip;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Le rapprochement temporel avec le film originel semble avoir favoris&eacute; cette transition&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Wes avait con&ccedil;u quelques s&eacute;quences dont l&rsquo;ADN visuel rappelait beaucoup le film original de 1968. L'une d'entre elles correspond &eacute;videmment la chasse &agrave; l'homme, &laquo; Human Hunt &raquo;, et l'autre, &agrave; la s&eacute;quence du pont. Contrairement aux films de Matt Reeves, Le Nouveau Royaume pr&eacute;sente des singes dans un monde de singes ; les humains sont tr&egrave;s peu nombreux. Cet aspect du sc&eacute;nario nous a permis d'explorer davantage la palette de Jerry Goldsmith et de citer plus litt&eacute;ralement son &oelig;uvre. J'estime que c&rsquo;est un luxe d&rsquo;avoir pu le faire. C'est la premi&egrave;re fois que la musique originale de Jerry Goldsmith est cit&eacute;e dans un film La Plan&egrave;te des Singes. Mais attention, ce n&rsquo;est pas une reprise &agrave; l'identique de sa musique, ce n&rsquo;est pas du copier-coller. Dans &laquo; Human Hunt &raquo; par exemple, je r&eacute;utilise les 30 premi&egrave;res secondes de son morceau [&laquo; The Hunt &raquo;] mais l'arrangement est tr&egrave;s diff&eacute;rent. Nous l&rsquo;avons &eacute;toff&eacute;, &eacute;lev&eacute;, pour lui donner plus d&rsquo;ampleur. Une fois les 30 premi&egrave;res secondes pass&eacute;es, la musique adopte le langage que Jerry avait d&eacute;velopp&eacute; et l&rsquo;utilise pour tracer son propre chemin. Quand il a &eacute;crit La Plan&egrave;tes des Singes, il s&rsquo;est inspir&eacute; d&rsquo;un style tr&egrave;s sp&eacute;cifique appel&eacute; le &laquo; s&eacute;rialisme &raquo; qui comportait des r&egrave;gles d'&eacute;criture tr&egrave;s pr&eacute;cises. C'est une technique classique moderne qu&rsquo;il a utilis&eacute; et d&eacute;velopp&eacute; sur ce film. J&rsquo;ai r&eacute;pertori&eacute; ces r&egrave;gles et ces &eacute;l&eacute;ments stylistiques dans un classeur entier. C'&eacute;tait un mat&eacute;riel d&rsquo;&eacute;tude pr&eacute;cieux, une sorte de feuille de route que j'ai beaucoup utilis&eacute;e pendant l&rsquo;&eacute;criture. La sc&egrave;ne o&ugrave; Noa quitte le village du clan des aigles et s'aventure dans la vall&eacute;e de l'au-del&agrave; - que j'appelle la zone interdite &ndash; s&rsquo;est av&eacute;r&eacute;e &ecirc;tre un excellent point de transition entre le langage de Michael et celui de Jerry. La structure de l'image permettait de faire cette transition et de guider le spectateur dans ce nouveau son vers lequel on se dirigeait. Le monde de Jerry est donc une sorte de pont qui nous am&egrave;ne dans l&rsquo;univers de Proximus.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Le choix d&rsquo;&eacute;tablir une coh&eacute;rence musicale n&rsquo;est-il pas &agrave; double tranchant ? Ne craigniez-vous pas d&rsquo;&eacute;voluer dans l&rsquo;ombre de vos pr&eacute;d&eacute;cesseurs en tentant de leur rendre hommage ? Ne craignez-vous pas que ce cadre pr&eacute;cis vous limite en termes de libert&eacute;s et de cr&eacute;ativit&eacute; ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Dans notre m&eacute;tier, il est tr&egrave;s rare que des compositeurs puissent imposer leur vision. La plupart du temps, le r&eacute;alisateur dirige le spectacle comme Christopher Nolan sur Oppenheimer. C'est son histoire, son sc&eacute;nario, son film. Quand vous travaillez sur Star Wars, Marvel ou La Plan&egrave;te des Singes, vous &ecirc;tes impliqu&eacute;s dans des franchises majeures qui existent depuis plus de 20 ans, 30 ans ou 50 ans. Ces franchises regroupent un grand public et un grand fandom. Beaucoup de gens pensent qu'un compositeur peut &eacute;crire tout ce qu'il veut sur un film. Mais c'est une fausse id&eacute;e de notre m&eacute;tier. Notre responsabilit&eacute; va au-del&agrave; de nos envies. La Plan&egrave;te des Singes ne m'appartient pas. C'est la vision de Wes qui prime sur la mienne. Mais Wes n'est pas non plus propri&eacute;taire de La Plan&egrave;te des Singes. La franchise appartient aux 20th Century Studios et &agrave; Disney qui ont &eacute;videmment leur mot &agrave; dire sur la musique. Il y a tellement de collaborateurs et de d&eacute;cideurs qui interviennent tout au long du processus&hellip; Tout le monde travaille en &eacute;quipe pour essayer de d&eacute;terminer la mani&egrave;re dont le score sera fa&ccedil;onn&eacute;. Il ne s'agit pas simplement de m&rsquo;exprimer en tant qu&rsquo;artiste. Je dois surtout &ecirc;tre conscient de ce que veulent le studio, le r&eacute;alisateur et le fandom. C'est mon travail de rassembler toutes ces id&eacute;es diff&eacute;rentes, d'essayer de leur donner un sens et d&rsquo;en faire de l'art avec. En fin de compte, je suis comme un &eacute;b&eacute;niste. Les gens me disent le type d'armoire et le type de quincaillerie qu'ils veulent. Je leur propose la poign&eacute;e que je trouve la plus adapt&eacute;e pour leur meuble mais ils peuvent exiger un tout autre type de poign&eacute;e que je vais devoir construire.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">La Plan&egrave;te des Singes &eacute;tant un univers tr&egrave;s visuel, quelle a &eacute;t&eacute; l&rsquo;influence des CGI sur votre cr&eacute;ativit&eacute; ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Pour la majeure partie du film, nous avons d&ucirc; travailler avec des images inachev&eacute;es parce que les effets sonores et la musique se construisaient en m&ecirc;me temps que les effets visuels. C'est une exp&eacute;rience assez d&eacute;concertante &agrave; vrai dire&hellip; &nbsp;Imaginez-vous bien : vous &eacute;crivez un morceau de musique pour Owen Teague - qui joue Noa - dans son costume gris &eacute;quip&eacute; d&rsquo;un mat&eacute;riel de motion capture ; vous faites fonctionner ce morceau pour la sc&egrave;ne, et tout d'un coup, lorsque Owen se transforme en singe, vous r&eacute;alisez que votre musique n'est plus &agrave; sa place ! L&rsquo;&eacute;motion transmise par ce m&ecirc;me personnage est compl&egrave;tement diff&eacute;rente : ses expressions, ses yeux, ont chang&eacute; ; il est plus grand et a l'air plus confiant. Avant &ccedil;a, il n'&eacute;tait qu&rsquo;un humain. Nous avons donc d&ucirc; &eacute;crire plusieurs versions diff&eacute;rentes du score pour les m&ecirc;mes personnages : une pour leur forme humaine, avant que les effets visuels n&rsquo;interviennent, et une autre pour leur forme simienne. Dans un film comme Avengers par exemple, les effets visuels sont tr&egrave;s nombreux mais, pour l'essentiel, ce sont des humains qui interagissent devant une cam&eacute;ra. Black Widow ressemble &agrave; Scarlett Johansson. Captain America ressemble &agrave; Captain America. Robert Downey Jr, quand il ne vole pas, ressemble &agrave; Iron Man. Ils ont des costumes ou des armures mais vous savez &agrave; quoi ils ressemblent. Vous pouvez lire leurs expressions, leurs &eacute;motions. Il est donc plus facile de se faire une id&eacute;e assez pr&eacute;cise du rendu final. &Agrave; certains moments, j'ai d&ucirc; ignorer l'image et cr&eacute;er des th&egrave;mes pour des personnages qui r&eacute;sonnaient avec des images fixes. Mon inspiration se basait sur mes conversations avec Wes et les illustrations de la production artistique. J&rsquo;ai beaucoup travaill&eacute; &agrave; partir de storyboards, de concept art ou de dessins r&eacute;alis&eacute;s en pr&eacute;production.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">&Ccedil;a pourrait presque para&icirc;tre paradoxal de ne pas composer &agrave; partir des images pour un film aussi visuel ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Il s'agit d'une approche beaucoup plus large de la musique en tant que telle. D'une mani&egrave;re tr&egrave;s &eacute;trange, &ccedil;a rappelle la fa&ccedil;on dont les compositeurs devaient travailler dans les ann&eacute;es 1960/1970. Quand John Williams a d&ucirc; composer la musique de Star Wars, il n'avait pas d'image num&eacute;rique &agrave; sa disposition. Il n&rsquo;avait pas non plus la possibilit&eacute; de lancer sa musique dans un s&eacute;quenceur ni d&rsquo;y placer des marqueurs. Le processus de composition &eacute;tait totalement diff&eacute;rent : George Lucas et John Williams se r&eacute;unissaient pour discuter d&rsquo;un personnage et d&eacute;cidaient de lui donner un th&egrave;me. Williams &eacute;crivait une suite, la jouait pour Lucas, qui la validait ou non. Ensuite, ils la pla&ccedil;aient dans le film et faisaient quelques corrections pour l&rsquo;adapter &agrave; la sc&egrave;ne. Il ne s'agissait donc pas seulement d'&eacute;crire pour l'image, mais plut&ocirc;t d'&eacute;crire une musique qui correspondait &agrave; l'histoire ou au personnage, puis de l'int&eacute;grer &agrave; l'image. C&rsquo;est pourquoi les partitions de John Williams, Jerry Goldsmith ou John Barry sont si m&eacute;lodiques et musicales. A l&rsquo;inverse, les partitions modernes sont devenues plus influenc&eacute;es par l'image et moins par les personnages. Quand je regarde des films r&eacute;cents, je suis capable de vous dire si le compositeur a &eacute;crit en fonction de l'image ou non. C&rsquo;est le cas, par exemple, si la musique se cale sur les mouvements de la cam&eacute;ra, qui survole de grands paysages. M&ecirc;me si Le Nouveau Royaume est un film tr&egrave;s visuel, la musique est structur&eacute;e en fonction des personnages ; elle essaye de raconter une histoire plut&ocirc;t que de s&rsquo;int&eacute;grer simplement aux images. Le score est donc tr&egrave;s th&eacute;matique &ndash; il y a un th&egrave;me pour Noa, un th&egrave;me pour Proximus, un th&egrave;me pour le clan des aigles. Pour r&eacute;sumer, c'est une approche &agrave; l&rsquo;ancienne que j'ai adopt&eacute;e ; un retour &agrave; la vieille &eacute;cole. J&rsquo;ai abord&eacute; la partition comme Jerry Goldsmith l'aurait fait en 1968.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Cette dichotomie entre les acteurs en combinaison de motion capture et leur avatar simien CGI est int&eacute;ressante&hellip; Visuellement, la diff&eacute;rence est, bien entendu, &eacute;vidente. Mais les singes &eacute;prouvent pourtant des sentiments tr&egrave;s &laquo; humains &raquo; ; ils d&eacute;veloppent une forme d&rsquo;humanit&eacute;. La musique exprime d&rsquo;ailleurs la tristesse, la nostalgie, la col&egrave;re, la m&eacute;fiance, le courage, la solidarit&eacute;, l&rsquo;espoir&hellip; A quel(s) niveau(x) votre premi&egrave;re version du score dysfonctionnait ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> On a r&eacute;alis&eacute; que plus les orchestrations, les harmonies ou les m&eacute;lodies &eacute;taient complexes, et moins les sc&egrave;nes fonctionnaient. Wes estimait que la musique n'avait pas besoin d&rsquo;&ecirc;tre aussi expressive avec les singes. Il avait raison : ce n'&eacute;tait pas n&eacute;cessaire. Il suffisait d&rsquo;&eacute;tablir des th&egrave;mes ou des motifs simples, men&eacute;s par un instrument solo. Plus la musique &eacute;tait simple, plus elle permettait d'exprimer au mieux leurs &eacute;motions. Trop de musicalit&eacute; rendait le film plus fantaisiste. Or, Wes a toujours veill&eacute; &agrave; ce que son film soit tr&egrave;s ancr&eacute; dans le r&eacute;el. Mais surtout, il voulait que le public se sente immerg&eacute; dans ce monde, qu'il ait l'impression d'&ecirc;tre assis &agrave; c&ocirc;t&eacute; des personnages. Certains scores ont tendance &agrave; vous sortir du film et vous rappellent que vous n&rsquo;&ecirc;tes qu&rsquo;un simple spectateur qui le regarde. C&rsquo;est pourquoi nous voulions que la musique soit &laquo; ressentie &raquo;, mais pas n&eacute;cessairement &laquo; entendue &raquo;. Du point de vue du mixage, elle est souvent si basse qu&rsquo;on a l&rsquo;impression que le film en contient peu. Mais il &eacute;tait important que les gens restent concentr&eacute;s sur les lignes de dialogues. La musique ne devait pas distraire le public. Il y a donc eu beaucoup de r&eacute;flexion sur la fa&ccedil;on d&rsquo;aborder tous ces aspects au niveau musical. Finalement, je pense que la musique devait contrebalancer la richesse des images par sa simplicit&eacute;. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre la raison pour laquelle Michael Giacchino a opt&eacute; pour une approche similaire.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;"><strong>Il y a n&eacute;anmoins quelques exceptions comme &laquo; Together Strong &raquo; qui demeure le morceau le plus audible du film. Toute la complexit&eacute; &eacute;motionnelle de la sc&egrave;ne r&eacute;side dans ce crescendo intense qui transcende les images.</strong>&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> &laquo; Together Strong &raquo; a &eacute;t&eacute; &eacute;crit &agrave; partir de nos conversations sur le personnage de Noa &ndash; sans images. Comme je l&rsquo;ai dit, cette mani&egrave;re de faire se pr&ecirc;te &agrave; une &eacute;criture plus musicale, plus &eacute;motionnelle. Si j'avais compos&eacute; un morceau pour cette s&eacute;quence sp&eacute;cifique, il aurait probablement &eacute;t&eacute; plus court et plus &eacute;dulcor&eacute;. Je n&rsquo;aurais peut-&ecirc;tre pas trouv&eacute; la m&ecirc;me id&eacute;e m&eacute;lodique ni la m&ecirc;me construction. Si vous remarquez, elle commence par un ocarina, un instrument &agrave; vent ethnique que l&rsquo;on n&rsquo;entend pas dans le film. Seule la fin de ce morceau est jou&eacute;e. Wes l&rsquo;a ador&eacute; et a voulu conserver cette id&eacute;e m&eacute;lodique pour le th&egrave;me de Noa. &laquo; Together Strong &raquo; a finalement &eacute;t&eacute; int&eacute;gr&eacute; &agrave; la s&eacute;quence o&ugrave; Noa se lie avec l&rsquo;aigle de son p&egrave;re. Wes faisait toujours attention &agrave; ne pas trop appuyer l&rsquo;&eacute;motion. Peut-&ecirc;tre l&rsquo;avez-vous remarqu&eacute; mais la bande-originale contient deux heures de musiques. Une grande partie n'a pas &eacute;t&eacute; retenue dans le montage final &ndash; comme les morceaux &laquo; Caesar's Compassion &raquo; ou &laquo; The Valley Beyond &raquo; - parce que nous avons estim&eacute; ne pas en avoir besoin. Il ne fallait pas sur-sc&eacute;nariser les moments ni l'&eacute;motion dans certaines parties du film. Mais l&rsquo;instant o&ugrave; Noa se lie &agrave; l&rsquo;aigle appelait une musique plus forte. En fait, je crois que c&rsquo;est le studio qui l&rsquo;a demand&eacute; &agrave; Wes. Ce moment o&ugrave; la musique gagne en ampleur se m&eacute;ritait. Et nous l&rsquo;avons bien m&eacute;rit&eacute; !&nbsp;<br><br></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><img src="/upload/John%20Paesano_PR_3%20Cre%CC%81dits%20Todd%20Williamson.jpg" alt="John Paesano_PR_3 Crédits Todd Williamson.jpg (916 KB)" width="1655" height="1104"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">La partition de Patrick Doyle r&eacute;v&eacute;lait la col&egrave;re des singes face &agrave; la domination humaine et leur soif d'&eacute;mancipation tandis que les notes de Michael Giacchino apparaissaient plus d&eacute;pouill&eacute;es, plus m&eacute;lancoliques et &eacute;l&eacute;giaques, en accord avec l&rsquo;univers post-apocalyptique d&eacute;peint par Matt Reeves. En quoi votre musique refl&egrave;te-elle le nouveau monde dans lequel les singes et les humains &eacute;voluent ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Quand nous nous r&eacute;unissions pour regarder les illustrations de la production artistique, une chose en particulier a retenu notre attention : &nbsp;la Terre s&rsquo;est appropri&eacute;e le monde humain. On y voyait tous les vestiges de cette civilisation pass&eacute;e : des gratte-ciels entour&eacute;s d'arbres, un vieux baril de p&eacute;trole, une benne &agrave; ordures, de vieux p&eacute;troliers &eacute;chou&eacute;s sur le rivage et m&ecirc;me un piano recouvert de lierre dans une &eacute;cole. &Ccedil;a a d&eacute;fini notre approche : la musique devait &ecirc;tre organique. Les sons utilis&eacute;s ne devaient pas para&icirc;tre &eacute;trangers &agrave; ce monde mais, au contraire, ils devaient donner l&rsquo;impression de lui appartenir. Tous nos choix d'instruments &eacute;taient bas&eacute;s sur ce concept. Il n&rsquo;y a donc pas de synth&eacute;tiseurs ni d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments modernes dans le score. Si nous devions cr&eacute;er une sonorit&eacute; particuli&egrave;re, nous devions le faire &agrave; partir d'instruments susceptibles d&rsquo;exister dans ce monde. Il nous est arriv&eacute;, par exemple, de pincer les cordes d'un piano pour donner l&rsquo;impression que le son &eacute;manait d&rsquo;une grotte g&eacute;ante. Mais l&rsquo;orchestre traditionnel n&rsquo;est pas le seul outil que nous avons utilis&eacute;. Nous avons aussi jou&eacute; sur des verres et frapp&eacute; des plaques en m&eacute;tal avec des marteaux. Il n'y a rien qui ne soit pas organique dans le score.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Quelles autres exp&eacute;rimentations avez-vous men&eacute; ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> En fin de compte, nous avons souhait&eacute; que l&rsquo;esprit exp&eacute;rimental de Jerry impr&egrave;gne chaque morceau de la bande-originale. C&rsquo;est une mani&egrave;re de le faire perdurer. A chaque fois que j'&eacute;crivais quelque chose, je me demandais : &laquo; qu'est-ce que ferait Jerry ? &raquo;. Peut-&ecirc;tre qu&rsquo;au lieu de jouer de la clarinette de mani&egrave;re traditionnelle, on pourrait mettre une chaussette &agrave; l'avant de la clarinette pour cr&eacute;er un effet particulier ? Et pourquoi ne pas mettre un tas de billes sur la peau d&rsquo;une batterie ? &nbsp;On pourrait ainsi obtenir un son cr&eacute;pitent en frappant dessus. C'est ce que nous avons fait tout au long du film. Nous &eacute;tions toujours en train d'explorer diff&eacute;rentes id&eacute;es, diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons d'aborder la musique avec cet esprit d'exp&eacute;rimentation ; d'essayer quelque chose de diff&eacute;rent pour la rendre plus singuli&egrave;re. Je pense qu'encore une fois, tout revient au respect que nous avons pour le film et la musique de 1968. &Agrave; l'&eacute;poque, cette partition a transform&eacute; la musique de film. Elle a marqu&eacute; un tournant dans la fa&ccedil;on dont les gens consid&eacute;raient la musique de film. Et je pense qu'elle a donn&eacute; &agrave; de nombreux compositeurs l'id&eacute;e qu&rsquo;ils n&rsquo;&eacute;taient pas oblig&eacute;s d&rsquo;&eacute;crire une musique luxuriante ou romantique mais qu&rsquo;ils pouvaient essayer quelque chose de diff&eacute;rent. &Ccedil;a a donn&eacute; confiance aux studios pour qu'ils laissent les compositeurs emprunter cette voie. Ce fut une partition r&eacute;volutionnaire !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;"><strong>Le jeu des instruments semble clairement imiter les mouvements des singes, quand ils se battent ou quand ils courent (&laquo; For Caesar &raquo;, &laquo; Human Hunt &raquo;, &laquo; Cannot Trust A Human &raquo;, &laquo; Ape Aquatics &raquo;). Il y a un c&ocirc;t&eacute; tr&egrave;s &laquo; sauvage &raquo;, tr&egrave;s &laquo; bestial &raquo;, dans l&rsquo;interpr&eacute;tation des musiciens qui renforce la dimension organique et immersive de la musique. Cette approche ludique &eacute;tait-elle intentionnelle ?</strong>&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Oui, vous visez juste ! On voulait donner l&rsquo;impression que les singes jouent eux-m&ecirc;mes des instruments. Cette mani&egrave;re de jouer r&eacute;v&egrave;le une grande simplicit&eacute; mais refl&egrave;te aussi l&rsquo;aspect primitif du monde que l&rsquo;on voulait repr&eacute;senter. Wes n&rsquo;arr&ecirc;tait pas d&rsquo;utiliser ce mot - &laquo; primitif &raquo;. Dans une certaine mesure, cette approche avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e par Jerry Goldsmith. Sur le film original, il a travaill&eacute; avec Emil Richards, un percussionniste exp&eacute;rimental extraordinaire dont le r&ocirc;le a &eacute;t&eacute; essentiel. En fabriquant ses propres instruments, il a cr&eacute;&eacute; beaucoup de sons in&eacute;dits qui ont contribu&eacute; &agrave; rendre ce score si unique. Nous avons voulu adopter cet esprit et cet ADN dans notre approche du d&eacute;veloppement des sons, en particulier pour les sc&egrave;nes d'action. Une fois la production du film lanc&eacute;e, je suis all&eacute; &agrave; Los Angeles pour voir tous les instruments percussifs qui ont &eacute;t&eacute; utilis&eacute;s sur le premier Plan&egrave;te des Singes. Emil Richards y a rassembl&eacute; toute sa collection dans un endroit qui s'appelle LA Percussion Rentals. Mais je ne suis pas seulement all&eacute; l&agrave;-bas pour les regarder, je voulais surtout les entendre jouer. Il &eacute;tait essentiel de comprendre les diff&eacute;rentes techniques de jeu utilis&eacute;es afin de pouvoir les appliquer sur notre film. C'&eacute;tait extraordinaire ! Malheureusement, je n&rsquo;ai pas pu les utiliser car le score du Nouveau Royaume a d&ucirc; &ecirc;tre enregistr&eacute; en Australie et non &agrave; Los Angeles...&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Le Nouveau Royaume nous immerge dans le clan des aigles avec un th&egrave;me tr&egrave;s majestueux qui installe une certaine qui&eacute;tude (&laquo; Eagle Clan &raquo;, &laquo; Memories of Home &raquo;). Mais tr&egrave;s vite, la brutalit&eacute; d&rsquo;une musique atonale vient bousculer cet &eacute;quilibre, lorsque les maraudeurs attaquent leur village (&laquo; Marauders in the Mist &raquo;, &laquo; For Caesar &raquo;). On dirait que ces deux approches se contrebalancent : l&rsquo;un repr&eacute;sente la paix et l&rsquo;autre la guerre. Comment avez-vous abord&eacute; l&rsquo;univers de Proximus C&eacute;sar et des maraudeurs ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> Lorsque j'ai commenc&eacute; &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la mani&egrave;re dont je voulais aborder le score, je suis tomb&eacute; sur une &eacute;tude men&eacute;e par une universit&eacute; d'Atlanta - l&rsquo;Emory University - qui s&rsquo;int&eacute;ressait &agrave; la fa&ccedil;on dont les primates interagissaient avec la musique. Cette &eacute;tude consistait &agrave; faire &eacute;couter de la musique &agrave; des singes plac&eacute;s dans un grand enclos. A chaque fois qu'ils diffusaient de la musique occidentale traditionnelle &ndash; &eacute;crite avec une signature temporelle simple, de type 4/4 - les singes essayaient de s'&eacute;loigner le plus possible de la source sonore en se d&eacute;pla&ccedil;ant de l'autre c&ocirc;t&eacute; de l'enceinte. Ils d&eacute;testaient &ccedil;a ; &ccedil;a les rendait fous. Je pense qu'ils n'aimaient pas la nature r&eacute;p&eacute;titive de ce rythme. Mais chaque fois qu&rsquo;ils passaient de la musique occidentale non traditionnelle, que ce soit de la musique indienne, africaine ou orientale - &eacute;crite avec des signatures temporelles compos&eacute;es, comme la musique s&eacute;rielle &ndash; les singes aimaient &ccedil;a. Ils se sont m&ecirc;me rapproch&eacute;s de l&rsquo;enceinte. Cette &eacute;tude a influenc&eacute; mon approche musicale du monde des maraudeurs et, dans une moindre mesure, celui de Proximus. Nous avons donc &eacute;crit dans un format de musique non occidentale en 11/8, ce qui repr&eacute;sente une signature temporelle atypique, en nous orientant davantage vers une sensibilit&eacute; plus sombre. L&rsquo;endroit o&ugrave; ils vivaient &ndash; ces vieux p&eacute;troliers rouill&eacute;s &ndash; nous a aussi beaucoup inspir&eacute;. En ce qui concerne le personnage de Proximus, nous avons repris l'id&eacute;e d&rsquo;un son de corne. &nbsp;Dans le film original, Jerry avait demand&eacute; aux joueurs de cors d&rsquo;harmonie d'enlever l&rsquo;embouchure de leur instrument, de ranger le corps et de souffler dans leur embouchure en simultan&eacute;. C&rsquo;est le m&ecirc;me proc&eacute;d&eacute; que nous utilisons. L'adoption de ces diff&eacute;rentes techniques a donn&eacute; naissance au monde de Proximus et des maraudeurs sur le plan musical.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Le th&egrave;me de Noa r&eacute;v&egrave;le toute sa puissance au fil de l&rsquo;histoire : il se signale d&rsquo;abord en toute discr&eacute;tion, avec quelques cors d&rsquo;harmonie en qu&ecirc;te de reconnaissance (&laquo; Eagle Clan &raquo;), s&rsquo;&eacute;lance dans un voyage initiatique sous l&rsquo;impulsion de cuivres &eacute;piques (&laquo; Noa's Purpose &raquo;) et c&eacute;l&egrave;bre son courage (&laquo; Together Strong &raquo;) et son h&eacute;ro&iuml;sme (&laquo; It Was Ours &raquo;) par la voie de l&rsquo;orchestre. Comment s&rsquo;est construite l&rsquo;id&eacute;e m&eacute;lodique de ce th&egrave;me ?&nbsp;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> A un moment donn&eacute;, Wes et moi avons pens&eacute; que le th&egrave;me de Noa devait correspondre &agrave; l&rsquo;hymne qu'il chante pour se lier &agrave; l'aigle. Mais jouer cette m&eacute;lodie [en musique in et off] &eacute;tait d&eacute;licat. Ce qui nous inqui&eacute;tait, c&rsquo;est que le film se transforme en com&eacute;die musicale. Il ne fallait pas que le public se mette &agrave; rire en &eacute;coutant un singe chanter &agrave; des oiseaux. Nous avons donc d&eacute;cid&eacute; de diff&eacute;rencier ces deux m&eacute;lodies mais de conserver un lien, une relation entre elles. L'hymne de l&rsquo;aigle et le th&egrave;me de Noa devaient donner l'impression d'appartenir au m&ecirc;me monde. Quand j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; composer, j&rsquo;ai r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; quelque chose de cr&eacute;dible, quelque chose qui puisse &ecirc;tre chant&eacute; par un singe. Il ne fallait pas que ce soit trop &eacute;labor&eacute; ou trop complexe. La m&eacute;lodie devait se situer dans une gamme qu'un singe pourrait vocaliser. C&rsquo;est devenu &laquo; Na na na naaaa, na na na naaaa &raquo;. Cette simplicit&eacute; la rendait aussi plus accessible aupr&egrave;s du public. Dans ce film, nous n&rsquo;avons pas souvent eu le luxe de pouvoir &eacute;taler cette m&eacute;lodie. Mais quand c&rsquo;&eacute;tait possible, nous avons fait en sorte qu'elle ait un impact, que les gens puissent l'entendre et la comprendre. Au final, c&rsquo;&eacute;tait assez complexe&hellip; J'ai l'impression qu'il est toujours plus difficile de trouver une m&eacute;lodie courte et simple que de trouver une m&eacute;lodie plus longue avec une section A et une section B.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">D&rsquo;autres id&eacute;es m&eacute;lodiques &eacute;manent du score comme le th&egrave;me &laquo; Discovery &raquo; qui se pr&eacute;sente comme un symbole d&rsquo;espoir, &agrave; la fois pour les humains et les singes&hellip;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> C&rsquo;est le premier morceau de la bande originale et la premi&egrave;re suite que j&rsquo;ai &eacute;crite pour Wes. Cette suite parle des singes et des humains qui d&eacute;couvrent ensemble ce nouveau monde dans lequel ils vivent. C'est aussi le dernier morceau que l'on entend dans le film [&laquo; We Will Rebuild &raquo;]. Ce th&egrave;me repr&eacute;sente donc la d&eacute;couverte d'un nouveau monde, &agrave; travers le personnage de Noa notamment. Celui-ci d&eacute;couvre qu'il existe un monde plus vaste, au-del&agrave; de son clan, mais il d&eacute;couvre aussi l&rsquo;espoir. A la fin du film, Noa pense qu'il y a peut-&ecirc;tre une chance que les singes et les humains parviennent &agrave; vivre ensemble. Dans sa derni&egrave;re conversation avec Mae, il lui demande : &laquo; Les singes et les humains peuvent-ils vivre ensemble ? &raquo; Et Mae ne lui r&eacute;pond pas. Le spectateur en reste l&agrave;, avec cette question sans r&eacute;ponse et cette incertitude sur ce qui va se passer. La musique suit un peu cette id&eacute;e-l&agrave; : il fallait construire un morceau de musique qui insufflait de l'espoir mais qui, en m&ecirc;me temps, laissait des questions en suspens. La premi&egrave;re version que j'ai &eacute;crite &eacute;tait plus sombre mais Wes voulait vraiment que ce th&egrave;me transmette une lueur d'espoir, qu&rsquo;il laisse envisager de meilleures choses pour la suite. Ce nouveau monde sera-t-il porteur d'espoir ? Peut-&ecirc;tre que les humains et les singes trouveront un moyen de vivre l'un avec l'autre ? Mais en m&ecirc;me temps, il fallait maintenir ce courant d&rsquo;incertitude sous-jacent car nous ne savons pas encore ce qui va se passer. C&rsquo;&eacute;tait un &eacute;quilibre &agrave; trouver.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><strong><span style="font-size: 14pt;">Il est amusant de constater que notre empathie se tourne davantage vers les singes alors que nos semblables sont, pour la plupart d&rsquo;entre eux, r&eacute;duits &agrave; une forme primitive extr&ecirc;me et chass&eacute;s comme des proies. L&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; des humains est &eacute;galement tr&egrave;s marqu&eacute;e, notamment &agrave; travers le personnage de Mae. La musique cherche-t-elle &agrave; prendre parti dans cette lutte qui les oppose ? Ou est-ce un sentiment subjectif ?</span></strong><br><span style="font-size: 14pt;">&nbsp;&nbsp;</span><br><span style="font-size: 14pt;"><strong>JOHN PAESANO :</strong> L'id&eacute;e de ce film est fabuleuse : le m&eacute;chant que tout le monde veut vaincre a en r&eacute;alit&eacute; raison. Proximus dit &agrave; Noa que si les humains reprennent le dessus, les singe retourneront vivre dans des cages. Il essaie d'aider Noa plus que Mae ne le ferait. Mais, pour une raison inconnue, Noa continue d'aider cette humaine qui, en fin de compte, pourrait le conduire &agrave; sa perte. Peut-&ecirc;tre que Noa n'a pas encore compris cette lutte ? Il y a une sorte de dissonance cognitive qui se cr&eacute;e lorsqu&rsquo;on essaye de comprendre le point de vue ou la philosophie de chaque personnage. Cette id&eacute;e de jouer avec les &eacute;motions entre les humains et les singes a &eacute;t&eacute; d&eacute;licate &agrave; aborder d&rsquo;un point de vue musical. Nous devions faire tr&egrave;s attention &agrave; ne pas trop orienter l&rsquo;opinion du public dans une direction pr&eacute;cise ; &agrave; ne pas lui dire ce qu'il doit ressentir &agrave; propos de cette relation entre l'homme et le singe. Alors que la plupart des films r&eacute;cents vous imposent d&rsquo;aimer ou de d&eacute;tester tel ou tel personnage, nous avons veill&eacute; &agrave; ce que tout reste aussi ambigu que possible pour que les opinions divergent. Ce choix conscient sur la fa&ccedil;on de traiter cette question rend le film encore plus int&eacute;ressant.&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><br><span style="font-size: 14pt;">*Interview r&eacute;alis&eacute;e par Zoom le 29 Mai 2024</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;">David-Emmanuel &ndash; Le BOvore</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt;">Cr&eacute;dit photo : &copy; Todd Williamson</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14pt;"></span></p>
<p style="text-align: justify;"></p>]]></content:encoded>
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