Nana & les Filles du Bord De Mer : l'Interview de PATRICIA BARDON !


16 août 2020

Amour et valse des sentiments, douceur et tendresse sans oublier cette touche d’exagération et de dérapages souvent involontaires, sont à l’ordre du jour dans ce joli film réalisé par Patricia Bardon : Nana & les Filles du Bord De Mer (l'article est ici). La réalisatrice s’est prêtée avec enthousiasme et sincérité au jeu des questions/réponses.

• Bonjour Patricia Bardon, et merci de répondre à ces quelques questions pour nous. Comment vous est venue cette idée de métrage, NANA ET LES FILLES DU BORD DE MER ? Pourquoi ce sujet ?

Patricia Bardon : Ben, euh, mais, voyons, comment dire … je ne sais plus. Ce scénario a vécu plusieurs vies avant de devenir ce qu'il est.
Par contre depuis longtemps je voulais absolument faire un film au Crotoy et avec le Crotoy, où j'ai habité 15 ans. J'avais des images en tête, des lieux, les rues avec les maisons colorées, la baie bien sûr mais aussi la maison de Nana avec ses grandes vitres qui permettent de jouer avec le dehors et le dedans simultanément. La maison et la ville du Crotoy sont un décor de film à eux seuls.
Après, je crois qu'à l'origine je me posais la question de la différence entre les hommes et les femmes vis à vis du sexe et des rencontres sur Internet. C'est là où le village, et la notion d'anonymat prennent de l'importance.
Il y avait aussi, déjà, le portrait du groupe, comme une famille, et qui peut suffire.

• C’est un film à découvrir, très sensible, assez loin de trop d’histoires sombres ou faciles. Ici on est dans un univers presque éloigné de certaines caricatures… comment avez-vous travaillé cette approche ?

Patricia Bardon : Je m'inspire de ce que je vois autour de moi, de ce qu'on me raconte, de ce que je ressens aussi. J'ai travaillé les personnages pour qu'ils soient touchants, et qu'ils aient tous une vraie partie à jouer, comme Anne, par exemple, qui existe au delà de son rôle de meilleure copine de Nana. Ils ont également tous une part de bêtise et de maladresse.

• Vos acteurs sont assez peu connus finalement, et ça apporte une grande fluidité à leur jeu dans le film… C’était important pour vous de filmer ces interprètes qui sont tous épatants et qu’on connait pour certains fort peu ?

Patricia Bardon : Ce sont tous des artistes aux talents pluriels. Sofiia, (Nana), est aussi danseuse, Heloïse, (Anne) est chanteuse avant d'être actrice, comme Guilhem Valayé qui joue Mathieu, qu'on connait de « The voice » ; il n'avait jamais joué et il s'est révélé très doué et très a l'aise. Nono gère un groupe de batucada, Fabien (Pierrot) joue seul sur scène un spectacle fait de bruitages et de mime, extraordinaire ; Laure (Kate) est aussi danseuse, et elle joue beaucoup au théâtre…
J'ai remarqué Gregoire Isvarine (Damien), dans un court métrage de l'Adami où il avait le premier rôle : le film de Stephane de Groot, Jean-Michel Doliger (Pépère) est très connu au Crotoy car c'est « Monsieur promenade en baie ».
C'est habituel chez moi de mélanger des acteurs avec des danseurs, des chanteurs, des amateurs... Pendant le film, je laisse la place à tous pour se rencontrer, cela joue beaucoup dans la dynamique, et la sincérité. Les acteurs ont pris du temps ensemble, et répété ensemble aussi, sans moi.

• Les histoires romantiques il y en a ; mais une histoire romantique aussi « vaste » dans son expression, avec la sincérité, le coup de foudre, les inconséquences et les petits mensonges… il y en a moins ! Était-ce compliqué à intégrer ?

Patricia Bardon : Je fonctionne à l'inspiration, je ne me rends pas compte. Je voulais une histoire chorale qui mette en avant la force du groupe, et parle de liberté et d'égalité hommes/femmes, sans faire de plaidoyer. C'est une comédie, il s'agit de trouver des idées, des situations qui traitent les thèmes de façon dérisoire, cocasse, surprenante…

• Que représente la partie scénariste avec le script, etc… et la part d’improvisation ?

Patricia Bardon : Il y a très peu de changement de texte. L'improvisation, c'est parfois pour amorcer les scènes, pour des jeux dont je donne les règles mais qui sont à inventer, comme le jeu des trois dans le lit avec la couverture.

• C’est sans doute un peu une fable, un conte… qui parle de gens, juste des gens ! c’était votre souhait dès le début ? Ni jugements, ni caricatures (c’est bien)… !?

Patricia Bardon : Oui ! Pas de morale, pas de pathos et pas de message.

• On a le plaisir de voir un cadre posé et clair, pas de jeux excessif de caméras, pas d’effets « vidéos » - vous avez travaillé ça avec la technique, caméra, éclairages, son ?

Patricia Bardon : Je suis photographe à l'origine, et le travail de repérage est très important pour moi. Je prépare beaucoup, je fais des essais de quasi toutes les scènes, afin d'avoir le cadre que je veux, et vérifier que j'ai l'espace nécessaire. Je prépare aussi la déco, dans les décors que j'ai choisis, les couleurs...
Quand mon chef opérateur arrive, un jour avant le tournage, nous faisons ensemble le tour de tous les décors pour qu'il connaisse les axes de caméra et les cadres. Comme on se connait bien, je ne m'occupe pas du tout de la lumière ; en général, je regarde, et ça me va.
C'est toujours bien. C'est presque un travail « à la Dardenne. »

• Si on vous dit que votre métrage nous fait penser un peu à du théâtre parfois, à du vaudeville… quel est votre sentiment, au vu également des retours que vous avez pu avoir ?

Patricia Bardon : Pourquoi pas, c'est une comédie. Mais le jeu n'est pas appuyé comme au théâtre. J'attends des acteurs qu'ils ne trichent pas et soient avant tout naturels et sincères, même dans des situations absurdes.

• Vous avez une petite équipe - mais pas autant que ça finalement - avec vous ! Comment s’est passé le tournage ? On l’imagine assez « traditionnel », dans les rues, au fil des jours et avec des contraintes ! Comment vous en êtes-vous accommodée ?

Patricia Bardon : On avait un plan de travail monumental, à cause des disponibilités des comédiens. C'était un casse tête. Mon assistante réalisateur m'a placé les scènes les plus difficiles dès le début – on n'avait pas le choix - et parfois je finissais une scène complexe pour en démarrer une autre aussitôt. C'était assez angoissant mais finalement ce n'est pas si mal d'être projeté tout de suite dans ce qu'on redoute.

• Avez-vous beaucoup travaillé sur le montage ? Comme on sent justement ce jeu d’acteur direct et sincère, vous avez peut être préféré le privilégier, ne pas trop couper ? D’ailleurs il y avait beaucoup de rushes ? et des coupes ?… Ou vous vouliez garder ce qui faisait l’âme du film, même si ça modifiait un peu la durée, ou les plans ?

Patricia Bardon : J'ai coupé parfois des scènes qui me paraissaient trop longues à cause du texte, mais sur le tournage en fait, pas au montage.
Au montage on fait des choix, bien sûr, mais le scénario de départ a très peu changé. Je ne fais jamais de plans à quatre caméras, quatre axes différents. Il y a un axe, une place de caméra. Je n'ai pas intérêt à me tromper.

• Un dernier mot sur cette collaboration avec ARNO… ça paraît assez évident quand on voit le film… mais comment s’est déroulé le montage musical ?

Patricia Bardon : C'est comme la vie, ça s'est fait tout seul, de fil en aiguille. Quand on a fait le teaser du film, j'avais un rôle assez important écrit pour Arno. Mais il ne pouvait pas le jouer car il était occupé à son album. On s'était dit aussi qu'il y aurait plein de chansons, et pas seulement « les filles du bord de mer ». Alors, comme il n'avait pas le temps non plus pour écrire une musique originale, ni des chanson, il m'a laissé carte blanche. Il m'a dit : « prends ce que tu veux ». Entre temps, lui et son manager avaient vu le teaser, qui leur avait plu et ils m'ont fait confiance. J'ai eu la chance de pouvoir choisir parmi toutes les chansons d'Arno. Et je savais, en ré-écrivant le scénario, où je mettrais telle musique et telle chanson. La musique a fait partie de la dernière ré-écriture du scénario. La voix d'Arno est un personnage du film.

• Merci à vous Patricia Bardon


Sylvain Ménard, Août 2020