Concert en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015


18 novembre 2020

Bechara El-Khoury nous offre à l’occasion d’un anniversaire qui est marqué du sceau du deuil et de l’ignominie - les cinq ans des attentats du 13 novembre 2015 - une composition hors du commun, une commande réalisée à la demande de parents de victimes.

Son 7ème poème symphonique est une œuvre implacable dans sa progression et qui fait appel à une orchestration superbe que la pandémie et les restrictions n’auront pas entamé, car les musiciens lui ont rendu hommage grâce à une belle et sensible interprétation, aidés en cela par un chef enthousiaste et inspiré, Pierre Bleuse. On voit chez Bechara El-Khoury cette faconde si particulière mise ici au service d’un sujet au combien destructeur et complexe, que ce soit dans notre capacité à l’évoquer ou tout simplement à revoir des images de ces drames. On imagine à peine l’investissement et les recherches, les tâtonnements aussi, tout ces écueils que notre compositeur aura rencontré et ce afin de nous offrir ainsi qu’au monde, cette œuvre dense et extrêmement riche. J’ose prétendre qu’il s’agit d’une œuvre magistrale et parfaite, car elle n’oppose rien, empruntant plusieurs discours tout en usant de motifs qui se soutiennent, et nous emportant finalement dans ces esquisses qui font autant appel à nos souvenirs qu’à des sensations qui se télescopent. Œuvre Foisonnante, jamais le mot « Poème Symphonique » n’aura mérité pareille appellation. Le titre « Il fait novembre en mon âme », qui fait référence à ce poème de l’écrivain belge Émile VERHAEREN (1855-1916), souligne la résilience, la nature profonde des choses, et au delà, notre capacité à en faire surgir une image qui nous soutient, et ainsi nous aide à ne pas oublier, mais à accepter et vivre avec.

Le phrasé de la sublime mezzo-soprano Isabelle Druet nous permet de nous immerger dans une dimension humaine, qui nous accueille et nous réconforte, portant ces instants de chagrins et ces moments d’angoisses dans de brusques sursauts, puis revenant vers des phrases plus mélodieuses, comme soulagé d’un poids. Si l’intention première des cuivres est de renvoyer à l’essence même de leur sonorités, intrusifs et parfois violents mais rarement dissonants, pour revenir enfin à un mode plus commémoratif ; les cordes et les vents sont là pour nous relever, nous accompagner ; alors que la voix, quant à elle, ne pourra que nous étreindre et nous réconforter. Et cela est sans doute la seule chose qu’il faudra retenir, que malgré les drames et les horreurs, l’humanité arrive encore à faire valoir de bonnes et belles choses. L’exemple donné par cette création, le Poème symphonique n° 7, pour orchestre et voix de femme de Bechara El-Khoury, nous prouve qu’aujourd’hui on peut s’émouvoir, entendre de belles choses au service d’une cause ou de destins brisés.


Le concert fut enregistré le 10 novembre 2020 à la Philharmonie de Paris et retransmis en live sur Arte Concert et Philharmonie Live.

Philharmonie De Paris

Arte Concert

Sylvain Ménard, novembre 2020

Crédit photo : Philharmonie de Paris, ArteConcert.