ANTIGONE un film de Sophie Deraspe. Une adaptation intéressante sur un sujet compliqué mais avec un point de vue trop en retrait.


31 août 2020

Antigone qui est une adolescente sans histoire, brillante et ouverte au monde voit sa vie basculer avec la mort d’un de ses proches. Bravant la loi et les hommes elle aidera son frère à s’évader de prison devenant de ce fait un symbole fort mais trouble. C’est à la découverte d’un triste fait divers s’étant passé à Montréal, que la réalisatrice a décidé d’adapter l’œuvre originale et de la transposer dans notre monde moderne. Si les références sont multiples - et en premier lieu les prénoms (ou noms) - l’adaptation se voulait, selon le souhait de son auteur, capable d’observer nos vies, nos erreurs et nos forces.

Le réalisme social qui met usuellement en scène les disparités, les oppositions de toutes sortes ainsi que les problèmes d’intégrations et de communauté, est ici retranscrit dans une adaptation qui se veut respectueuse et néanmoins innovante, s’appuyant sur de jeunes acteurs et un jeu réaliste.

Reconnaissons à la réalisatrice le courage d’avoir porté à notre connaissance ces éléments sur quelque chose de peu connu qui s’est passé au Canada, mais qui ne s’éloigne pas de certains drames qui se passent ailleurs et où nous sommes confrontés à des problématiques similaires. Et voilà, à force de trop tirer sur la corde, on ne peut s’empêcher de se dire que trop de films traitant de sujets similaires avec des actrices et des acteurs aussi bons soient-ils n’en fait pas des chefs d’œuvres, seulement des œuvres relevant du pamphlet.
C’est un acte audacieux que de porter des scénarios de ce type à l’écran et un acte méritant également de dénoncer les abus et les gestes mauvais de ce monde ; mais il n’en demeure pas moins que le sujet - même porté par cette volonté d’adapter Antigone - ne résume pas tout. Il faut déjà avouer que le principe même du remplacement, d’une personne par une autre, n’est pas une nouveauté mais n’avait probablement pas été traité de cette manière avant. Le problème nait bien plus du comportement de ceux qui soutiennent Antigone, du manque de cohérence ou de recul, du manque de respect - chose que la réalisatrice montre bien - et de tout ce qui bâti une société.

On peut tout dire, tout envisager de faire, mais à trop brasser dans de multiples directions, on se perd à chercher ce qui pourrait être reconnu comme positif concernant le personnage d'Antigone. L’empathie, c’est bien cela qui manque…
Et finalement c’était la seule chose qui s’avérait nécessaire afin de pouvoir comprendre ses choix et ses errances ! Le côté partisan est également un des soucis que l’on rencontre, car à trop vouloir « excuser » des actes, même si on traite l’histoire avec à l’esprit cette dimension romantique et romanesque, on se perd de fait, car le monde moderne n’a rien à voir avec ces œuvres du temps passés qui ne sauraient refléter la violence et les incohérences de notre monde actuel ! On aurait sans doute souhaité une prise de position plus ferme de la part de la réalisatrice, car c’est ça aussi le cinéma : donner un avis, trancher, décider d’une direction à prendre, et ne pas laisser le spectateur seul, décider de tout.

Quelques bonnes idées émaillent le film, quelques idées de mise en scène également. Les acteurs sont dans leur grande majorité excellents, une mention spéciale allant à Nahéma Ricci ; et la réalisatrice prend également bien soin d’installer son périple dramatique. On regrettera l’usage des prénoms issus de la pièce qui reste problématique, car en les transposant dans notre vingt et unième siècle cela constitue une gageure et installe une perception par moment trop anachronique et théâtrale.

Le film devrait être sur les écrans à compter du 2 septembre.

Casting :
Antigone : NAHÉMA RICCI
Ménécée : RACHIDA OUSSAADA
Ismène : NOUR BELKHIRIA
Polynice : RAWAD EL-ZEIN
Étéocle : HAKIM BRAHIMI
Christian : PAUL DOUCET
Hémon : ANTOINE DESROCHERS
Enquêteur : BENOIT GOUIN
Maître O’Neil : JEAN-SÉBASTIEN COURCHESNE
Psychiatre Oracle : LISE CASTONGUAY
Juge : NATHALIE TANNOUS
Maître Julie Édouin : CATHERINE LAROCHELLE
Equipe technique
Réalisatrice, Scénariste, et Directrice de la photographie : SOPHIE DERASPE
Production : MARC DAIGLE, ISABELLE COUTURE
Producteurs associés : ROBERT LACERTE, BERNADETTE PAYEUR
Directeur de production : FRANÇOIS BONNEAU
Directrice artistique : YOLA VAN LEEUWENKAMP
Costumes : CAROLINE BODSON
Maquilleuse : JOAN-PATRICIA PARRIS
Coiffeuse : MARIE-JOSÉE BEAUDET
Monteurs : GEOFFREY BOULANGÉ, SOPHIE DERASPE
Son & Mixage : FRÉDÉRIC CLOUTIER, STÉPHANE BERGERON
Musique originale : JEAN MASSICOTTE, JAD ORPHÉE CHAMI
Direction de Postproduction : CHANTAL MARCOTTE


Sylvain Ménard, août 2020