Découverte classique : « Ruckers 1612 ; Le voyage immobile » ; un album magique et envoutant signé Hélène Diot !

‘Ruckers 1612 ; Le voyage immobile’ joué par Hélène Diot sur un Ruckers, est sorti chez l’éditeur Paraty. Fabriqué au XVII ème siècle, cet instrument a pour originalité de n’avoir presque jamais été joué, ayant été « muet » durant quatre siècles ! 
Outil oublié ; outil pour beaucoup de mélomanes, d’un moindre intérêt ; le clavecin est parfois le mal aimé, celui auquel on ne pense pas, mais qui a interprété des œuvres de répertoire, existé il y déjà fort longtemps et vécu plus d’une vie.

Que l’on soit ‘touché’ par la dimension sonore - et il ne fait nul doute que l’écoute en direct ne peut qu’être incomparable, alors que le gravage du CD aura quelque peu ’étouffé’ l’ensemble - ou émus par la beauté formelle des phrases qu’Hélène Diot joue, cette sortie d’un enregistrement sur un tel instrument est déjà en soi un petit miracle !
Et dès les premières notes, il nous semble être transportés, baignés dans une lumière d’un autre temps, loin, très loin, en arrière, alors que se déroulent sous nos yeux des mises en scènes fastueuses ou étonnantes. Sans doute est-ce là une forme de magie, celle d’un instrument qui revit, par la grâce de son interprète, et qui ravit l’auditeur, parce qu’il est impossible de dissocier l’aventure vécue, de l’écoute qui nous est offerte avec ce très bel album. 

Outre la splendeur de l’instrument en lui même, minutieusement sculpté, doré, recouvert de motifs d’une extrême finesse, une véritable œuvre d’Art ; ce clavecin dispose tout simplement d’une « voix » somptueuse, ayant profité de conditions de conservation qui lui ont permis de rester proche de son état d’origine. Le Ruckers* 1612, un instrument d’une facture délicate, s’invite grâce à son interprète et au label Paraty chez nous. 
Ce projet d’album a été mené par Hélène Diot, la claveciniste initiatrice de ce projet, en collaboration avec le Musée de Picardie.

 

Ce trésor de l’Art baroque et de la musique profane, entre ainsi dans le répertoire classique et s’avère être une initiative aussi étonnante que courageuse ; qui prouvera à ceux qui craignent que l’intelligence artificielle ne nuise au métier de compositeur ou ne remplace les musiciens ou les orchestres (une chose que les logiciels de création musicale - déjà avec des algorithmes - n’ont clairement pas réussit à faire) ; que le temps n’est pas encore venu de remiser la création humaine au placard. 

Avouons qu’il est ‘suprêmement’ intéressant d’assister à cette renaissance, celle d’un instrument vieux et désuet (tout du moins aux yeux du grand public) qui s’offre à nouveau à nous ; et finalement nous rassure par le biais de cette démarche, non pas seulement conservatrice, mais également créatrice. En assurant la survie des instruments - par opposition avec la faculté que nous avons, et ce depuis des décennies, de reproduire des sons spécifiques, c’est l’occasion qui est donnée aux compositeurs modernes de perpétuer des traditions et des usages, comme avec les ondes Martenot, le thérémine, le synthétiseur Moog, et tant d’autres…

Ainsi en établissant une passerelle entre l’Art de la restauration et l’Art au sens le plus noble, celui de la création ; ce projet donne de l’espoir à ceux qui croient en l’humain, à ceux qui souhaitent voir perdurer les multiples talents qui ont été nécessaires afin de le mener à terme, ; et in finé à tous ces amateurs (éclairés ou non), à ces amoureux de belle musique, qui n’ont qu’un seul désir, jouir de ces expressions sonores, de ces compositions et ces œuvres musicales de quelque nature qu’elles soient.


* Ioannes Ruckers, facteur de clavecin flamand (1578-1642)

Le mot du label : Pour son premier album, la claveciniste Hélène Diot nous embarque dans un voyage immobile entre Amsterdam et Londres, où Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), William Byrd (c.1540-1623) et Orlando Gibbons (1583-1625) dialoguent à travers toccatas, fantaisies et variations. Héritier des polyphonistes et mentor d’une génération d’organistes, Sweelinck – figure clé de la transition Renaissance-Baroque – y révèle un art raffiné et visionnaire, synthèse des styles anglais et italiens, qui inspirera jusqu’à Bach lui-même.


Sylvain Ménard, avril 2026

“Ruckers 1612, Le Voyage immobile”
Clavecin Ruckers du musée d’Amiens
Interprète : Hélène Diot

Ttp: 62:25

Jan Pieterszoon Sweelinck
01. Toccata Noni Toni, SwWV 296 5:37
02. Pavana Lachrimae, SwWV 328 4:38
03. Ut re mi fa sol la, a 4 voci, SwWV 263 8:53
04. Engelse Fortuyn, SwWV 320 3:14
05. Mein Junges Leben hat ein End, SwWV 324 6/21

William Byrd
06. Pavana Lachrymae (Arr. For Harpsichord by William Byrd), FVB 121 5:55

Jan Pieterszoon Sweelinck
07. Echo Fantasia, SwWV 261 3:54

William Byrd
08. Pavana-Galliarda, FVB 165-166 3:34
09. Fortune, FVB 65 4:07

Orlando Gibbons
10     Fantazia of Foure Parts (From Parthenia) 5:46

Jan Pieterszoon Sweelinck
11     Die flichtig Nimphae, SwWV 331 2:07
12     Fantasia Cromatica, SwWV 258 8:13


Tous droits photographiques, © Paraty & Hélène Diot, Musée de Picardie